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La
quête d'un cimetière vivant
Les cimetières urbains, leur emplacement, leur structure ne semblent plus correspondre aux aspirations des Français.
Au-delà des aménagements réalisés au coup par
coup, notre société doit mener une véritable réflexion
sur la conception et l'environnement des cimetières de demain.
 "
Il y a beaucoup trop de tombes, ce n'est pas assez aéré
" " C'est trop serré, on piétine les autres tombes
" " Les grands cimetières urbains, c'est comme les lotissements.
Ils pourraient quand même mettre des noms dans les allées plutôt
que des numéros ! " " Les cimetières ne sont pas
bien entretenus dans les villes, c'est froid, impersonnel
bref, un
peu sordide. "
A lire les remarques des personnes interrogées lors d'une étude
portant sur " les Français et le souvenir des morts "*, les cimetières tels qu'ils se présentent dans nos cités
sont loin de satisfaire les visiteurs et les proches des personnes qui y
reposent. Pour résumer, tristes et uniformes, mal ou peu entretenus, sans arbres ni espaces verts, sans points d'eau ni bancs, ces cimetières
sont globalement mal perçus. Alors que les services rendus par les
pompes funèbres sont en général appréciés, le cimetière des villes ne correspond plus aux attentes des citoyens.
A l'opposé, le cimetière rural est presque plébiscité, voire idéalisé pour " son charme et son calme ", " son environnement verdoyant ", " sa taille humaine "
et, surtout, pour la quiétude et l'espace qu'il offre, les témoignages
recueillis démontrant que l'on aimerait trouver dans la mort le calme
et la sérénité que l'on aurait vainement recherché
de son vivant. Ainsi 70 % des Français souhaiteraient être
enterrés à la campagne alors que 90 % d'entre eux sont urbanisés.
Commentant ces opinions, Robert Rochefort, directeur général
du Crédoc, l'organisme auteur de l'enquête, notait que "
les modes de vie ont changé. L'éclatement des familles, leur dispersion géographique, la mobilité professionnelle, l'urbanisation, ont contribué à éloigner les vivants
de l'endroit où reposent leurs morts. Le cimetière devient
un endroit socialement anonyme. De plus en plus grand, repoussé dans
les périphéries, il apparaît souvent comme un lieu de
" surpopulation mortuaire
"
D'abord une dimension fonctionnelle
Certaines entreprises proposent d'améliorer les services existants
dans l'enceinte même des cimetières comme entretenir les plantes, nettoyer les tombes, " rafraîchir " gravures et sépultures.
Mais c'est en fait la conception même des cimetières qui est
remise en cause, leur lieu d'implantation, leur environnement.
" Cette situation n'a rien d'étonnant dans la mesure où
on peut affirmer, rapidement résumé, que le monde des morts
est le reflet de celui des vivants, rappelle le sociologue Jean-Didier Urbain
**. Nous avons reproduit dans le monde des morts, et donc dans les cimetières
où ils reposent, ce que nous avons construit de notre vivant, notamment
des cités peu accueillantes, guère esthétiques, caractérisées
par un manque flagrant de verdure et d'espace. "
Une situation encore complexifiée par certaines caractéristiques
de notre vie actuelle - nomadisation des populations, boom des résidences
secondaires, diminution des ruraux
- qui, au fil des ans, ont contribué
à l'éloignement, sinon à l'oubli, par les vivants des
cimetières où sont enterrés leurs proches.
Le cimetière a par ailleurs toujours été dominé
en France par une pensée fonctionnaliste, sans réflexion réelle
quant à l'esthétisme et à la qualité de l'environnement.
Alors même que le Père Lachaise à Paris a longtemps
servi de référence aux architectes et urbanistes anglais et
allemands, pays où existe une forte tradition de cimetières
paysagers ! Des architectes, des écoles d'architecture, l'école
nationale du paysage à Versailles travaillent depuis quelques années
sur ces questions de cimetières mieux aménagés et mieux
intégrés dans leur environnement, conformément aux
attentes des Français. Rares sont, en revanche, les élus et
représentants des collectivités locales qui manifestent un
intérêt pour cette question.
Inventer des lieux de cérémonies laïques, construire
des lieux d'accueil et de recueillement pour les cendres des personnes incinérées
compte tenu du développement de la crémation, il s'agit en
fait pour nos sociétés - et donc pour leurs dirigeants politiques
et économiques -, d'inscrire les cimetières dans une véritable
politique patrimoniale. Des solutions existent : cimetières vergers, intégration d'une dimension muséographique dans l'enceinte
même du cimetière racontant ainsi l'histoire du lieu, implantation
du cimetière dans certaines " coulées vertes " existantes
Reste à officialiser une telle réflexion afin, comme le note
Jean-Didier Urbain, " que le cimetière ne devienne pas "
un trou mais bien un lieu de mémoire ", c'est-à-dire
un endroit où " vit " la mémoire dans de bonnes
conditions. Là, le souvenir serait plus fort que l'oubli, le recueillement
et le respect aux morts privilégiés par rapport au désintéressement
et aux contraintes des vivants. "
* " Les Français et le souvenir des morts ", étude
réalisée à la demande du Comité Interfilière
Funéraire (C.I.F.) en novembre 2000.
** Jean-Didier Urbain, sociologue et anthropologue social et culturel, est
notamment l'auteur de " La société de conservation "
et de " L'archipel des morts " (Payot, réédition
de 1998, agrémentée d'un important chapitre sur la crémation).
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