Dossier : le suicide
 
 
Le suicide, un tabou


Il existe une persistance obstinée du tabou social vis-à-vis du suicide, sans doute parce qu'il touche à un échec des conceptions fondamentales concernant la mort, et qu'il porte atteinte à la cohésion du groupe. De tout temps, les sociétés se sont fondées pour s'organiser, pour survivre, sur des règles, des normes, des interdits (mythes, rites, etc). Il y avait les tabous de crimes de sang, les tabous liés à l'inceste (pour la survie de l'espèce) et le tabou du suicide. Dans les sociétés primitives, l'interdit résidait moins dans le fait de se tuer que de se détruire en cours de route, lorsque ce n'était pas son heure. Cet interdit humain majeur a été repris dans les grandes religions. Pour l'islam, il reste un tabou absolu.

Pour le christianisme, le suicide est une offense à la religion (un attentat contre Dieu) et à l'humanité, qui n'a pas le droit de disposer de sa vie puisqu'elle ne lui appartient pas, car elle est un don de Dieu. Jusqu'au XVIIIème siècle, un puissant rituel de relégation sociale accompagnait le suicide. Le cadavre était traîné et exhibé avant d'être brûlé sur la place publique. Le suicidé était tué une seconde fois et n'avait pas droit à une sépulture. Cette mise en scène, véritable exorcisme, ne s'adressait pas tant au mort qu'aux spectateurs du "sacrifice" pour les protéger de leur propre déviance. Interdit sociétal, interdit religieux, le suicide suscite autant l'horreur que la fascination.
" Il traduit la façon dont chacun est pris, à son insu, dans le conflit inconscient entre des forces qui tendent aussi bien à la conservation qu'à la destruction de la vie ", précise Jacques Védrinne, professeur de médecine légale au CHU de Lyon.