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Le
suicide, aussi ancien que l'homme lui-même, est longtemps resté
un sujet tabou dans notre société. Il a fallu attendre le
19éme siècle pour que l'on cesse d'enfermer le fait suicidaire
dans l'interdit moral, et pour comprendre le suicide à travers deux
nouvelles approches : psychologique et sociologique.
Il est établi aujourd'hui que le suicide s'inscrit dans une réalité
psycho-sociale et qu'il est vain de chercher à expliquer le geste
suicidaire à travers un facteur déclencheur unique, mais plutôt
en le restituant dans l'histoire même de la personne, de ses avatars
existentiels et en tenant compte de son état psychique.
Une grande majorité de nos concitoyens considèrent ainsi qu'il
est légitime de soigner un suicidant (celui qui a réalisé
une tentative de suicide) et que les familles de suicidé (ceux qui
sont morts) doivent être soutenues, aidées, comprises. On s'est
d'abord préoccupé du suicide des adolescents, qui est toujours
vécu comme un échec - une insulte à l'avenir -qui déstabilise
le corps social tout en entier, et laisse ses parents dans une indicible
douleur et une lancinante culpabilité.
Mais la mort par suicide n'atteint pas seulement les adolescents, elle touche
plus largement encore, les adultes et les personnes âgées.
Il faut donc se préoccuper de la mortalité suicidaire tout
au long de la vie.
La prévention du suicide doit se développer au plus près
des personnes, en tenant compte de leur état psychique, de leurs
conditions de vie, des liens qu'elles tissent avec les autres et avec la
société qui les entoure : les situations de rupture familiale
et sociale, les processus de précarisation, les violences physiques
mais aussi sexuelles (notamment des enfants) qui se développent, contribuent à fragiliser ceux qui les subissent.
La prévention du suicide doit donc s'inscrire dans une démarche
sanitaire et sociale : sur le plan sanitaire, mettre en place les structures
de traitement psychologique et d'accueil nécessaire, et pour l'approche
sociale réinscrire la vie de chacun d'entre nous dans un projet plus
collectif qui oblige à retisser le lien social et humain
.
Pr Michel Debout
Président de l'Union Nationale
Pour la Prévention du Suicide
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