N°12
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Cité

 

 

 

 

 

 

LES CIMETIÈRES FAMILIAUX PROTESTANTS

Vestiges de l'histoire

Dans les villages de la Drôme provençale, comme dans les Cévennes et l'ensemble des régions qui ont vu, au siècle dernier, se côtoyer catholiques et protestants, la cohabitation fut douloureuse. Pour les vivants comme pour les morts.

Aucelon, minuscule village de la Drôme provençale perché à flanc de coteau, domine la vallée de la Roanne, au pays de la Clairette de Die. Seuls sept habitants vivent à plein temps sur ce balcon naturel, rejoints chaque week-end par plusieurs dizaines de " résidents secondaires ", pour la plupart des citadins séduits par la beauté et le calme du site. Etrange revanche de l'histoire : après des années de domination catholique réduisant les protestants à l'état de citoyens de deuxième zone, comme ce fut le cas dans de nombreux villages de la région, Aucelon a perdu son église et a abandonné son cimetière à la nature. Ne subsistent que le temple, accolé à la mairie et, particularité locale, les cimetières familiaux implantés à proximité des maisons.

Désormais retraité, Louis Mounier a toujours été fidèle à son village, véritable point d'ancrage, même du temps où il travaillait à Valence. " C'est sain la terre. Elle vous permet de conserver un équilibre. "

L'histoire d'Aucelon, il la connaît par cœur et il contribue à la préservation des traditions et rituels locaux. " Le cimetière a toujours été un enjeu entre protestants et catholiques. Autrefois, ces derniers s'opposaient à ce que les Réformés soient enterrés avec eux ; alors, dans chaque ferme, un lopin de terre était dédié aux morts de la famille. Un propriétaire terrien d'une commune voisine, souhaitant acquérir la ferme d'une famille protestante d'Aucelon, avait même fait du cimetière un argument de la négociation, faisant valoir que les cimetières familiaux n'étaient pas décents et que, si l'affaire se faisait, il en ferait construire un " en dur " spécialement pour cette famille. " La promesse n'a pas convaincu le propriétaire, le projet de cimetière protestant s'est volatilisé et morts et vivants ont continué de se côtoyer. Jusqu'en 1990, date à laquelle le préfet, François Lépine, a déclaré qu'une telle pratique n'était plus possible et que des études hydrogéologiques devaient être menées afin, en quelque sorte, de faire agréer les cimetières.

Ce qui fut fait. " Lorsque mon père est décédé, voilà quelques années, nous avons loué une place au cimetière de Die, de façon provisoire, en attendant que l'hydrogéologue homologue notre terrain familial. Puis nous l'avons ramené à Aucelon. " Sa tombe, comme celles de l'épouse et de la mère de Louis Mounier, simplement creusées dans la terre, à l'ombre des arbres fruitiers, dominent la gorge au fond de laquelle serpente la route qui grimpe jusqu'au village.

" La municipalité souhaitait créer un cimetière communal mais elle s'est heurtée à un refus : le terrain ne s'y prêtait pas. Alors, on conserve nos cimetières familiaux et avant de procéder à une inhumation, on sollicite l'autorisation du préfet ", explique Louis Mounier. Et qu'advient-il des défunts lorsqu'un propriétaire vend son terrain ? " Les cimetières représentent 20 à 25 m2 par famille. Ils restent sa propriété cent ans après la vente du patrimoine. " Et quand il n'y a plus de place ? " On s'arrange. Une autre famille accueille le défunt dans son cimetière. "