UNITÉ DE SOINS PALLIATIFS JANE GATINEAU -
HÔPITAL SAINTE-PÉRINE
A
l'hôpital gériatrique de Sainte-Périne, à
Paris, coexistent une Unité de Soins Palliatifs de quatre lits,
une équipe mobile pour les 600 lits de l'hôpital et une
consultation externe "soins palliatifs et douleur". Reportage.
Il est 13 heures à l'Unité de
Soins Palliatifs Jane Gatineau. Ludovic, infirmier, et Guylène, aide-soignante, vont et viennent entre l'office où ils préparent
les plateaux du déjeuner, les chambres et le poste de soins.
Les plateaux du déjeuner sont joliment présentés, " un peu de tout en petite quantité, pour donner envie de
manger, explique Guylène. Quand les repas arrivent de la cuisine
de l'hôpital, on redispose tout différemment. Ces plateaux, ce sont ceux de l'Unité. "
L'Unité compte quatre lits. Parmi les
malades qui s'y succèdent, certains sont là le temps que
soit mis en place un traitement approprié de la douleur, d'autres
sont en attente d'une organisation de soins à domicile, la majorité
est en soins palliatifs. Dans l'Unité, les horaires n'existent
pas pour les malades. Si l'un dort, on repassera plus tard pour le déjeuner, même chose pour la toilette ou les soins, ou même pour la
visite avec le médecin. " C'est le rythme du patient qui
prédomine, on impose le moins possible ", précise
Guylène.
Le poste de soins est au centre de l'unité, ouvert sur les quatre chambres, le bureau des médecins, et l'espace
réservé aux familles. Une grande pièce claire, meublée comme le salon d'un appartement avec un coin cuisine.
C'est là que l'équipe rencontre les proches. Un canapé
convertible leur permet même de rester dormir, au cas où.
Dans le couloir passent Fanny Knorreck, médecin, et Michèle
Legrand, psychologue. La réunion quotidienne de "transmission"
va commencer Elle dure une heure et réunit les équipes
du matin et celles de l'après-midi ; une autre a lieu le soir
avec l'équipe de nuit. Tout le monde y assiste, du médecin
à l'aide-soignante, sans oublier le bénévole. C'est
là que tout se dit : sur les malades, leurs proches, le ressenti
des soignants, les mille et un détails qui ont marqué
la nuit et la matinée.
" Ici, c'est le détail qui est
important, explique Juliette, l'infirmière de l'après-midi.
Le confort, la qualité de vie sont faits de détails. La
grande différence avec le travail dans un autre service, c'est
bien sûr le temps dont on dispose pour effectuer les soins, rester
avec un patient si on ressent qu'il en a besoin, parler avec les proches.
Mais c'est aussi le travail en équipe, la confiance qui existe
entre nous tous. Toute l'information est donnée, rien n'est caché.
" " On pourrait appeler cela de la confidentialité
élargie, ajoute Michèle Legrand. Il se dit ici beaucoup
de choses, il règne une grande liberté de paroles entre
nous. "
Un maître-mot : " ensemble "
L'équipe travaille soudée. Le
maître-mot c'est "ensemble" au service des malades et
de leurs familles, dans le respect de l'autre. Tout le personnel est
volontaire pour travailler en soins palliatifs. Le groupe sera toujours
plus fort, plus juste dans ses décisions, qu'un individu seul.
Le dossier des patients, informatisé, est écrit par tous
et peut être consulté à tout moment.
Toutes les trois semaines, un psychologue extérieur
anime un groupe de paroles en journée et un autre le soir pour
ceux qui travaillent de nuit. L'équipe s'y retrouve pratiquement
toujours au grand complet. " Nous en avons besoin. C'est toujours
douloureux de voir un patient partir. Mais si la personne a été
bien accompagnée jusqu'au bout, alors j'ai le sentiment d'avoir
fait ce qu'il fallait ", ajoute Juliette.
Guylène interpelle Michèle dans
le couloir. Un patient ne veut pas déjeuner. " A quoi ça
sert puisque je vais mourir ", lui a-t-il dit. " Que lui répondre
? ", demande-t-elle à Michèle. " Qu'il prendra
peut-être du plaisir, ne serait-ce qu'à goûter."
Finalement le malade ne prendra que de l'eau
Michèle Legrand aime à se définir
comme "celle qui se promène dans les couloirs", comme
le lui a dit un jour un patient. Elle travaille en "indirect", rarement au lit de la personne, bien plus au travers de ce que disent
ou rapportent les soignants. " J'aide les patients à travers
les soignants ", précise-t-elle. Elle est aussi très
présente pour les proches. Deux mois après un décès, elle écrit à la famille et la convie à une réunion
de deuil, organisée tous les trois mois, réunissant soignants
et familles. " Nous accompagnons les proches dès l'accueil
et jusqu'au bout, c'est-à-dire bien au-delà du décès.
Je reçois encore des familles plusieurs années après.
" Il est 15 heures, Guylène s'en va, c'est Martine qui la
remplace. " Je suis là depuis le mois de mai, confie Guylène.
C'était la veille de mon anniversaire, un beau cadeau. Ici on
donne tout le temps nécessaire aux personnes. J'avais cette vision-là
de mon travail, depuis toujours, mais c'est ici que je le vis. "
Marivon, la bénévole, est arrivée
aussi. Elle sort d'une chambre que lui avait indiquée Martine.
" Je me suis présentée, c'est un malade qui vient
d'arriver. Il m'a fait un beau sourire, mais je ne suis pas restée, Martine avait un soin à lui faire. " Marivon salue une famille
qui vient d'arriver et attend. Finalement, cet après-midi-là, elle ne verra pas beaucoup les malades. Cela arrive. Dans le poste de
soins, Juliette téléphone au docteur Charles Jousselin, appelé dans un autre service de l'hôpital. Cela fait plus
de trois ans qu'elle est dans l'unité. " J'ai enfin trouvé
l'endroit où je peux exercer pleinement mon métier ", dit-elle avec un sourire en s'éloignant vers une chambre.