N°12
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Dossier

 

 

 

 

 

 

UNITÉ DE SOINS PALLIATIFS JANE GATINEAU - HÔPITAL SAINTE-PÉRINE

A l'hôpital gériatrique de Sainte-Périne, à Paris, coexistent une Unité de Soins Palliatifs de quatre lits, une équipe mobile pour les 600 lits de l'hôpital et une consultation externe "soins palliatifs et douleur". Reportage.

 

Il est 13 heures à l'Unité de Soins Palliatifs Jane Gatineau. Ludovic, infirmier, et Guylène, aide-soignante, vont et viennent entre l'office où ils préparent les plateaux du déjeuner, les chambres et le poste de soins. Les plateaux du déjeuner sont joliment présentés, " un peu de tout en petite quantité, pour donner envie de manger, explique Guylène. Quand les repas arrivent de la cuisine de l'hôpital, on redispose tout différemment. Ces plateaux, ce sont ceux de l'Unité. "

L'Unité compte quatre lits. Parmi les malades qui s'y succèdent, certains sont là le temps que soit mis en place un traitement approprié de la douleur, d'autres sont en attente d'une organisation de soins à domicile, la majorité est en soins palliatifs. Dans l'Unité, les horaires n'existent pas pour les malades. Si l'un dort, on repassera plus tard pour le déjeuner, même chose pour la toilette ou les soins, ou même pour la visite avec le médecin. " C'est le rythme du patient qui prédomine, on impose le moins possible ", précise Guylène.

Le poste de soins est au centre de l'unité, ouvert sur les quatre chambres, le bureau des médecins, et l'espace réservé aux familles. Une grande pièce claire, meublée comme le salon d'un appartement avec un coin cuisine. C'est là que l'équipe rencontre les proches. Un canapé convertible leur permet même de rester dormir, au cas où. Dans le couloir passent Fanny Knorreck, médecin, et Michèle Legrand, psychologue. La réunion quotidienne de "transmission" va commencer Elle dure une heure et réunit les équipes du matin et celles de l'après-midi ; une autre a lieu le soir avec l'équipe de nuit. Tout le monde y assiste, du médecin à l'aide-soignante, sans oublier le bénévole. C'est là que tout se dit : sur les malades, leurs proches, le ressenti des soignants, les mille et un détails qui ont marqué la nuit et la matinée.

" Ici, c'est le détail qui est important, explique Juliette, l'infirmière de l'après-midi. Le confort, la qualité de vie sont faits de détails. La grande différence avec le travail dans un autre service, c'est bien sûr le temps dont on dispose pour effectuer les soins, rester avec un patient si on ressent qu'il en a besoin, parler avec les proches. Mais c'est aussi le travail en équipe, la confiance qui existe entre nous tous. Toute l'information est donnée, rien n'est caché. " " On pourrait appeler cela de la confidentialité élargie, ajoute Michèle Legrand. Il se dit ici beaucoup de choses, il règne une grande liberté de paroles entre nous. "

Un maître-mot : " ensemble "

L'équipe travaille soudée. Le maître-mot c'est "ensemble" au service des malades et de leurs familles, dans le respect de l'autre. Tout le personnel est volontaire pour travailler en soins palliatifs. Le groupe sera toujours plus fort, plus juste dans ses décisions, qu'un individu seul. Le dossier des patients, informatisé, est écrit par tous et peut être consulté à tout moment.

Toutes les trois semaines, un psychologue extérieur anime un groupe de paroles en journée et un autre le soir pour ceux qui travaillent de nuit. L'équipe s'y retrouve pratiquement toujours au grand complet. " Nous en avons besoin. C'est toujours douloureux de voir un patient partir. Mais si la personne a été bien accompagnée jusqu'au bout, alors j'ai le sentiment d'avoir fait ce qu'il fallait ", ajoute Juliette.

Guylène interpelle Michèle dans le couloir. Un patient ne veut pas déjeuner. " A quoi ça sert puisque je vais mourir ", lui a-t-il dit. " Que lui répondre ? ", demande-t-elle à Michèle. " Qu'il prendra peut-être du plaisir, ne serait-ce qu'à goûter." Finalement le malade ne prendra que de l'eau…

Michèle Legrand aime à se définir comme "celle qui se promène dans les couloirs", comme le lui a dit un jour un patient. Elle travaille en "indirect", rarement au lit de la personne, bien plus au travers de ce que disent ou rapportent les soignants. " J'aide les patients à travers les soignants ", précise-t-elle. Elle est aussi très présente pour les proches. Deux mois après un décès, elle écrit à la famille et la convie à une réunion de deuil, organisée tous les trois mois, réunissant soignants et familles. " Nous accompagnons les proches dès l'accueil et jusqu'au bout, c'est-à-dire bien au-delà du décès. Je reçois encore des familles plusieurs années après. " Il est 15 heures, Guylène s'en va, c'est Martine qui la remplace. " Je suis là depuis le mois de mai, confie Guylène. C'était la veille de mon anniversaire, un beau cadeau. Ici on donne tout le temps nécessaire aux personnes. J'avais cette vision-là de mon travail, depuis toujours, mais c'est ici que je le vis. "

Marivon, la bénévole, est arrivée aussi. Elle sort d'une chambre que lui avait indiquée Martine. " Je me suis présentée, c'est un malade qui vient d'arriver. Il m'a fait un beau sourire, mais je ne suis pas restée, Martine avait un soin à lui faire. " Marivon salue une famille qui vient d'arriver et attend. Finalement, cet après-midi-là, elle ne verra pas beaucoup les malades. Cela arrive. Dans le poste de soins, Juliette téléphone au docteur Charles Jousselin, appelé dans un autre service de l'hôpital. Cela fait plus de trois ans qu'elle est dans l'unité. " J'ai enfin trouvé l'endroit où je peux exercer pleinement mon métier ", dit-elle avec un sourire en s'éloignant vers une chambre.