Depuis
le début du XIXème siècle et de manière
encore plus radicale depuis l'introduction de thérapeutiques
réellement efficaces (au milieu du XXème siècle),
la médecine s'est fixé comme objectif premier de guérir
les malades. Conséquence : la mort étant perçue
comme un échec, le médecin n'avait plus qu'à abandonner
le mourant (" Il n'y a plus de raison que je passe le voir. Je
ne peux plus rien pour lui ! "). L'apparition des soins palliatifs
en services organisés au sein des hôpitaux (à partir
de 1987 en France) marque une évolution de la relation médecin-mourant
: elle symbolise l'acceptation par les médecins du fait que la
médecine n'est pas toute puissante et, surtout, que leur mission
est beaucoup plus large. Dans la phase terminale de la vie de son patient,
le médecin, s'il ne peut le guérir, peut encore le soigner
et dispose de nombreuses possibilités de l'aider. Il s'agit alors
de procurer au malade un confort maximal en agissant contre les vomissement,
en procurant de l'oxygène, en proposant des calmants, etc.
Mais, la maladie terminale, c'est tout un monde et on ne saurait la
réduire à des symptômes physiques. Il faut s'occuper
de tout le reste : la dépendance, la déchéance, qui contribuent progressivement à la perte de la personnalité, et bien entendu la complexité de la fin de vie qui est vécue
différemment par chacun même si, en général, les patients en soins palliatifs semblent éprouver une certaine
paix. Leur révolte s'est exprimée avant.
Inculquer aux jeunes médecins qu'ils ne guériront pas
tous leurs patients et qu'il faudra s'occuper d'eux quand même
est indispensable. Cette prise de conscience va de pair avec l'ouverture
des hôpitaux aux familles et aux bénévoles. Dès
la création des premiers services de soins palliatifs, les bénévoles
ont proposé leur présence, leur écoute aux malades
qui allaient mourir. Le rôle du bénévole est une
découverte. Jusque là, en Europe, excepté dans
les hôpitaux pour enfants (où les bénévoles
interviennent de façon très active depuis près
de quarante ans), plus la famille et les proches se tenaient éloignés
des services, mieux c'était. Le mot d'ordre se résumait
à peu près ainsi : " Laissez-nous travailler ! ".
Or, on a découvert qu'il y avait de la place pour tout le monde
à l'hôpital, en particulier pour les bénévoles, ce personnel indispensable et différent qui apporte une aide
de tout autre nature que celle des soignants, auxquels les patients
disent des choses que personne d'autre ne peut entendre. Au même
titre que la lutte contre la douleur, cette possibilité de parler
est essentielle au confort de la fin de vie.
Dr Maurice Abiven Responsable, en 1987, de la première Unité
de Soins Palliatifs en France (Hôpital International de la Cité
universitaire, devenu Institut Mutualiste de Montsouris, à Paris).