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Passeur vers l'autre rive
Christian
Biot cite volontiers Brassens : " On ne doit pas garder le mort pour
soi ". Et voilà résumé en une phrase le sens
de son action au sein de l'association L'autre Rive.
Christian Biot, 70 ans, est prêtre dans une paroisse lyonnaise.
Dans les années 1970, sa rencontre avec l'anthropologue Louis
Vincent-Thomas, célèbre pour ses travaux sur la mort,
est décisive : " J'ai été convaincu par l'attention
qu'il portait aux rites funéraires et à leur signification,
par sa définition de rites de mort, pour la paix des vivants.
Il considérait que la création de rites autour de la mort
permettait à la société de digérer, de métaboliser
cette mort. "
En 1990, à la demande de Jacques Faivre, alors évêque
auxiliaire de Lyon, Christian Biot constitue un groupe de chrétiens
afin de proposer des funérailles religieuses dans les centres
funéraires (cimetière, maison funéraire, exceptionnellement
maisons de retraite). Déjà à l'époque, la
démarche intéresse les familles dépourvues d'église
de référence, souvent pour des raisons de dispersion géographique.
Aujourd'hui, la célébration des funérailles proposée
par L'autre Rive s'adresse pour moitié à des familles
qui ne souhaitent pas de cérémonie religieuse, mais qui
veulent " observer un temps d'arrêt dans un lieu où
prendre acte de la mort d'un proche, de la place qu'il a tenu et qu'il
peut encore tenir dans l'histoire d'une communauté. "
La mort, c'est l'affaire des vivants
Il est essentiel que la société se réapproprie
les funérailles, déclare Christian Biot. La mort, c'est
l'affaire des vivants et les funérailles en sont la manifestation
la plus immédiate. Il faut rendre à la célébration
sa dimension sociale, collective, qui déborde largement le cercle
familial. Le plus grand danger, c'est la privatisation de la mort, l'enterrement
dans la stricte intimité. La société doit pouvoir
enregistrer la mort de l'un de ses membres et l'intégrer dans son
histoire. " Et le père Biot de citer le cas de cette femme
médecin, furieuse et frustrée d'apprendre le décès
de son chef de service et son enterrement trois semaines après
les faits : " Elle jugeait scandaleux le fait que les proches ne
lui aient pas donné l'occasion d'exprimer son admiration, sa reconnaissance
à cet homme, de témoigner de ce qu'il lui avait apporté,
de ce qu'il était. " Lorsqu'il célèbre des funérailles
au sein de l'association L'autre Rive, Christian Biot intervient, au même
titre que la vingtaine de bénévoles, en qualité de
chrétien et non de prêtre. " Les proches du défunt
s'attendent à rencontrer quelqu'un qui les écoute et les
guide dans l'élaboration de la célébration. Indépendamment
du fait que le nombre de prêtres diminue, je considère que
les funérailles relèvent de l'ensemble de la communauté
des chrétiens et pas seulement des clercs.
Même si le plus souvent notre célébration ressemble
à ce qui se passe dans une église, il n'y a jamais de messe.
Mais, dès lors que c'est une cérémonie religieuse,
les gens souvent ne font pas la différence. Pour ma part, j'essaie
de rappeler que la célébration chrétienne des funérailles,
qu'il y ait messe ou pas, fait référence au Christ vivant.
En cela, c'est une célébration pascale, qui peut fort bien
être réalisée par des laïcs. "
Un rituel chargé de sens
Concrètement, chaque situation est singulière.
Les familles s'adressent à L'autre Rive sur les conseils des entreprises
de pompes funèbres. Une permanence téléphonique est
assurée tous les matins par un bénévole qui oriente
les demandes vers les autres membres de l'association. Ceux-ci élaborent,
lors d'un entretien avec la famille, le programme de la célébration
qui comporte généralement quatre temps forts : l'accueil
des participants avec l'évocation du défunt, la lecture
de textes référents pour les gens présents, un moment
de recueillement ou de prière, un geste autour du corps. "
Nous essayons d'initier des gestes qui ont du sens pour les proches :
déposer des dessins d'enfants sur le cercueil, des luminions. Les
gens innovent peu ; il faut dire qu'on a peu de temps, tout est réglé
en trois jours. A l'occasion des funérailles d'une jeune femme
qui avait trouvé la mort dans des conditions tragiques, les gens
posaient une fleur sur le cercueil et sa sur leur donnait un luminion,
symbolisant l'échange : je lui apporte quelque chose, je reçois
d'elle autre chose. Chacun pouvait élaborer du sens autour de ce
geste.
" Selon ce qu'il perçoit de l 'état d'esprit de ses
interlocuteurs, Christian Biot module les références à
la foi chrétienne. " On peut même aboutir à une
certaine distance par rapport au rite religieux de l'église. Toutefois,
entre la première rencontre et le moment de la célébration,
j'observe souvent une évolution vers le religieux. L'autre Rive
est une alternative pour des gens non pratiquants qui ont cependant besoin
du rite, de ce passage des funérailles " religieuses "
vers le deuil.
" Avec quelque 120 célébrations par mois, les vingt
bénévoles de l'association parviennent encore à honorer
toutes les demandes. Presque tous sont retraités et investissent
beaucoup dans ces heures d'attention et de partage avec les familles endeuillées.
" Toute proportion gardée, notre intervention est comparable
à celle des soignants, notamment sur le plan affectif. Nous assistons
souvent à des divisions au sein des familles : nous préparons
la célébration avec une personne puis d'autres interviennent
en disant : ce n'est ce qu'il fallait faire. Notre parent n'était
pas comme ça. Et puis, sur le plan personnel, ce n'est pas facile
de vivre les funérailles. Même si la relation est très
brève, la rencontre avec une famille peut réveiller en nous
des choses que l'on croyait bien gérées
"
Contact :
L'Autre Rive, 91 rue Mazenod, 69003 Lyon
Tél. : 04 78 62 70 45
Permanence tous les jours ouvrables de 9 h à 12 h.
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