|
|
Le tangi,
funérailles maories
En
Nouvelle-Zélande, la communauté maorie reste fidèle
à ses traditions funéraires. Un défunt maori n’est
pas mort. Jusqu’à son enterrement, il appartient encore au
monde des vivants. Ses funérailles – le tangi – donnent
lieu à un cérémonial établi où la joie
trouve aussi sa place.
Pour un Maori, un mort jusqu’à son enterrement fait encore
partie des vivants. Il dort. Dans la maison communautaire, le marae, ses
amis ont transporté son cercueil qui restera ouvert pendant toute
la durée du tangi. Dans ce lieu respecté, éminemment
sacré, dont les murs sculptés racontent l’histoire
des ancêtres, le défunt, paré de ses plus beaux habits
ou revêtu d’une tenue traditionnelle, attend la visite de
ses proches.
Autrefois, le défunt maori était maintenu assis en position
fœtale, son visage dégagé pour qu’il puisse voir
et entendre ce qui allait se passer. Pendant les trois jours qui précèdent
son enterrement, le défunt jouit d’un statut particulier
qui le maintient dans le monde des vivants. Ainsi, un Maori conçoit
sans difficulté qu’un mariage soit célébré
dans le marae en présence d’une dépouille mortelle.
De jour comme de nuit, le défunt ne reste jamais seul. Ses parents,
ses intimes se relayent et lui tiennent compagnie. Les anciens, seuls
habilités à parler, évoquent les ancêtres qui
l’ont précédé dans ce long voyage. Des photos
de récents disparus, placées autour du cercueil, lui rappellent
le visage de ceux qu’il va retrouver. Pendant trois jours, il assiste
à la longue procession de ces amis qui, un rameau à la main,
lui rendent hommage. La plupart lui font un ultime hongi – ils pressent
leur nez contre le sien. La tristesse s’exprime sans retenue pendant
les premières heures du deuil.
Une dernière nuit de fête
Personne,
pas même les intimes du disparu, ne peut pénétrer
dans le marae sans être appelé. Les membres de la communauté
du défunt s’organisent pour qu’à tout moment
de la journée et de la nuit l’un d’entre eux, généralement
une femme, puisse prononcer cet appel – karanga –, et ainsi
permettre au visiteur d’approcher, déchaussé, la dépouille
mortelle – tupapaku. A l’intérieur du marae, les anciens
répètent les éloges et les encouragements à
l’adresse de la famille.
Pour certaines tribus maories, la nuit qui précède l’enterrement
donne lieu à de joyeuses festivités qui doivent maintenir
le mort éveillé pour ses dernières heures sur terre.
Sa prochaine nuit, éternelle, lui laissera suffisamment de temps
pour se reposer. Les proches et amis réunis autour du disparu chantent,
racontent des anecdotes joyeuses puis, avant le lever du soleil, assistent
à la fermeture du cercueil.
Le troisième jour, dans le marae, les anciens prononcent les derniers
discours, adressés directement au disparu. Selon les croyances
du défunt, un office religieux peut être célébré
avant l’enterrement qui marque le début du grand voyage vers
la terre des ancêtres. L’esprit libéré de ce
corps désormais inhumé part jusqu’au Cap Reinga, à
l'extrême nord de la Nouvelle-Zélande et, par les racines
d’un grand arbre, se glisse dans la mer en direction de Hawaiiki,
berceau de tous les ancêtres.
Le tangi n’est pas terminé pour autant. Les invités
se répartissent les tâches pour préparer un repas
collectif, la plupart passeront une dernière nuit ensemble dans
le marae.
La famille momentanément sacrée et intouchable
La spiritualité maorie est indissociable de la notion de sacré
– tapu. Lorsqu’un objet ou un lieu est tapu, il devient intouchable.
Ainsi, avant de sortir du cimetière qui est évidemment tapu,
tous les Maoris se lavent les mains pour se défaire de ce caractère
sacré. A l’annonce du décès, la famille du
disparu est instantanément devenue tapu et, pendant toute la durée
du tangi, ne peut parler ni prononcer les éloges. Cette notion
qui mêle respect et peur sera levée au retour du cimetière.
La maison du disparu sera lavée de son caractère tapu, exorcisée
en quelque sorte par la joie. La famille et les proches passeront de pièce
en pièce, en chantant et en plaisantant pour les rendre une à
une habitable. La vie emportera la mort comme une vague a emporté
l’esprit du disparu.
|