N°14
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Le tangi, funérailles maories

Grand chef maori arborant le moko, tatouage dessiné sur tout le visage. En Nouvelle-Zélande, la communauté maorie reste fidèle à ses traditions funéraires. Un défunt maori n’est pas mort. Jusqu’à son enterrement, il appartient encore au monde des vivants. Ses funérailles – le tangi – donnent lieu à un cérémonial établi où la joie trouve aussi sa place.

Pour un Maori, un mort jusqu’à son enterrement fait encore partie des vivants. Il dort. Dans la maison communautaire, le marae, ses amis ont transporté son cercueil qui restera ouvert pendant toute la durée du tangi. Dans ce lieu respecté, éminemment sacré, dont les murs sculptés racontent l’histoire des ancêtres, le défunt, paré de ses plus beaux habits ou revêtu d’une tenue traditionnelle, attend la visite de ses proches.

Autrefois, le défunt maori était maintenu assis en position fœtale, son visage dégagé pour qu’il puisse voir et entendre ce qui allait se passer. Pendant les trois jours qui précèdent son enterrement, le défunt jouit d’un statut particulier qui le maintient dans le monde des vivants. Ainsi, un Maori conçoit sans difficulté qu’un mariage soit célébré dans le marae en présence d’une dépouille mortelle. De jour comme de nuit, le défunt ne reste jamais seul. Ses parents, ses intimes se relayent et lui tiennent compagnie. Les anciens, seuls habilités à parler, évoquent les ancêtres qui l’ont précédé dans ce long voyage. Des photos de récents disparus, placées autour du cercueil, lui rappellent le visage de ceux qu’il va retrouver. Pendant trois jours, il assiste à la longue procession de ces amis qui, un rameau à la main, lui rendent hommage. La plupart lui font un ultime hongi – ils pressent leur nez contre le sien. La tristesse s’exprime sans retenue pendant les premières heures du deuil.

Une dernière nuit de fête

Personne, pas même les intimes du disparu, ne peut pénétrer dans le marae sans être appelé. Les membres de la communauté du défunt s’organisent pour qu’à tout moment de la journée et de la nuit l’un d’entre eux, généralement une femme, puisse prononcer cet appel – karanga –, et ainsi permettre au visiteur d’approcher, déchaussé, la dépouille mortelle – tupapaku. A l’intérieur du marae, les anciens répètent les éloges et les encouragements à l’adresse de la famille.

Pour certaines tribus maories, la nuit qui précède l’enterrement donne lieu à de joyeuses festivités qui doivent maintenir le mort éveillé pour ses dernières heures sur terre. Sa prochaine nuit, éternelle, lui laissera suffisamment de temps pour se reposer. Les proches et amis réunis autour du disparu chantent, racontent des anecdotes joyeuses puis, avant le lever du soleil, assistent à la fermeture du cercueil.

Le troisième jour, dans le marae, les anciens prononcent les derniers discours, adressés directement au disparu. Selon les croyances du défunt, un office religieux peut être célébré avant l’enterrement qui marque le début du grand voyage vers la terre des ancêtres. L’esprit libéré de ce corps désormais inhumé part jusqu’au Cap Reinga, à l'extrême nord de la Nouvelle-Zélande et, par les racines d’un grand arbre, se glisse dans la mer en direction de Hawaiiki, berceau de tous les ancêtres.

Le tangi n’est pas terminé pour autant. Les invités se répartissent les tâches pour préparer un repas collectif, la plupart passeront une dernière nuit ensemble dans le marae.

La famille momentanément sacrée et intouchable

La spiritualité maorie est indissociable de la notion de sacré – tapu. Lorsqu’un objet ou un lieu est tapu, il devient intouchable. Ainsi, avant de sortir du cimetière qui est évidemment tapu, tous les Maoris se lavent les mains pour se défaire de ce caractère sacré. A l’annonce du décès, la famille du disparu est instantanément devenue tapu et, pendant toute la durée du tangi, ne peut parler ni prononcer les éloges. Cette notion qui mêle respect et peur sera levée au retour du cimetière. La maison du disparu sera lavée de son caractère tapu, exorcisée en quelque sorte par la joie. La famille et les proches passeront de pièce en pièce, en chantant et en plaisantant pour les rendre une à une habitable. La vie emportera la mort comme une vague a emporté l’esprit du disparu.