N°14
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L'adieu au "petit ange"

Dans nos sociétés chrétiennes occidentales, les morts de petits enfants n'ont jamais été occultées, bien au contraire, explique d'emblée Marie-France Morel, historienne et anthropologue de la petite enfance. Ces morts étaient considérées comme très particulières et étaient toujours traitées différemment des morts d'adultes." Ce n'est que depuis une soixantaine d'années, avec l'avènement d'une médecine toute puissante et le déclin du sentiment religieux, que ces morts "immatures" ont été tues et cachées, engendrant les désastres que l'on sait pour les familles. Perdre un enfant à la naissance ou quelques mois plus tard était autrefois fréquent. Les populations faisaient leur deuil à l'aide de rites et de croyances marqués par l'adhésion de tous à la religion chrétienne et la certitude de l'existence d'un monde meilleur au-delà de la mort. "Le baptême jouait un rôle central, précise Marie-France Morel. Véritable rite d'agrégation à la communauté, il marquait la naissance sociale et spirituelle du nouveau petit être."

La mortalité infantile étant grande, il fallait donc baptiser l'enfant au plus tôt, au cas où. Si par malheur il décédait sans baptême, n'appartenant ni à la communauté des vivants ni à celle des morts, son âme était condamnée à errer, insatisfaite, risquant de revenir importuner les vivants. Le seul recours permis par l'Eglise était de demander par la prière la grâce de faire revivre un court instant le petit enfant pour pouvoir le baptiser. Selon la doctrine de l'Eglise, jusqu'à sept ans – l'âge de raison à partir duquel on peut avoir conscience de ses péchés –, l'enfant n'a pas encore péché. S'il mourait baptisé, il allait donc directement au ciel, sans passer par le purgatoire, ce qui était pour lui et pour sa famille une grâce. Pas de messe de funérailles pour le repos de son âme – l'Eglise l'interdisait puisque le "petit ange" était déjà auprès de Dieu –, mais une cérémonie de sépulture "joyeuse" au cours de laquelle des chants d'action de grâce étaient dits. A cette mort qui rompt le fil normal de la succession des générations, à la douleur des parents, et au sentiment d'injustice qui les tenaille, l'Eglise apportait à l'époque une réponse forte. Aujourd'hui, plus qu'une réponse, c'est un rituel que les familles viennent chercher à l'Eglise à l'occasion des funérailles de l'enfant. C'est également pour les parents la possibilité de dire, publiquement, leur chagrin mais aussi leur révolte, leur colère.