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L'adieu au
"petit ange"
Dans nos sociétés chrétiennes occidentales, les
morts de petits enfants n'ont jamais été occultées,
bien au contraire, explique d'emblée Marie-France Morel, historienne
et anthropologue de la petite enfance. Ces morts étaient considérées
comme très particulières et étaient toujours traitées
différemment des morts d'adultes." Ce n'est que depuis une
soixantaine d'années, avec l'avènement d'une médecine
toute puissante et le déclin du sentiment religieux, que ces morts
"immatures" ont été tues et cachées, engendrant
les désastres que l'on sait pour les familles. Perdre un enfant
à la naissance ou quelques mois plus tard était autrefois
fréquent. Les populations faisaient leur deuil à l'aide
de rites et de croyances marqués par l'adhésion de tous
à la religion chrétienne et la certitude de l'existence
d'un monde meilleur au-delà de la mort. "Le baptême
jouait un rôle central, précise Marie-France Morel. Véritable
rite d'agrégation à la communauté, il marquait la
naissance sociale et spirituelle du nouveau petit être."
La mortalité infantile étant grande, il fallait donc baptiser
l'enfant au plus tôt, au cas où. Si par malheur il décédait
sans baptême, n'appartenant ni à la communauté des
vivants ni à celle des morts, son âme était condamnée
à errer, insatisfaite, risquant de revenir importuner les vivants.
Le seul recours permis par l'Eglise était de demander par la prière
la grâce de faire revivre un court instant le petit enfant pour
pouvoir le baptiser. Selon la doctrine de l'Eglise, jusqu'à sept
ans – l'âge de raison à partir duquel on peut avoir
conscience de ses péchés –, l'enfant n'a pas encore
péché. S'il mourait baptisé, il allait donc directement
au ciel, sans passer par le purgatoire, ce qui était pour lui et
pour sa famille une grâce. Pas de messe de funérailles pour
le repos de son âme – l'Eglise l'interdisait puisque le "petit
ange" était déjà auprès de Dieu –,
mais une cérémonie de sépulture "joyeuse"
au cours de laquelle des chants d'action de grâce étaient
dits. A cette mort qui rompt le fil normal de la succession des générations,
à la douleur des parents, et au sentiment d'injustice qui les tenaille,
l'Eglise apportait à l'époque une réponse forte.
Aujourd'hui, plus qu'une réponse, c'est un rituel que les familles
viennent chercher à l'Eglise à l'occasion des funérailles
de l'enfant. C'est également pour les parents la possibilité
de dire, publiquement, leur chagrin mais aussi leur révolte, leur
colère.
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