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NICOLAS ALQUIN
: Sculpteur-messager
Une sculpture, c'est une offrande. La figure est d'abord ouverture...
Un sculpteur, ce n’est pas forcément utile. C’est
la sculpture qui est indispensable." Le sculpteur Nicolas Alquin
aime jouer avec les mots. Comme si c’était du bois, de la
pierre ou du bronze, ses matériaux de prédilection. Né
en 1958 à Bruxelles, installé en région parisienne,
Nicolas Alquin se dit peu apte à définir son propre métier.
"Sculpteur bien sûr, mais c’est une notion qui en recouvre
tant d’autres. Sur certains travaux, liés à la souffrance,
à la disparition et au deuil, je me considère comme un consolateur,
comme accompagnant ceux qui souffrent dans leur chair et leur esprit.
Pas mécréant mais créant, je suis plutôt un
re-créateur." Même quand il parle et sculpte autour
de la mort, il parle de la vie. Il fait d’ailleurs remarquer qu’un
simple trait d’union transforme la re-création, qu’il
revendique, en récréation. Ses dessins d’oiseaux,
lavis d’encre de Chine sur papier, expriment bien cette légèreté
de l’artiste, cette capacité à prendre son envol,
le reflet d’un mouvement perpétuel. Issu d’une famille
d’artistes – chez ces gens-là, on est poète,
chef d’orchestre, peintre ou sculpteur depuis cinq générations
–, Nicolas Alquin se fait remarquer dès ses premiers cours
de dessin, dessinant le squelette plutôt que le modèle exposé.
"Le contact avec la mort n’est pas une chose qu’il faut
craindre, souligne-t-il. Sachons en parler, la représenter, sinon
pour l’amadouer en tout cas pour lui donner vie." Catholique
tardif – il s’est fait baptiser à l’âge
de 24 ans – mais convaincu, sa religion est un engagement. "Rien
ne jaillit, rien ne se crée sans profondeur." Jusqu’à
initier une réflexion concrète – projets et maquettes
à l’appui – sur l’incinération et la conservation
des cendres.
"Donner forme à la mort n’est pas l’enfermer.
Nous ne devons ni nier les morts ni les condamner à l’irrespect
en dispersant leurs restes n’importe comment. Pour le bien des vivants,
comme pour le respect des disparus, la mort doit aujourd’hui retrouver
une place dans l’espace, le temps et notre société
d’aujourd’hui." Preuve de l’inscription de cet
artiste dans son temps, son projet d’urne funéraire (voir
photo et dessin cidessus) rencontre un vif succès auprès
des autorités concernées, civiles comme religieuses.
Evoquer l’absence pour inspirer la présence
Talentueux et inspiré, Nicolas Alquin aime à travailler
les matériaux proches de la nature. La pierre et l’ardoise
bien sûr dont il va souvent se servir comme d’un socle. Mais
aussi le bois, "mon matériau frère, mon support de
base comme le papier pour l’écrivain, le bois à partir
duquel tout a été conçu. C’est l’un des
piliers de l’équilibre même de notre planète,
et le bronze, l’œil de la nature dans notre mémoire,
c’est le matériau qui restitue le plus fidèlement
notre part de nature". Couvrant ainsi les trois règnes, minéral,
végétal et métallique, l’artiste admire les
travaux d’Enku, un moine-sculpteur japonais du XVIIe siècle
qui cheminait dans les montagnes, sculptant le bois contre un bol de riz,
ceux de Giacometti qui "a su rendre le bronze si fluide et magnifier
l’accord parfait entre le modèle et le processus de fusion."
Nicolas Alquin travaille également beaucoup sur et avec l’eau
comme en témoigne le grand nombre de fontaines qu’il a réalisé,
telle "Parole portée", la sculpturefontaine réalisée
à la mémoire des victimes du terrorisme (Jardin de l’Intendant,
Hôtel des Invalides, Paris). Parmi
ses maîtres et inspirateurs, il cite Reinhoud, sculpteur flamand
"qui m’a appris à affronter mes monstres", Roel
d’Haesse, autre flamand qui lui a donné le goût du
travail de la cire, le maître français Etienne Martin celui
du travail du bois et Eugène Dodeigne pour le goût de la
figure. Pour Nicolas Alquin, "la sculpture, c’est le travail
entre le plein et le vide, entre la présence et l’absence.
Il s’agit d’apprivoiser la matière, d’en retirer
ce qu’elle a à nous offrir par sa force, parfois par sa violence,
toujours par son harmonie. Mes œuvres sont des icônes, pas
des idoles, qui sont d’abord accueillantes. Ce sont des offrandes,
pas une prouesse technique. La figure, c’est une ouverture…"
Pour en savoir plus
le site internet
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Aux Editions L’Echoppe (Caen) : Secret
de patine (en treize leçons), Abidjan Façon-Façon,
Jeux d’échecs, jeux de guerres (avec Gilbert Lascault)
-
Nicolas Alquin a réalisé de
très nombreuses expositions personnelles et collectives (Bruxelles,
Reims, Paris, Caen, Espagne, Italie, Monaco…). Il est lauréat
du Prix Villa de Médicis (Vérone, Hors les murs,1987),
du Prix Léonard de Vinci (Abidjan, Côte d'Ivoire, 1988),
Grand Prix Simone Del Duca, (Paris,1997) et lauréat du Prix
Prince Pierre de Monaco (2001). Il a sculpté plusieurs fontaines
et monuments publics : le Dormeur (Fonds National d'Art Contemporain,
France), Jour de désert (Musée d'Art sacré, Lille),
Le Composteur d'étoiles (Eglise St-Jacques-du-Haut-Pas, Paris),
Gaspard (Musée d'Art Contemporain, Dunkerque), Judith (Fondation
Beelden-aan-Zee, Pays-Bas), Fontaine Saint–Benoît à
Paris, Parole portée à la mémoire des victimes
du terrorisme (Hôtel des Invalides, Paris), Croix d'espérance
(ND d'Espérance, Paris).
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