N°14
  Accueil Opinion Histoire Regard Etranger Dossier Portrait Fermer le journal
  PORTRAIT

 
 
 
 
 

 

 

NICOLAS ALQUIN : Sculpteur-messager

Une sculpture, c'est une offrande. La figure est d'abord ouverture...

Face au mulot, 2000 (chêne et ardoise

Un sculpteur, ce n’est pas forcément utile. C’est la sculpture qui est indispensable." Le sculpteur Nicolas Alquin aime jouer avec les mots. Comme si c’était du bois, de la pierre ou du bronze, ses matériaux de prédilection. Né en 1958 à Bruxelles, installé en région parisienne, Nicolas Alquin se dit peu apte à définir son propre métier. "Sculpteur bien sûr, mais c’est une notion qui en recouvre tant d’autres. Sur certains travaux, liés à la souffrance, à la disparition et au deuil, je me considère comme un consolateur, comme accompagnant ceux qui souffrent dans leur chair et leur esprit. Pas mécréant mais créant, je suis plutôt un re-créateur." Même quand il parle et sculpte autour de la mort, il parle de la vie. Il fait d’ailleurs remarquer qu’un simple trait d’union transforme la re-création, qu’il revendique, en récréation. Ses dessins d’oiseaux, lavis d’encre de Chine sur papier, expriment bien cette légèreté de l’artiste, cette capacité à prendre son envol, le reflet d’un mouvement perpétuel. Issu d’une famille d’artistes – chez ces gens-là, on est poète, chef d’orchestre, peintre ou sculpteur depuis cinq générations –, Nicolas Alquin se fait remarquer dès ses premiers cours de dessin, dessinant le squelette plutôt que le modèle exposé. "Le contact avec la mort n’est pas une chose qu’il faut craindre, souligne-t-il. Sachons en parler, la représenter, sinon pour l’amadouer en tout cas pour lui donner vie." Catholique tardif – il s’est fait baptiser à l’âge de 24 ans – mais convaincu, sa religion est un engagement. "Rien ne jaillit, rien ne se crée sans profondeur." Jusqu’à initier une réflexion concrète – projets et maquettes à l’appui – sur l’incinération et la conservation des cendres.NICOLAS ALQUIN "Donner forme à la mort n’est pas l’enfermer. Nous ne devons ni nier les morts ni les condamner à l’irrespect en dispersant leurs restes n’importe comment. Pour le bien des vivants, comme pour le respect des disparus, la mort doit aujourd’hui retrouver une place dans l’espace, le temps et notre société d’aujourd’hui." Preuve de l’inscription de cet artiste dans son temps, son projet d’urne funéraire (voir photo et dessin cidessus) rencontre un vif succès auprès des autorités concernées, civiles comme religieuses.

Evoquer l’absence pour inspirer la présence

Talentueux et inspiré, Nicolas Alquin aime à travailler les matériaux proches de la nature. La pierre et l’ardoise bien sûr dont il va souvent se servir comme d’un socle. Mais aussi le bois, "mon matériau frère, mon support de base comme le papier pour l’écrivain, le bois à partir duquel tout a été conçu. C’est l’un des piliers de l’équilibre même de notre planète, et le bronze, l’œil de la nature dans notre mémoire, c’est le matériau qui restitue le plus fidèlement notre part de nature". Couvrant ainsi les trois règnes, minéral, végétal et métallique, l’artiste admire les travaux d’Enku, un moine-sculpteur japonais du XVIIe siècle qui cheminait dans les montagnes, sculptant le bois contre un bol de riz, ceux de Giacometti qui "a su rendre le bronze si fluide et magnifier l’accord parfait entre le modèle et le processus de fusion." Nicolas Alquin travaille également beaucoup sur et avec l’eau comme en témoigne le grand nombre de fontaines qu’il a réalisé, telle "Parole portée", la sculpturefontaine réalisée à la mémoire des victimes du terrorisme (Jardin de l’Intendant, Hôtel des Invalides, Paris). c Conservation des urnes ("vaisseaux") dans une "structure de bois modulable" pour une crypte chrétienne, dite "anse"Parmi ses maîtres et inspirateurs, il cite Reinhoud, sculpteur flamand "qui m’a appris à affronter mes monstres", Roel d’Haesse, autre flamand qui lui a donné le goût du travail de la cire, le maître français Etienne Martin celui du travail du bois et Eugène Dodeigne pour le goût de la figure. Pour Nicolas Alquin, "la sculpture, c’est le travail entre le plein et le vide, entre la présence et l’absence. Il s’agit d’apprivoiser la matière, d’en retirer ce qu’elle a à nous offrir par sa force, parfois par sa violence, toujours par son harmonie. Mes œuvres sont des icônes, pas des idoles, qui sont d’abord accueillantes. Ce sont des offrandes, pas une prouesse technique. La figure, c’est une ouverture…"

Pour en savoir plus

le site internet

  • Aux Editions L’Echoppe (Caen) : Secret de patine (en treize leçons), Abidjan Façon-Façon, Jeux d’échecs, jeux de guerres (avec Gilbert Lascault)

  • Nicolas Alquin a réalisé de très nombreuses expositions personnelles et collectives (Bruxelles, Reims, Paris, Caen, Espagne, Italie, Monaco…). Il est lauréat du Prix Villa de Médicis (Vérone, Hors les murs,1987), du Prix Léonard de Vinci (Abidjan, Côte d'Ivoire, 1988), Grand Prix Simone Del Duca, (Paris,1997) et lauréat du Prix Prince Pierre de Monaco (2001). Il a sculpté plusieurs fontaines et monuments publics : le Dormeur (Fonds National d'Art Contemporain, France), Jour de désert (Musée d'Art sacré, Lille), Le Composteur d'étoiles (Eglise St-Jacques-du-Haut-Pas, Paris), Gaspard (Musée d'Art Contemporain, Dunkerque), Judith (Fondation Beelden-aan-Zee, Pays-Bas), Fontaine Saint–Benoît à Paris, Parole portée à la mémoire des victimes du terrorisme (Hôtel des Invalides, Paris), Croix d'espérance (ND d'Espérance, Paris).