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Six feet under"
Une série mortelle
Devenue
culte dès la première saison de sa programmation, Six feet
under (Six pieds sous terre) est une série pour le moins décapante
dans l’univers habituellement balisé de la saga familiale
à l’américaine. Véritable soap opera métaphysique,
elle explore au vitriol le quotidien de la famille Fisher, propriétaire
d’une entreprise de pompes funèbres.
Que la mort dérange, qu’elle inquiète, qu’elle
attriste, est une vérité bien amère pour la plupart
des "êtres conscients" que nous sommes. Evidemment, la
télévision, qui se veut en général reflet
de notre société, en plus édulcoré, ou plus
tranchant, a toujours préféré traiter le sujet en
filigrane dans le but parfois avoué de choquer ses spectateurs
ou, à contrario, de ne pas heurter leur sensibilité. Question
d’audimat, dans un sens ou un autre.
Il fallait oser ; Alan Ball, scénariste de ce bijou d’humour
noir qu’a été au cinéma American Beauty, l’a
fait. Il a considéré que la mort pouvait être une
héroïne des plus émouvantes, délirantes. Et
il avait raison. Il a compris que la présenter comme toile de fond
d’une série était peutêtre une bonne façon
de rendre un vibrant hommage à la vie !
Hymne à la vie
Il suffisait pour cela de se vouloir un brin iconoclaste, de ne pas craindre
d’écrire une saga familiale qui se déroulât
dans l’univers des pompes funèbres et de saluer la mort avec
familiarité. Il suffisait, oui, mais se pouvait-il vraiment que
Six feet under fût la série qui manquât sur le PAF,
celle à laquelle les scénaristes auraient dû penser
depuis longtemps parce qu’il est sans doute du devoir moral de la
télévision de nous donner un aperçu de la mort qui
soit dénué de la violence coutumière, respectueux
de la réalité de ses faits.
Certes, cette production américaine, diffusée pour la
première fois à partir du 15 mars sur Canal + (et pour la
deuxième année consécutive ces dernières semaines
sur Canal Jimmy), a de sérieux atouts pour plaire. L’écriture
des épisodes et l’interprétation des acteurs sont
d’une qualité assez rare dans les séries américaines
pour être soulignée. Les personnages se situent dans un état
d’esprit proche du tout un chacun, avec ses doutes, sa quête
de sens. Ils ont leur propre identité psychologique, assez fouillée
pour engendrer chez le téléspectateur une réaction
émotive. Le rythme est impeccable ; les propos intelligents. Et
le scénario, des plus originaux : chaque épisode commence
par une scène où l’on assiste au décès
d’un individu, qui sera ensuite pris en main par la famille. A noter
également l’intervention régulière des défunts
qui commentent l’action ou les pensées intimes des protagonistes
et l’absence de happy end systématique.
Absence de voyeurisme, ton juste et humour acidulé
Quant aux détails, ils sont soignés, notamment sur le
plan technique. Les professionnels des pompes funèbres ne s’y
sont pas trompés ; ils sont nombreux à avoir suivi avec
fidélité, ces dernières semaines, les aventures des
Fisher. Transport des corps, soins de présentation pour les obsèques…,
la crédibilité des faits et des gestes est assurée.
Malgré le contexte qui pourrait paraître quelque peu lugubre,
la série laisse apparaître un humour décapant et cynique.
De climat malsain ? De voyeurisme ? Aucun. La philosophie de cette production
est totalement orientée vers une désacralisation de la mort
afin de mieux vivre le moment présent.
Par le quotidien des Fisher, par le biais de leurs tourments et interrogations,
Alan Ball réussit donc le tour de force de nous décomplexer
vis-à-vis de ce sujet épineux. Si les héros de la
série sont constamment confrontés à l’évidence
de la Camarde, elle ne les empêche pas d’être eux-mêmes.
C’est là une belle leçon de savoir vivre. Regrettons
simplement qu’il faille posséder un décodeur, le câble
ou le satellite pour avoir la joie de nous plonger dans l’intimité
des Fisher.
Depuis le 15 mars, Six feet under (première saison),
tous les samedis sur Canal +, 21 h, VF (deux épisodes par soirée)
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