N°14
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Six feet under" Une série mortelle

Six feet underDevenue culte dès la première saison de sa programmation, Six feet under (Six pieds sous terre) est une série pour le moins décapante dans l’univers habituellement balisé de la saga familiale à l’américaine. Véritable soap opera métaphysique, elle explore au vitriol le quotidien de la famille Fisher, propriétaire d’une entreprise de pompes funèbres.

Que la mort dérange, qu’elle inquiète, qu’elle attriste, est une vérité bien amère pour la plupart des "êtres conscients" que nous sommes. Evidemment, la télévision, qui se veut en général reflet de notre société, en plus édulcoré, ou plus tranchant, a toujours préféré traiter le sujet en filigrane dans le but parfois avoué de choquer ses spectateurs ou, à contrario, de ne pas heurter leur sensibilité. Question d’audimat, dans un sens ou un autre.

Il fallait oser ; Alan Ball, scénariste de ce bijou d’humour noir qu’a été au cinéma American Beauty, l’a fait. Il a considéré que la mort pouvait être une héroïne des plus émouvantes, délirantes. Et il avait raison. Il a compris que la présenter comme toile de fond d’une série était peutêtre une bonne façon de rendre un vibrant hommage à la vie !

Hymne à la vie

Il suffisait pour cela de se vouloir un brin iconoclaste, de ne pas craindre d’écrire une saga familiale qui se déroulât dans l’univers des pompes funèbres et de saluer la mort avec familiarité. Il suffisait, oui, mais se pouvait-il vraiment que Six feet under fût la série qui manquât sur le PAF, celle à laquelle les scénaristes auraient dû penser depuis longtemps parce qu’il est sans doute du devoir moral de la télévision de nous donner un aperçu de la mort qui soit dénué de la violence coutumière, respectueux de la réalité de ses faits.

Certes, cette production américaine, diffusée pour la première fois à partir du 15 mars sur Canal + (et pour la deuxième année consécutive ces dernières semaines sur Canal Jimmy), a de sérieux atouts pour plaire. L’écriture des épisodes et l’interprétation des acteurs sont d’une qualité assez rare dans les séries américaines pour être soulignée. Les personnages se situent dans un état d’esprit proche du tout un chacun, avec ses doutes, sa quête de sens. Ils ont leur propre identité psychologique, assez fouillée pour engendrer chez le téléspectateur une réaction émotive. Le rythme est impeccable ; les propos intelligents. Et le scénario, des plus originaux : chaque épisode commence par une scène où l’on assiste au décès d’un individu, qui sera ensuite pris en main par la famille. A noter également l’intervention régulière des défunts qui commentent l’action ou les pensées intimes des protagonistes et l’absence de happy end systématique.

Absence de voyeurisme, ton juste et humour acidulé

Quant aux détails, ils sont soignés, notamment sur le plan technique. Les professionnels des pompes funèbres ne s’y sont pas trompés ; ils sont nombreux à avoir suivi avec fidélité, ces dernières semaines, les aventures des Fisher. Transport des corps, soins de présentation pour les obsèques…, la crédibilité des faits et des gestes est assurée. Malgré le contexte qui pourrait paraître quelque peu lugubre, la série laisse apparaître un humour décapant et cynique. De climat malsain ? De voyeurisme ? Aucun. La philosophie de cette production est totalement orientée vers une désacralisation de la mort afin de mieux vivre le moment présent.

Par le quotidien des Fisher, par le biais de leurs tourments et interrogations, Alan Ball réussit donc le tour de force de nous décomplexer vis-à-vis de ce sujet épineux. Si les héros de la série sont constamment confrontés à l’évidence de la Camarde, elle ne les empêche pas d’être eux-mêmes. C’est là une belle leçon de savoir vivre. Regrettons simplement qu’il faille posséder un décodeur, le câble ou le satellite pour avoir la joie de nous plonger dans l’intimité des Fisher.

Depuis le 15 mars, Six feet under (première saison), tous les samedis sur Canal +, 21 h, VF (deux épisodes par soirée)