Le Tata sénégalais
Un devoir de mémoire aux couleurs de l’Afrique
En
sénégalais, «Tata» signifie «enceinte
de terre sacrée» où sont enterrés les
guerriers morts au combat. A Chasselay, cette appellation prend
tout son sens lorsque l’on découvre dans les annales
locales le récit du drame historique qui s’y est noué
durant la seconde guerre mondiale. C’étaient les 19
et 20 juin 1940, Lyon venait d’être déclarée
«ville ouverte». Ignorants de ce fait, des soldatsfrançais
et le 25ème régiment des tirailleurs sénégalais,
basés à Chasselay et dans les environs, s’opposèrent
farouchement à l’arrivée des Allemands. Les
combats finirent par le massacre des soldats sénégalais,
mitraillés et pour certains écrasés par des
chars d’assaut allemands. En apprenant la nouvelle, Jean Marchiani,
alors Secrétaire Général de l’Office
Départemental des Anciens Combattants et Mutilés et
Victimes de Guerre, prit la décision de faire rassembler
les corps des victimes pour les enterrer décemment dans un
cimetière où blancs et noirs pourraient venir se recueillir.
Bien que ce projet ne fît pas l’unanimité auprès
des pouvoirs publics, le Tata sénégalais vit le jour
en 1942, en pleine guerre, avant de devenir national après
la Libération. Il est érigé sur le lieu-dit
«vide-sac», tout près de l’endroit où
furent fusillés 58 des tirailleurs sénégalais.
Entouré
de hauts murs surmontés à chaque angle et au-dessus
de l’entrée d’une pyramide empennée de
pieux, le Tata se caractérise par une architecture d’inspiration
soudanaise. Le portail monumental porte les huit insignes fétichistes
africains. Toute la maçonnerie et les pierres tombales sont
peintes en ocre rouge. 188 corps y reposent, de diverses nationalités
d’Afrique occidentale, puisqu’en fait, comme le précise
Robert Batailly, consul du Sénégal à Lyon,
sous le vocable de tirailleurs sénégalais, c’étaient
aussi des Guinéens, Soudanais, Nigériens, Burkinabés…
qui étaient représentés ! 188 stèles
qui rappellent, au-delà de l’hommage rendu, qu’ils
furent nombreux parmi les peuples colonisés à verser
leur sang pour la France. Le Tata sénégalais est ainsi
bien davantage qu’une nécropole, le symbole d’un
lien infrangible entre la France et ses anciennes terres africaines.
Pour le repos de 188 tirailleurs sénégalais
Chaque
année maintenant, depuis plus de soixante ans, le rituel
est le même qui voit, le jour du 11 novembre et le dimanche
le plus proche de la date des combats du 19 et 20 juin, se dérouler
une cérémonie tant militaire que religieuse au Tata
sénégalais sous l’égide du général
Brun, président de l’Amicale des Troupes de Marine,
en collaboration avec la mairie de Chasselay. Ces deux cérémonies,
qui réunissent chaque fois quelque 200 personnes, dont le
préfet, le gouverneur militaire, un détachement des
troupes de marine (les tirailleurs sénégalais appartenaient
à l’infanterie de marine), des officiels des communes
alentours, la présidente du CAARRA (Collectif des Associations
Africaines de la Région Rhône-Alpes), le consul du
Sénégal et de très nombreux Africains…,
suivent un protocole bien établi. Des moments très
solennels, toujours très émouvants, centrés
autour de la levée des couleurs avec trompette de cavalerie,
le rappel des événements, la lecture de la citation,
le dépôt de gerbe, et pour clore officiellement ces
célébrations, les prières catholiques et musulmanes.
Il n’est pas rare également que tout au long de l’année,
des personnalités d’Afrique noire, des ministres du
gouvernement sénégalais, en visite économique
à la Région, aillent se recueillir sur ces tombes
où anonymes ou familiers leur rappellent à chaque
fois des souvenirs encore bien présents dans la mémoire
collective africaine…
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