N°15

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Proposer au jeune public de réfléchir sur la thématique des relations entre générations, des grands-parents, du vieillissement et de la mort n’est pas courant. Le succès du Prix Chronos de littérature témoigne des attentes des enfants sur ces questions essentielles qui fondent leur quotidien dès leur plus jeune âge.

 

Grandir c’est vieillir… puis mourir
DÉDRAMATISER LA MORT PAR LE LIVRE

Lancé en 1996 avec 230 enfants d’écoles primaires et de collèges de Paris et d’Ile-de-France, le Prix Chronos de littérature pour la jeunesse a réuni en 2003 près de 27 000 enfants de 4 à 16 ans. Un succès que la Fondation Nationale de Gérontologie (FNG), initiatrice du projet, n’avait pas du tout planifié. “Créer le prix Chronos n’était pas du tout une fin en soi, nous ne sommes pas une entreprise de soutien à la lecture ou de promotion d’éditeurs, explique Jacqueline Gaussens, de la FNG. Nous recherchions un moyen d’entrer en contact avec les jeunes pour briser le tabou de la vieillesse, de la mort, pour changer le regard que nous portons tous sur le vieillissement.Finalement à tout âge, et ce dès la naissance, on est le vieux et le jeune de quelqu’un.”

Faire comprendre, à travers le livre d’images, le roman, la nouvelle ou encore la science-fiction, que la vie est un parcours, un fil continu de générations en générations avec des étapes - dont l’ultime, la mort -, des joies et des chagrins, s’est révélé extrêmement simple et naturel. Les enfants n’ont pas de tabou. “A travers les livres, ils apprivoisent leur vie et aussi leur mort, et les morts autour d’eux, ajoute Martine Dorange, psychosociologue. C’est important, ça dédramatise. La vie c’est aussi la mort, c’est bien de le savoir très jeune, cela peut parfois éviter les crises pathologiques du milieu de la vie lorsque soudain, à ce moment-là, on prend conscience de sa propre mort et plus seulement la mort de l’autre.”

Au départ, le scepticisme n’est pas venu des petits lecteurs mais des enseignants et des parents. Francine Denizart, institutrice de maternelle, se souvient de la réaction des parents la première année où sa classe a participé au Prix Chronos. “Ils nous faisaient confiance du bout des lèvres, surveillant les réactions de leurs enfants, attentifs au moindre cauchemar qu’ils nous attribuaient bien sûr, choqués même quand l’un d’eux au milieu d’un repas leur disait : alors, toi aussi, tu vas mourir ? Ils n’étaient pas prêts à entendre ce genre de choses.(1)

Année après année, Francine Denizart a donc tenu à intégrer les parents dans l’aventure. Les livres à lire se sont mis à circuler dans les familles, on se racontait les histoires, des parents endeuillés ont pu parler avec leurs enfants de la disparition d’une tante ou d’une grand-mère. “Les enfants deviennent le vecteur par lequel petits et grands osent parler de vie et de mort, reprend Jacqueline Gaussens. Les grands-parents acquièrent une autre place, on les écoute. Ce sont eux qui montrent le temps qui passe et présentent l’avenir. C’est cela aussi anticiper la mort.”

(1) Extrait de “Grandir et vieillir : le parcours de vie”. Ed. FNG, en vente à la FNG, 2003. Pour plus d’informations sur le Prix Chronos : www.prix-chronos.org

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