Composer et chanter pour les morts
Depuis
que l’homme a pris conscience de sa finitude, il s’est
engagé dans des rites de sépulture auxquels le chant
a très vite été associé. Même
si chaque époque possède ses termes propres, une manière
bien particulière de théâtraliser la mort, le
chant apparaît toujours comme la langue du cœur, l’instrument
d’une transmutation de la douleur en joie. Dans le christianisme,
la notion de «passage» est importante (Pâques
en est l’illustration la plus lisible) et les chants liturgiques
latins ont toujours cherché à sublimer l’attitude
de l’homme face à la mort. Le travail de création
d’André Gouzes s’inscrit dans cet héritage
chrétien. Dominicain et recteur de l’abbaye de Sylvanès
l’Aveyron - abbaye connue pour son festival annuel de musiques
et de chants sacrés -, André Gouzes se dit frappé
par «la force pascale qui émane des textes des morts
dans les chants grégoriens» et par cette façon
tour à tour tendre, miséricordieuse, extatique…
de célébrer l’espérance d’une vie
immortelle. Il y a là un mystère difficilement traduisible,
l’évanescence d’une beauté qui s’exprime
au plus intime de l’être. Ce que l’intelligence
ne saurait saisir, seule la musique paraît alors capable de
le traduire. Voilà ce à quoi s’attache André
Gouzes dans ses compositions : à la parole indicible qui
rassure et émeut. Nombreux sont les monastères qui
composent encore aujourd’hui dans la pure tradition, les hommes
de foi qui œuvrent pour des groupes d’édition
en poétisant la mort, mais la particularité d’André
Gouzes mérite d’être soulignée. Il met
en chant tous les aspects de la vie du Christ entrevus dans les
textes bibliques, et qui délivrent la parole de Dieu concernant
la mort, en les harmonisant selon sa sensibilité exclusive,
en usant d’un français clair et simple.
Message d’espérance et de paix
André
Gouzes, qui entretient depuis des années des rapports amicaux
avec l’Eglise orthodoxe, aime également s’inspirer
des traditions liturgiques orientales. Orient et occident intime-ment
liés dans le dessein d’accorder la splendeur de l’un
et de l’autre ; seul l’accomplissement compte. La mort
d’un enfant, d’un vieillard ne peuvent se chanter de
façon similaire. La com-position de chants pour les morts
porte en elle une universalité des situations, des sentiments.
Et pourtant, chacun a le droit de se retrouver dans ces méditations
chantées qui conduiront alors ceux qui les écoutent
sur le chemin de la consolation. Car là est bien le sens
implicite de ces chants : transmettre un message d’espérance
et de paix. Lorsque André Gouzes a commencé à
composer, il avait déjà en lui le désir profond
de rassurer, d’élaborer une complicité d’ordre
quasi allégorique. «Les gens doivent avoir l’impression
que l’Eglise-mère les prend dans ses bras, qu’elle
se fait humble, maternelle pour eux.» Ainsi pourront-ils puiser
une force nouvelle en eux et poursuivre le chemin sans l’être
aimé, commencer véritable-ment le travail de deuil.
Pour accompagner les mourants
Mais pour André Gouzes, il est essentiel que ses compositions
aillent encore au-delà, qu’elles précèdent
si besoin le rite funé-raire en aidant le croyant à
se ressourcer spirituellement ou à se préparer à
un proche trépas. André Gouzes se rappelle toujours
avec émotion ce vieux monsieur en fin de vie qui, avant de
décéder, se passa en boucle pendant plusieurs jours
son disque Dans la paix et qui lui confia que toute peur l’avait
quitté à l’écoute de cette sérénité
qui transparaissait au travers de la musique. Dès lors, le
chant n’est plus seulement un excellent support sonore pour
les animateurs de paroisse lors des célébrations funéraires,
mais aussi une façon de se voir révéler le
grand mystère de la compassion du Christ et de sa victoire
sur la mort. Dans la paix, édité par les éditions
de Sylvanès, traduit et adapté dans de nombreux pays
étrangers, est un CD de 22 chants liturgiques et oraisons
; des chants interprétés a capella par l’ensemble
vocal de l’abbaye de Sylvanès. André Gouzes
a sélectionné des textes bibliques parmi ceux qui
lui semblaient les plus beaux pour témoigner de l’impor-tance
du message que sont censés apporter ces chants. Par l’exigence
esthétique et par la recherche d’harmoni-sation entre
musique et paroles dont il témoigne, il émane de ce
disque - qui évoque le Miserere d’Allegri et plus généralement
la musique baroque italienne - une dimension tout à fait
particulière. La voix puissante des choristes réussit
à transcender la simple expression musicale ; il y a là
comme la manifestation d’une poésie intérieure,
dans la continuité des chants grégoriens. Le tout
associé à l’usage, donc, d’un fran-çais
très moderne. Et c’est cette impression de renouveau,
de complétude dans la composition liturgique qui suscite
de plus en plus d’intérêt de la part des communautés
paroissiales et des familles.
Pour en savoir plus… Editions de Sylvanès - La Boriette
- BP13 - 12360 Camares
Tél. : 05 65 99 58 76
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