N°15

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Lors de nos cérémonies funéraires, une place essentielle est accordée au chant ; celui qui transcende la mort pour apporter l’espérance, celui qui se doit d’oser «ensemencer les cœurs», selon le père André Gouzes, l’un des rares compositeurs contemporains à conjuguer tradition harmonique et modernité du langage.

 

Composer et chanter pour les morts

Depuis que l’homme a pris conscience de sa finitude, il s’est engagé dans des rites de sépulture auxquels le chant a très vite été associé. Même si chaque époque possède ses termes propres, une manière bien particulière de théâtraliser la mort, le chant apparaît toujours comme la langue du cœur, l’instrument d’une transmutation de la douleur en joie. Dans le christianisme, la notion de «passage» est importante (Pâques en est l’illustration la plus lisible) et les chants liturgiques latins ont toujours cherché à sublimer l’attitude de l’homme face à la mort. Le travail de création d’André Gouzes s’inscrit dans cet héritage chrétien. Dominicain et recteur de l’abbaye de Sylvanès l’Aveyron - abbaye connue pour son festival annuel de musiques et de chants sacrés -, André Gouzes se dit frappé par «la force pascale qui émane des textes des morts dans les chants grégoriens» et par cette façon tour à tour tendre, miséricordieuse, extatique… de célébrer l’espérance d’une vie immortelle. Il y a là un mystère difficilement traduisible, l’évanescence d’une beauté qui s’exprime au plus intime de l’être. Ce que l’intelligence ne saurait saisir, seule la musique paraît alors capable de le traduire. Voilà ce à quoi s’attache André Gouzes dans ses compositions : à la parole indicible qui rassure et émeut. Nombreux sont les monastères qui composent encore aujourd’hui dans la pure tradition, les hommes de foi qui œuvrent pour des groupes d’édition en poétisant la mort, mais la particularité d’André Gouzes mérite d’être soulignée. Il met en chant tous les aspects de la vie du Christ entrevus dans les textes bibliques, et qui délivrent la parole de Dieu concernant la mort, en les harmonisant selon sa sensibilité exclusive, en usant d’un français clair et simple.

Message d’espérance et de paix

André Gouzes, qui entretient depuis des années des rapports amicaux avec l’Eglise orthodoxe, aime également s’inspirer des traditions liturgiques orientales. Orient et occident intime-ment liés dans le dessein d’accorder la splendeur de l’un et de l’autre ; seul l’accomplissement compte. La mort d’un enfant, d’un vieillard ne peuvent se chanter de façon similaire. La com-position de chants pour les morts porte en elle une universalité des situations, des sentiments. Et pourtant, chacun a le droit de se retrouver dans ces méditations chantées qui conduiront alors ceux qui les écoutent sur le chemin de la consolation. Car là est bien le sens implicite de ces chants : transmettre un message d’espérance et de paix. Lorsque André Gouzes a commencé à composer, il avait déjà en lui le désir profond de rassurer, d’élaborer une complicité d’ordre quasi allégorique. «Les gens doivent avoir l’impression que l’Eglise-mère les prend dans ses bras, qu’elle se fait humble, maternelle pour eux.» Ainsi pourront-ils puiser une force nouvelle en eux et poursuivre le chemin sans l’être aimé, commencer véritable-ment le travail de deuil.

Pour accompagner les mourants

Mais pour André Gouzes, il est essentiel que ses compositions aillent encore au-delà, qu’elles précèdent si besoin le rite funé-raire en aidant le croyant à se ressourcer spirituellement ou à se préparer à un proche trépas. André Gouzes se rappelle toujours avec émotion ce vieux monsieur en fin de vie qui, avant de décéder, se passa en boucle pendant plusieurs jours son disque Dans la paix et qui lui confia que toute peur l’avait quitté à l’écoute de cette sérénité qui transparaissait au travers de la musique. Dès lors, le chant n’est plus seulement un excellent support sonore pour les animateurs de paroisse lors des célébrations funéraires, mais aussi une façon de se voir révéler le grand mystère de la compassion du Christ et de sa victoire sur la mort. Dans la paix, édité par les éditions de Sylvanès, traduit et adapté dans de nombreux pays étrangers, est un CD de 22 chants liturgiques et oraisons ; des chants interprétés a capella par l’ensemble vocal de l’abbaye de Sylvanès. André Gouzes a sélectionné des textes bibliques parmi ceux qui lui semblaient les plus beaux pour témoigner de l’impor-tance du message que sont censés apporter ces chants. Par l’exigence esthétique et par la recherche d’harmoni-sation entre musique et paroles dont il témoigne, il émane de ce disque - qui évoque le Miserere d’Allegri et plus généralement la musique baroque italienne - une dimension tout à fait particulière. La voix puissante des choristes réussit à transcender la simple expression musicale ; il y a là comme la manifestation d’une poésie intérieure, dans la continuité des chants grégoriens. Le tout associé à l’usage, donc, d’un fran-çais très moderne. Et c’est cette impression de renouveau, de complétude dans la composition liturgique qui suscite de plus en plus d’intérêt de la part des communautés paroissiales et des familles.

Pour en savoir plus… Editions de Sylvanès - La Boriette - BP13 - 12360 Camares
Tél. : 05 65 99 58 76
Mail edit.sylvanes@easynet.fr -
Lien www.sylvanes.com

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