La sépulture… expression d’une rédemption
sociale
Elle
faisait partie de ces jeunes filles venues en France avec l’espoir
fou de se voir ouvrir des portes que l’on tient fermées
dans leur propre pays et qui finissent sur le trottoir, happées
par les réseaux de prostitution. L’histoire de Stella
découle de la solitude comme de la misère. Yassia
Boudra, présidente de “Femmes Debout1), entendit parler
du calvaire de la jeune femme par les journaux. Stella venait alors
de décéder à l’hôpital d’une
septicémie, consécutive à un auto-avortement
qui s’était mal déroulé. A Dôle,
l’affaire, évidemment, fit quelque bruit. Dans cette
petite ville, le phénomène de prostitution était
passé inaperçu. Pour les bénévoles de
l’association, la nouvelle fut de celles qui choquent et induisent
à s’interroger. Malaise inhérent à un
sentiment de culpabilité tout à coup patent ; comment
est-il possible que personne n’ait rien vu, n’ait rien
su, qu’aucune action n’ait été entreprise
? … Aujourd’hui, “Femmes Debout” ne veut
plus que le sort de Stella puisse se reproduire. Dans cinq ans,
les restes de la jeune femme, pour lors enterrée au carré
des indigents, devraient être transférés dans
un ossuaire municipal. Pour l’association, la désespérance
d’une telle disparition n’est pas un fait contre lequel
notre société ne peut rien et il lui paraît
de notre responsabilité à tous d’éviter
à Stella cet ultime abandon en lui dispensant dans la mort
une égalité de droit et de respect dont elle n’a
pas bénéficié dans la vie. En lui rendant sa
dignité.
Quand l’indifférence finit par tuer
Le drame de son décès, l’isolement, l’anonymat
dans lesquels la jeune femme a vécu ses derniers jours font
ressortir après coup une absence de solidarité collective
qui explique, selon Jean-Didier Urbain, sociologue, pour quelle
raison l’idée de rachat devient dès lors tellement
essentielle. “Notre société nourrit toujours
de façon générale un sentiment de culpabilité
vis-à-vis de ses morts, ici renforcé par le fait que
cette même société a été en quelque
sorte prise en flagrant délit de non assistance à
personne en danger, qu’elle a laissé se produire une
action d’exclusion.” Et maintenant, cette exclusion
doit être symboliquement annulée. Stella avait vingt
ans, elle était jeune, survivait loin de chez elle. Elle
présente l’image d’une naufragée échouée
sur les rives inhospitalières d’une société
qui n’a pas su remplir son rôle originel, une société
qui l’a finalement cannibalisée. L’action de
l’association, qui a décidé de créer
un collectif en vue de perpétuer la mémoire de Stella,
est sans aucun doute symptomatique de cette volonté des témoins
indirects et tardifs de l’affaire d’offrir à
Stella une intégration à titre posthume. Le CCFD (Comité
catholique contre la faim dans le monde), Terre des Hommes, le Secours
Catholique et une poignée de particuliers ont ainsi rejoint
“Femmes Debout” pour l’aider à lever des
fonds qui serviront, dans le cas où la famille de la jeune
femme serait retrouvée, à prendre en charge les frais
de rapatriement du corps.
Pour un retour à sa terre d’origine
Car
le retour à la terre est important. Pour Yassia Boudra, celui-ci
s’inscrit dans une logique très occidentale. Elle-même
mère de famille, elle songe aux parents de Stella, là-bas,
à des milliers de kilomètres et qui n’ont plus
de nouvelles de leur fille depuis des mois. Comment faire le deuil
d’un enfant en étant dans l’expectative ? Comment
retrouver la paix de l’esprit ? Pour Jean-Didier Urbain, le
retour à la terre d’origine est surtout à penser
en terme de restauration d’une identité culturelle,
sociale et ethnique. En venant en France, Stella est devenue autre,
elle s’est altérée dans son être primordial.
En facilitant un retour au Nigéria, notre société
refermerait ainsi la parenthèse de ces longs mois de trafic
auxquels elle a été livrée. Aux racines retrouvées
s’ajouterait alors la pureté de l’enfant jamais
parti. Le retour à la terre est une façon d’inverser
le processus de corruption, une véritable catharsis. Stella
ne serait plus une immigrée, mais une voyageuse… Nuance
sans concessions. Maintenant, il est évident que les valeurs
africaines diffèrent largement des nôtres. Il est difficile
de savoir comment serait réellement accueillie Stella dans
un pays où nombre de régions sont encore régies
par la charia, où les rites d’inhumation et d’ancestralisation
nous sont parfaitement étrangers, liés pour ces derniers
au phénomène de panthéonisation et d’un
jugement qui peut se révéler discriminatoire ! Si
ce retour à la terre se révèle donc infaisable,
les dons recueillis serviront à faire l’acquisition
d’une sépulture convenable pour le repos de Stella.
Enfin, l’association invite toute personne qui connaîtrait
une ONG au Nigeria ou serait susceptible de fournir des informations
pouvant permettre de retrouver les parents de Stella à la
contacter.
(1) Créée en 1996, “Femmes debout” est
une association qui cherche à promouvoir le rôle de
la femme dans la société, quelle que soit son origine
culturelle et sociale.
CONTACT “Femmes Debout”, 63 avenue de Verdun, 39100
Dôle Tél. : 03 84 82 14 37
femmesdebout@wanadoo.fr
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