N°15

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Depuis plusieurs mois, l’association doloise “Femmes Debout” se mobilise pour collecter des fonds qui permettront d’offrir à Stella Stevens, jeune prostituée nigérianne décédée dans la solitude la plus totale, une sépulture digne de ce nom. Et de racheter ainsi dans la mort ce que notre société n’a pas su faire de son vivant

 

La sépulture… expression d’une rédemption sociale

Elle faisait partie de ces jeunes filles venues en France avec l’espoir fou de se voir ouvrir des portes que l’on tient fermées dans leur propre pays et qui finissent sur le trottoir, happées par les réseaux de prostitution. L’histoire de Stella découle de la solitude comme de la misère. Yassia Boudra, présidente de “Femmes Debout1), entendit parler du calvaire de la jeune femme par les journaux. Stella venait alors de décéder à l’hôpital d’une septicémie, consécutive à un auto-avortement qui s’était mal déroulé. A Dôle, l’affaire, évidemment, fit quelque bruit. Dans cette petite ville, le phénomène de prostitution était passé inaperçu. Pour les bénévoles de l’association, la nouvelle fut de celles qui choquent et induisent à s’interroger. Malaise inhérent à un sentiment de culpabilité tout à coup patent ; comment est-il possible que personne n’ait rien vu, n’ait rien su, qu’aucune action n’ait été entreprise ? … Aujourd’hui, “Femmes Debout” ne veut plus que le sort de Stella puisse se reproduire. Dans cinq ans, les restes de la jeune femme, pour lors enterrée au carré des indigents, devraient être transférés dans un ossuaire municipal. Pour l’association, la désespérance d’une telle disparition n’est pas un fait contre lequel notre société ne peut rien et il lui paraît de notre responsabilité à tous d’éviter à Stella cet ultime abandon en lui dispensant dans la mort une égalité de droit et de respect dont elle n’a pas bénéficié dans la vie. En lui rendant sa dignité.

Quand l’indifférence finit par tuer

Le drame de son décès, l’isolement, l’anonymat dans lesquels la jeune femme a vécu ses derniers jours font ressortir après coup une absence de solidarité collective qui explique, selon Jean-Didier Urbain, sociologue, pour quelle raison l’idée de rachat devient dès lors tellement essentielle. “Notre société nourrit toujours de façon générale un sentiment de culpabilité vis-à-vis de ses morts, ici renforcé par le fait que cette même société a été en quelque sorte prise en flagrant délit de non assistance à personne en danger, qu’elle a laissé se produire une action d’exclusion.” Et maintenant, cette exclusion doit être symboliquement annulée. Stella avait vingt ans, elle était jeune, survivait loin de chez elle. Elle présente l’image d’une naufragée échouée sur les rives inhospitalières d’une société qui n’a pas su remplir son rôle originel, une société qui l’a finalement cannibalisée. L’action de l’association, qui a décidé de créer un collectif en vue de perpétuer la mémoire de Stella, est sans aucun doute symptomatique de cette volonté des témoins indirects et tardifs de l’affaire d’offrir à Stella une intégration à titre posthume. Le CCFD (Comité catholique contre la faim dans le monde), Terre des Hommes, le Secours Catholique et une poignée de particuliers ont ainsi rejoint “Femmes Debout” pour l’aider à lever des fonds qui serviront, dans le cas où la famille de la jeune femme serait retrouvée, à prendre en charge les frais de rapatriement du corps.

Pour un retour à sa terre d’origine

Car le retour à la terre est important. Pour Yassia Boudra, celui-ci s’inscrit dans une logique très occidentale. Elle-même mère de famille, elle songe aux parents de Stella, là-bas, à des milliers de kilomètres et qui n’ont plus de nouvelles de leur fille depuis des mois. Comment faire le deuil d’un enfant en étant dans l’expectative ? Comment retrouver la paix de l’esprit ? Pour Jean-Didier Urbain, le retour à la terre d’origine est surtout à penser en terme de restauration d’une identité culturelle, sociale et ethnique. En venant en France, Stella est devenue autre, elle s’est altérée dans son être primordial. En facilitant un retour au Nigéria, notre société refermerait ainsi la parenthèse de ces longs mois de trafic auxquels elle a été livrée. Aux racines retrouvées s’ajouterait alors la pureté de l’enfant jamais parti. Le retour à la terre est une façon d’inverser le processus de corruption, une véritable catharsis. Stella ne serait plus une immigrée, mais une voyageuse… Nuance sans concessions. Maintenant, il est évident que les valeurs africaines diffèrent largement des nôtres. Il est difficile de savoir comment serait réellement accueillie Stella dans un pays où nombre de régions sont encore régies par la charia, où les rites d’inhumation et d’ancestralisation nous sont parfaitement étrangers, liés pour ces derniers au phénomène de panthéonisation et d’un jugement qui peut se révéler discriminatoire ! Si ce retour à la terre se révèle donc infaisable, les dons recueillis serviront à faire l’acquisition d’une sépulture convenable pour le repos de Stella. Enfin, l’association invite toute personne qui connaîtrait une ONG au Nigeria ou serait susceptible de fournir des informations pouvant permettre de retrouver les parents de Stella à la contacter.

(1) Créée en 1996, “Femmes debout” est une association qui cherche à promouvoir le rôle de la femme dans la société, quelle que soit son origine culturelle et sociale.

CONTACT “Femmes Debout”, 63 avenue de Verdun, 39100 Dôle Tél. : 03 84 82 14 37

femmesdebout@wanadoo.fr

 

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