Parler de la mort… et de la vie Un tabou dans l’éducation ?

Sous la direction de H. Lethierry Coll. Les Repères Pédagogiques Nathan, 2004

Peu armés pour affronter les questions fondamentales que posent les élèves aux adultes, les enseignants n’ont souvent guère d’autre choix que de les éviter… Or, comme l’exprime le philosophe François Dagognet dans sa préface : “La mort incompréhensible ne peut pas ne pas inquiéter. Ici, respecter l’enfant ne peut se réduire à se taire”.

On ne peut donc que se féliciter de la publication d’un ouvrage qui contribue à lutter contre cet escamotage. Les auteurs ont choisi d’aborder ce thème essentiel de la mort sous un biais simple et original : son lien avec la vie. Ils croisent des expériences de terrain menées dans les classes maternelles et primaires, des éclairages théoriques (philosophie, psychanalyse, biologie, droit), et l’usage d’outils pédagogiques qui parlent aux jeunes (dessins d’enfants, photolangage, théâtre, arts plastique, expression orale, littérature de jeunesse). L’humour, volontairement présent, permet de dédramatiser ce sujet tabou.

Cette synthèse claire, accessible et intelligente donne des repères aux enseignants, futurs enseignants, formateurs, éducateurs et parents d’élèves. Elle leur permet d’aborder sans crainte ce sujet difficile et d’aider les jeunes à y réfléchir.

 

Un lien pour la vie Frédéric Lelièvre -

Le Publieur, 2003

Certains manuscrits sont d’une lecture si fastidieuse qu’ils tombent des mains, disent les éditeurs. S’agissant du récit de Frédéric Lelièvre, c’est l’inverse. A peine achevé, il est difficile de s’en dessaisir. Le regard s’attarde sur la couverture et lui prête une profondeur nouvelle. Sur la photo, la menotte rose qui s’agrippe à un tissu douillet n’est plus anonyme : elle est devenue celle de Flavien, “grand préma” auquel ce livre rend hommage.

Le titre, Un lien pour la vie, frappe rétrospectivement par sa simplicité et sa justesse. N’est-ce pas à travers ces deux prismes, le lien et la vie, que le père de Flavien a choisi de raconter l’histoire de son fils ? Flavien est obligé de venir au monde bien trop tôt, car la vie de sa mère est en danger. Il n’a passé que cinq mois et une semaine dans l’enveloppe protectrice et ne pèse que 640 g. Son destin s’interrompt brutalement après quatre mois d’hospitalisation, la semaine même où il aurait dû naître. Ces quatre mois, le narrateur nous les fait partager avec pudeur et tendresse, sans une once d’exhibitionnisme ni de sensiblerie. Il nous fait suivre, étape par étape, le combat d’un petit être qui s’accroche à la vie, soutenu par une technique de pointe et porté par l’amour. Dans sa “cloche” du service de réanimation, sous assistance respiratoire, nourri par sonde gastrique, intubé, perfusé, transfusé, Flavien est en situation de dépendance absolue. Il n’est pas passif pour autant.

Jour après jour, il montre son désir de s’éveiller au monde. Ouvrir les paupières, pleurer, agripper, téter, sourire, chaque geste est une victoire. Premier câlin, premier bain, première photo, premier biberon, premier kilo, premier vêtement, toutes les “premières fois” sont des événements d’une rare intensité. Intenses sont aussi les rechutes et régressions qui rappellent aux parents que rien n’est jamais acquis et qu’aux confins de la vie, la médecine est loin d’être toute puissante. Le passage tant attendu de Flavien au service de néonatologie ne sera, hélas, que de courte durée. Peu avant Noël, son état s’aggrave brutalement. Alertés, ses parents se précipitent en pleine nuit au service de réanimation où leur enfant a été de nouveau transféré. Flavien “avait attendu leur retour pour partir”.