PFG à vos côtés

Accepter le temps du deuil

16 janvier 2017
20 ans après un décès, est-ce normal de pleurer encore à l'évocation de certains souvenirs ? Qu'est-ce qui rend certains deuils plus longs et difficiles ? On aimerait pouvoir le prévoir, le quantifier, l'accélérer, voire l'éviter. Mais le temps du deuil échappe à notre maîtrise. Valérie Blanco, psychanalyste et auteure ​de L'effet divan, Eloge de la psychanalyse à l'usage de ceux qui veulent déployer leurs ailes (L'Harmattan), nous aide à mieux comprendre ce qu'on appelle "le travail du deuil", et pourquoi il est un processus propre à chacun, qui échappe à toute norme. 
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PFG et PSYCHOLOGIES s'allient pour vous proposer des éléments de réflexions sur des questions fondamentales autour du deuil. Des réponses simples et aidantes d'experts permettront d'accompagner tous ceux qui viennent de perdre un proche et leur entourage dans ce moment éprouvant.​​



 


 Témoignag​e :

" J'ai perdu mon mari il y a 7 ans. Et pourtant, à chaque fois que je rentre chez nous, je m'attends à le retrouver. Je souffre de son absence tous les jours, même si j'ai réussi à réorganiser ma vie d'une façon supportable "

Marie-Claire, 69 ans, Carpentras.



Recomposer un portrait de l'autre

​​Il y a souvent une méprise sur l'expression "faire son deuil", souligne Valérie Blanco. Le mot "faire" induit l'idée d'une action volontaire à accomplir. Or ce qu'il signifie, c'est que le deuil est un processus actif, mais essentiellement inconscient.

La mort d'un proche est un réel inadmissible, que l'on peine à se représenter. Elle fait toujours effraction dans le psychisme. Imaginons que l'histoire de notre vie soit une trame faite de mots, d'images, et bien la mort vient déchirer cette trame, y faire un trou béant. 

Le premier processus du deuil va être de repriser cette trame. Pour cela, on va convoquer les mots, les souvenirs, les images, les photos, les rêves... C'est le temps de la convocation et de l'évocation du défunt. Freud disait qu'il fallait faire ça en détails, et Lacan précisait : "pièce par pièce, morceau par morceau". Et on comprend que cela prend un temps fou de se représenter l'autre dans son nouvel état, d'accepter que nous ne pourrons plus le prendre dans nos bras, entendre sa voix, qu'il ne nous reste plus que les mots, les images, les souvenirs, sans la chair, sans le vivant.


Apprivoiser l'impensable

​​La mort est un pur "hors sens" pour l'être humain. Nous essayons de l'apprivoiser comme nous le pouvons à travers des rituels, des croyances religieuses ou des tentatives d'explication : "il a eu un cancer parce qu'il avait perdu son travail... Elle était très âgée et n'avait plus goût à la vie..." 

Ces tentatives de mettre du sens accompagnent le processus de deuil, aident à inscrire cet événement dans le cours de notre histoire, dans notre trame psychique. A l'inverse, le hors sens de la mort peut être amplifié par les circonstances ou la particularité de certains décès. La mort d'un enfant, par exemple, ne s'inscrit pas dans le cours ordinaire d'une vie et rend le deuil d'autant plus long et difficile.


Faire le deuil aussi d'une part de soi-même

Dans la disparition d'un être cher, ce qui est manifeste, c'est la perte réelle, cet autre aimé qui nous est arraché. Ce qui est moins visible, et le plus souvent inconscient, c'est que nous perdons aussi une part de nous-mêmes. C'est cet aspect du deuil dont on parle peu et sur lequel Lacan insiste : "Nous ne sommes en deuil que de quelqu'un dont nous pouvons dire : "J'étais son manque". Au manque, à la déchirure de la séparation avec le défunt, s'ajoute le deuil que nous avons à faire de la relation d'amour que nous avions avec lui. Nous avons pu nous sentir auprès de lui "précieux et indispensable", nous avions une fonction essentielle auprès de cette personne, qui donnait du sens à notre être, à notre vie. Et cela peut prendre des mois, parfois des années pour renoncer à cette part de nous perdue.


Etre à l'écoute de ce que l'on ressent

​​Pour résumer on pourrait dire que chaque deuil est parfaitement singulier, que chacun traverse cette épreuve comme il le peut, selon son histoire, qu'il n'y a pas de normes. Oui, on peut pleurer, même vingt ans après, à l'évocation de certains souvenirs. Cela n'a rien de pathologique ou d'alarmant. Mais si après des mois, nous sommes toujours incapables de reprendre une partie de nos activités, que tout est à l'arrêt, il est primordial de trouver un espace où libérer sa parole, se sentir accompagné pour pouvoir, petit à petit, ne plus être "collé" au défunt, et réinvestir sa vie. Pour cela, il ne faut pas hésiter à demander un soutien à une association d’aide aux endeuillés, à son entourage, à un thérapeute.


Le deuil, pas après pas

Deux ouvrages-clés pour mieux comprendre ce que l'on ressent :

- Sur le chagrin et sur le deuil​
Elisabeth Kübler Ross et David Kessler
Un ouvrage lumineux pour mieux comprendre et traverser les phases du deuil, par l'une des pionnières dans l'accompagnement des personnes en fin de vie. 

- Vivre le deuil au jour le jour,
Christophe Fauré, Albin Michel.
Psychiatre et thérapeute spécialisé dans les ruptures de vie et l'accompagnement du deuil, Christophe Fauré décrit ce long cheminement en apportant quelques clés pour mieux le vivre.

Ecrire pour revivre

Trois récits autobiographiques qui parlent de la perte, de l'abîme, et de l'amour plus fort que tout :

- La plus que vive, 
Christian Bobin, Folio-Gallimard, 1999.
Avec toute la poésie et la profondeur qu'on lui connait, Christian Bobin évoque son amour pour sa compagne disparue prématurément à l'âge de 45 ans.

- L'année de la pensée magique,  
Joan Didion, Le livre de poche, 2009.
Son mari s'est écroulé devant elle à la table d'un restaurant. Joan Didion revient sur l'année qui a suivi la mort brutale de celui qui était son alter ego, et son parcours vers l'apaisement.

- Nos étoiles ont filé, 
Anne-Marie Revol, Stock
Les lettres d'amour d'une mère à ses deux petites filles mortes dans un incendie. Bouleversant de courage, de force de vie et d'espoir.


A lire aussi, dans les dossiers PFG à vos côtés – Les différentes étapes du deuil​.​​​​​​​​​

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Rédigé par : Aude Goullioud pour PSYCHOLOGIES


La Fondation PFG soutient les associations accompagnant le deuil 

La Fondation PFG - créée en 2009 sous l’égide de la Fondation de France – s’engage à soutenir les initiatives locales et projets d’intérêt général autour de la fin de vie et du deuil par l’attribution de dons aux réseaux associatifs partout en France. 

Plus de 300 subventions accordées, près de 50 projets soutenus chaque année et 100 Associations en France aidées​

» En savoir plus sur les associations soutenues par la Fondation PFG​