PFG à vos côtés

L'épreuve de la mort d'un frère ou d'une soeur

29 septembre 2017
​​​Perdre un frère ou une sœur, c’est un cataclysme dont on ne mesure pas souvent l’ampleur. Pourquoi est-ce fondamental de prêter attention à la souffrance des enfants qui restent  ? Les réponses de Valérie Brüggemann, psychothérapeute​.
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PFG et PSYCHOLOGIES s'allient pour vous proposer des éléments de réflexions sur des questions fondamentales autour du deuil. Des réponses simples et aidantes d'experts permettront d'accompagner tous ceux qui viennent de perdre un proche et leur entourage dans ce moment éprouvant.​


 


 Témoignag​e :

" La mort de mon frère quand j’avais 21 ans a représenté un double deuil. La perte de mon allié de toujours, et celle d’une mère joyeuse et disponible. Je sens bien que son esprit, depuis toutes ces années, est toujours tourné vers ce fils tant aimé. Elle est happée par la souffrance de sa disparition. Je le comprends, mais que c’est dur d’être celle qui reste. "

 Julie, 27 ans.​


Une perte considérable

​​Je les appelle les « oubliés de service », ces frères et sœurs à qui, comme l’a écrit Marie Fugain (1), on ne demande jamais comment ils vont. La compassion, l’attention reviennent d’abord aux parents, dont on suppose la douleur plus grande. Or, pour un enfant, un ado ou un jeune adulte, c’est une épreuve terrible, un deuil multiple à affronter. 

À la perte de cet autre avec lequel on s’est construit, se surajoutent celle de ses « parents d’avant », dévastés désormais par le chagrin, et celle d’une maison où se ressourcer, devenue un lieu de souffrance, où le mort occupe une place monstrueuse. Le rôle de chacun est bousculé, nous voilà « enfant seul » du jour au lendemain ; ou aîné à la place de l’aîné disparu ; ou avec « un trou » au milieu de la fratrie…


De la suradaptation à la révolte

​​À cet événement, qui bouleverse tout l’équilibre familial, chacun réagit comme il le peut. En inversant les rôles : nous nous sentons tout à coup le parent de nos parents, responsable de leur bonheur, en charge de la bonne marche de la maison. On peut se retrouver à 12 ans à veiller aux devoirs de ses frères et sœurs, et à se sentir obligé de tenir compagnie à son père ou à sa mère au lieu d’aller jouer. Ou au contraire, être pris par un besoin impérieux de s’éloigner, de partir en pension, ou en voyage, ou de s’installer dans une autre ville. Ou encore adopter une attitude de suradaptation, faire tout parfaitement pour « ne pas en rajouter ». Ou encore, se révolter, provoquer l’inquiétude des parents pour les amener à consulter, eux, un thérapeute et à se faire aider…


Un besoin fondamental d’écoute

​​En travaillant avec les associations d’aide aux endeuillés, je me suis rendu compte qu’il n’existait rien pour accueillir les frères et sœurs. Alors, avec « Apprivoiser l’absence », j’ai monté les premiers groupes de parole : tout ce vécu si douloureux doit pouvoir s’exprimer quelque part. Et la libération éprouvée peut se manifester de façon spectaculaire. Je me souviens d’une jeune femme, médecin, qui ne se pardonnait pas de ne pas avoir prêté plus d’attention à son frère malade. Elle était enceinte de cinq mois, mais ça ne se voyait pas du tout. À la fin de la journée, exprimer librement sa culpabilité avait eu cet effet saisissant : son ventre s’était complètement arrondi, le bébé avait enfin pris sa place. La culpabilité, la colère envers le défunt ou les parents, les désirs de disparaître à son tour… 

Tous ces sentiments violents, trop contenus, peuvent aboutir à une dévalorisation de soi, un état dépressif profond ou des comportements à risque. Comprendre qu’ils sont tout à fait « normaux » et que d’autres les partagent apporte un soulagement considérable. 


1. Marie Fugain a témoigné dans un livre : Moi, on ne m’a jamais demandé comment j’allais… Pourtant Laurette était ma sœur (J’ai lu).

 

Pour participer aux journées Rencontre frères et sœurs : 

​​apprivoiserlabsence.com (onglet Agenda).


3 choses que l’entourage doit savoir :


​1. Poser des questions aux frères et sœurs, s’enquérir de ce qu’ils vivent. Et les écouter sans les interrompre, ni donner de conseils ou chercher à les rassurer avec des « Tu as d’autres frères et sœurs… », etc. 

2. Pour les parents endeuillés, « suspendre leur propre douleur » pour pouvoir entendre la souffrance des enfants qui restent. Que chacun à tour de rôle puisse exprimer son chagrin. 

3. Ne pas se formaliser de possibles accès d’agressivité, notamment en famille. Il peut y avoir une énorme colère inconsciente à l’égard des parents qui, malgré eux, n’arrivent plus à tenir leur place.

Rédigé par : Aude Goullioud pour PSYCHOLOGIES

La Fondation PFG soutient les associations accompagnant le deuil 

La Fondation PFG - créée en 2009 sous l’égide de la Fondation de France – s’engage à soutenir les initiatives locales et projets d’intérêt général autour de la fi​n de vie et du deuil par l’attribution de dons aux réseaux associatifs partout en France. 

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