Professionnels du funéraire

Entre prise en charge et accompagnement

La fin de vie à l'hôpital, de plus en plus répandue dans nos sociétés(1), a certainement contribué à occulter le corps du mort aux yeux des vivants. Si le développement des soins palliatifs a permis de mieux considérer le corps et de faire reculer sa dépersonnalisation, cette occultation demeure pour des raisons d'ordres administratif et pratique(2). D'où la difficulté pour la famille et les amis de se regrouper autour du défunt, les structures hospitalières n'étant pas adaptées au recueillement des proches dans de bonnes conditions.

L'époque moderne a, de plus, sonné le glas du rassemblement traditionnel des proches autour du corps défunt. Comme si elles voulaient à tout prix s'épargner une dernière vision du corps mort, "de ce corps qui les embarrasse", les familles ont progressivement confié aux professionnels du funéraire le soin de leurs morts.

En quelques années, ces derniers, hier encore chargés de fournir cercueils, porteurs et corbillards, ont été investis d'une mission plus complexe : la prise en charge complète de l'organisation des funérailles. Les pompes funèbres sont peu à peu devenues des entreprises "au service des vivants", occultant encore plus le corps, pour le bien de la famille. Peu à peu, la présence du mort s'est caractérisée par l'absence de son corps.

C'est dans ce contexte que sont apparues les maisons funéraires, au début des années 1960 : des lieux de résurgence des veillées funéraires traditionnelles, pour reprendre le fil de l'accompagnement du défunt par sa famille. Ces maisons funéraires redonnent un cadre là où il n'y en avait plus, devenant des "lieux de vie funéraires" où tous ceux qui le souhaitent peuvent rendre un dernier hommage au corps du défunt exposé dans un cadre adapté et apaisant.

 

L'accompagnement physique du mort

Même s'il ne s'agit aujourd'hui que d'une tendance, les professionnels du funéraire reconnaissent que, de plus en plus, leur rôle englobe des manières d'être et de faire qui favorisent les élans affectifs des familles pour leur défunt. Ainsi, au-delà des purs soins d'hygiène, le travail du thanatopracteur relève de l'esthétisme afin que les familles gardent le souvenir d'un visage paisible et reposé. Un bouquet de fleurs déposé sur le corps viendra conforter cette impression, les personnels funéraires participant ainsi aux premiers signes de retour d'une volonté d'accompagnement physique du mort. Comme pour signifier au défunt qu'il est encore quelqu'un, qu'on ne l'oublie pas et qu'on s'occupe de lui.

Car si, du point de vue anthropologique, un mort reste pour sa famille une personne aussi longtemps que vivent les liens de l'affection, ces liens, pour la profession funéraire, relèvent de l'ordre social : le corps, même mort, est encore une personne, à traiter comme telle, ne serait-ce que par respect vis-à-vis de l'entourage. Une mission obscure - dans la mesure où la famille est souvent absente, lors du passage de l'hôpital à la maison funéraire notamment - mais hautement symbolique.

En se conformant aux rites religieux du défunt et de sa famille (pour la toilettes, les soins...), les professionnels du funéraire manifestent également leur volonté de respecter l'intégrité totale de la personne, et physiquement, et dans sa dimension spirituelle.

Personnel hospitalier, professionnels du funéraires, Eglises, tout le monde s'accorde à dire qu'il faut renforcer l'accompagnement des vivants autour de leurs morts ; et que beaucoup de travail reste à faire dans ce domaine, en particulier pour redonner une place au corps mort et un sens à son exposition aux yeux des vivants. A noter que l'éducation a sans doute un rôle à jouer dans cette mission : ainsi, aux Etats-Unis, des visites d'école sont régulièrement organisées dans les "funeral home". Prolonger l'accompagnement d'un défunt dans de bonnes conditions pour les proches reste encore l'une des meilleures preuves du respect qu'on lui témoigne. C'est aussi faire reculer sa perte d'identité. Au-delà de la mort et pour quelque temps encore, il reste une personne.

 

(1) Sur une moyenne de 520 000 décès par an, 67 % ont lieu en milieu médicalisé (hôpital, clinique ou maison de retraite), 27 % au logement et 6 % dans un lieu public.

(2) On lira à ce sujet l'entretien avec Isabelle Richard, médecin à l'hôpital Louis Mourier de Colombes, sur la prise de conscience et les solutions préconisées par les soignants face à la mort de leurs patients.

Christian de Saint Vincent



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