"Dis maîtresse
c'est quoi la mort ?"
Les situations de confrontation à la mort dans le cadre scolaire sont nombreuses. Dramatiques quand un enfant est personnellement touché par un décès. Plus quotidiennes dans une classe qui gère un élevage. Quel comportement adopter dans ces circonstances ? Quelle vision l'enfant a-t-il de la mort ? Autant de questions auxquelles l'ouvrage intitulé "Dis maîtresse, c'est quoi la mort ?" apporte de réponses. Extraits.


La famille est le premier lieu où s'expriment les interrogations de l'enfant. La mort est l'une d'entre elles, incontournable. C'est donc à la famille que revient le choix d'en parler, d'occulter ou encore de différer le sujet. Toutefois, il faut savoir que les répercussions affectives à l'issue de cette rencontre avec la mort ne sont pas négligeables. L'enfant découvre que ceux qu'il aime peuvent disparaître, ce qui génère chez lui une angoisse et parfois la négation de la (sa) mort. La peur de mourir seul l'envahit mais il la combat en imaginant des morts collectives (avec maman par exemple) ou des morts embellies.


L'expression de la pensée enfantine dans le dessin
Le squelette, en tant que corps dénué de chair, joue un rôle prépondérant dans la désignation de la mort. Pour les plantes, l'absence de pétales ou de feuilles paraît significative. Chez l'homme, comme chez l'animal, la mort est associée à la fermeture des yeux. La fin de la vie est caractérisée par l'arrêt ou la modification de certaines fonctions, l'immobilité, l'absence de sensibilité, l'endormissement. Le mort est souvent dessiné avec des membres réduits. Les animaux sont représentés avec les membres repliés ou baissés. Chez les végétaux, l'arbre est couché sans que sa silhouette en soit affectée. D'une manière générale, la conception de la mort est avant tout une disparition biologique. De nombreuses productions d'enfants témoignent aussi de l'impact des pratiques sociales, soit vécues en tant que témoin de rites funéraires, soit interprétées à travers l'expérience relayée par les adultes.


Systèmes explicatifs des représentations graphiques
En maternelle, le mode d'agencement des représentations s'effectue par combinaison d'indicateurs associant, par exemple, la position couchée du mort avec le raccourcissement des membres, les yeux clos ou encore des changements dans la forme... À l'école primaire, le modèle est emprunté aux concepts de la biologie. La mort est repérée par rapport au dysfonctionnement du corps. Au cours moyen (9 à 11 ans), des arguments d'ordre religieux et symbolique se superposent ou s'opposent à cette vision biologique de la mort. De toutes les façons, la mort est mise en scène, moins pour être connue que pour lui donner une signification.


De la mort rencontrée à la mort assumée
La signification que l'enfant accorde à la mort et la conscience qu'il en a évoluent avec l'âge. À 5 ans, la conscience de la mort est toute neuve, lui laissant à croire que la mort peut être réversible. À 8 ans, le tournant est décisif. L'enfant accepte la mort comme inéluctable et, en même temps, se révolte contre le scandale qu'elle représente.




La réponse des adultes
 
Les parents

Beaucoup de parents pensent, en toute sincérité, que le comportement "normal" est de retarder l'information sur la mort. Toutefois, un questionnaire réalisé par ce collectif d'enseignants, auprès de parents, montre une grande diversité d'attitudes qui vont de l'absence totale de réaction, à l'information la plus précise. S'agissant du rôle attribué à l'école, les parents dans l'ensemble, ne sont pas opposés à ce que le sujet y soit abordé.

Les enseignants

Une étude d'opinion réalisée auprès d'instituteurs montre que l'enfant est préoccupé par la mort et que cette préoccupation apparaît à l'école. Une minorité d'enseignants pense nécessaire de devoir censurer ces thèmes afin de ménager l'enfant. Il se dégage qu'une éducation thanatologique à l'école, telle que les enseignants interrogés la conçoivent, consisterait en l'attitude suivante : entendre ce qu'exprime l'enfant de ses interrogations ou angoisses face à la mort ; accueillir de façon bienveillante et rassurante cette sollicitation ; offrir, dans le cadre scolaire, la possibilité d'être sensibilisé à ce sujet, étant entendu qu'il n'est pas de préparation à la vie sans la conscience des limites de cette vie.

Virginie Roussel


* Dis maîtresse, c'est quoi la mort ? Comité de dir. Daniel Carrez Suzanne Daloubeix, Jeannine Deunff. Dijon : C.R.D.P., 1990. 208 p. Livre épuisé à demander dans les bibliothèques des centres pédagogiques. Jeannine Deunff est également l'auteur de "La découverte du vivant et de la terre". Collection : Pédagogies pour demain. Editions Hachette, 1996.



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