Cimetières
d'anim
aux :
leur dernier refuge

  Les animaux de compagnie prennent une place de plus en plus importante dans notre société. Reflet de ce phénomène, l'expansion rapide des cimetières pour animaux.

Sur la pierre tombale, des peluches décolorées et de vieilles balles en caoutchouc voisinent avec des pots d'azalées. Sous la photo d'un chien gambadant dans l'herbe, quelques mots qui en disent long sur le rôle que l'animal jouait dans la vie de sa maîtresse : "A mon bébé". Au cimetière de Villepinte, plus de 6 000 animaux se partagent les caveaux dont les concessions sont renouvelables tous les ans. Y reposent une grande majorité de chiens et de chats, mais aussi des lapins, des oiseaux et même des hérissons. La jeune fleuriste du cimetière qui fait face à celui des animaux n'en revient toujours pas : "Certains maîtres viennent toutes les semaines sur la tombe de leur animal. On a parfois l'impression que ce n'est pas un membre de leur famille qu'ils ont perdu, mais un bras ou une jambe !" Même écho, quoique de tonalité différente chez Madame Bequet, responsable du cimetière animalier : "A la Toussaint, c'est plus fleuri ici qu'en face. Pour beaucoup de gens, déposer des fleurs sur la tombe d'un parent éloigné a parfois un caractère d'obligation, alors qu'ici, c'est forcément sincère". Que l'on soit choqué ou ému par ces marques d'affection au-delà de la mort, le fait demeure : les cimetières d'animaux sont de plus en plus nombreux en France. Le cimetière d'Asnières créé en 1899 avait longtemps fait figure de curiosité, avec ses quelque 2 000 tombes dont le célèbre monument à Barry, le saint-bernard qui sauva 41 personnes. Aujourd'hui les sanctuaires se multiplient à proximité des grandes villes françaises et les places s'y réservent parfois longtemps à l'avance. Des services de pompes funèbres comme la SEPFA ou la SIAF (incinération) viennent chercher les corps à domicile et les conduisent au lieu de leur dernier repos.

Un véritable phénomène de société
L'inhumation des animaux n'est pas une invention de notre siècle. L'Egypte antique momifiait ses chats, taureaux et ibis sacrés. En Camargue, on atteste l'existence de cimetières de taureaux depuis des siècles. Mais le phénomène de société que l'on constate à l'heure actuelle est d'un autre ordre : c'est la conception même du statut de l'animal qui a changé. La meilleure preuve en est la présence de plus en plus fréquente d'éléments à caractère religieux dans les cimetières animaliers. A Villepinte, le regard croise des étoiles de David ou des souvenirs de Lourdes. Seul le plus ancien cimetière, Asnières, est encore régi selon les principes de l'époque à laquelle il a été fondé. Son règlement stipule en effet que "tous emblèmes religieux et monuments affectant la forme de sépultures humaines sont absolument prohibés dans le cimetière zoologique". Mais ce qui semblait encore au siècle dernier être la marque de la spécificité humaine ne l'est plus aujourd'hui aux yeux de ceux qui considèrent leurs animaux familiers comme des "personnes" à part entière. Le rôle de plus en plus important de l'animal dans l'univers social et affectif des Français fait s'interroger les sociologues. Avec plus de 42 millions d'animaux familiers, la France est en tête des pays européens et en deuxième position mondiale, juste après les États-Unis.
Près d'un foyer français sur deux possède au moins un chien ou un chat. Et contrairement à une idée reçue, ce ne sont pas les personnes seules qui ont le plus d'animaux, mais les foyers avec enfants. Selon l'ethnologue Jean-Pierre Digard, "l'augmentation du nombre d'animaux domestiques est un signe particulier de notre époque. Cette ampleur étonnante peut s'expliquer par cette espèce d'impossibilité grandissante de nos contemporains à communiquer (...). Alors, de guerre lasse, ils se reportent sur les animaux"(1). Voilà comment expliquer l'omniprésente plaque funéraire : "Déçu par les humains, jamais par mon chien"...

Marie-Sophie Boulanger

(1) cf. "France Actualité", 1993. Auteur de "L'homme et les animaux domestiques, anthropologie d'une passion", 1990, Fayard

Malgré la reconnaissance de certains à l'animal, ce dernier n'a pas de personnalité juridique. Il n'y a donc pas de législation concernant le décès de l'animal, mises à part quelques normes d'hygiène (les animaux de plus de 40 kg doivent être confiés à l'équarrisseur, les plus petits peuvent être inhumés dans le jardin du maître). Les cimetières d'animaux sont gérés par des organismes privés ou associatifs, sauf le cimetière d'Asnières, récemment devenu propriété municipale. Les seules contraintes sont celles imposées par le service d'hygiène. Chaque cimetière a son propre fonctionnement : certains refusent les animaux trop grands, d'autres se spécialisent dans une espèce (cimetière pour chiens...), d'autres encore ne pratiquent que l'incinération.




Vous pouvez maintenant fermer cette fenêtre