Ceci est mon
testament.


10 % des Français écrivent et signent leurs dernières volontés.

Manuscrites datées et signées, les dernières volontés d'un défunt sont souveraines. La rédaction d'un testament, actuellement effectuée par 10 % des Français seulement, obéit à des règles très strictes. Si la présence d'un notaire n'est pas obligatoire, ses conseils peuvent cependant permettre d'éviter une nullité du testament.



Un notaire parisien avait convoqué les deux enfants héritiers de son défunt client. En leur présence, il ouvrit l'enveloppe cachetée recelant les dernières volontés paternelles. Se souvenant de ses nombreux biens - appartement à Paris, vaste maison à la campagne, valeurs mobilières, etc. -, les enfants se demandaient ce qu'ils allaient recevoir de leur père... qu'ils n'avaient pas vu depuis plus de dix ans. Le notaire hésita, troublé, et d'un ton solennel procéda à la lecture : "Ayant vendu la totalité de mon patrimoine en viager, je lègue à mes enfants ce qui me reste mais qui leur manque le plus : le sens de l'humour..." Une anecdote authentique (bien que caricaturale), qui illustre bien ce que l'on peut faire en matière de transmission de patrimoine : léguer tous ses biens, n'en léguer qu'une partie ou ne rien laisser.
Olographe, authentique ou mystique
150 milliards de francs sont transmis lors des quelque 300 000 successions ouvertes chaque année. Et un héritier reçoit en moyenne 186 000 F. Rédiger un testament évite en fait souvent bien des problèmes aux héritiers. Pour être valide, le testament olographe (de holos : entier et graphe : écrit) doit absolument respecter trois conditions : être daté précisément (jour, mois, année), entièrement écrit à la main et signé par le testateur, et uniquement par lui. On cite même, cas extrême, l'exemple du testament parfaitement valide d'un résistant emprisonné à Fresnes, écrit avec son propre sang sur un bout de papier déchiré. Le testament peut donc être rédigé sur n'importe quel papier, mais toujours manuscrit, sans rature ni surcharge pour éviter toute contestation. Principal inconvénient de cette formule testamentaire, utilisée pourtant dans 80 % des cas, la perte ou la destruction accidentelle (ou non !) du précieux document. Sans compter le risque d'avoir si bien caché son testament, que personne ne le retrouvera jamais. Le plus prudent reste de confier son testament à un notaire qui, à la demande de son client et pour une somme modique, l'inscrira au fichier centralisé des dispositions testamentaires. L'avantage de ce système informatisé est d'être consulté systématiquement lors de l'ouverture d'une succession, quel qu'en soit le lieu. Il compte aujourd'hui environ 14 millions

 

d'inscriptions, donations entre époux ou testaments. Une autre forme de testament est dite "authentique". Dans ce cas, l'acte est rédigé par le notaire lui-même, sous la dictée du testateur, en présence de deux témoins. Ces derniers doivent être Français et majeurs, jouir de leurs droits civils et n'être ni parents ni amis concernés par les dispositions du testateur. Il en coûte entre 500 F et 1 500 F au testateur qui a ainsi l'assurance du respect de ses souhaits ultimes. Dernière formule possible, pour qui désire absolument conserver le secret quant à ses dernières volontés, le testament "mystique", écrit et signé de la main du testateur, avant d'être remis scellé à un notaire qui dresse alors un acte de souscription sur l'enveloppe du testament, en présence de deux témoins.
Qui hérite ?
Ne pas faire de testament revient à laisser la loi se substituer à la volonté individuelle. Et, dans ce cas, la succession obéit à des règles très précises. La première partie du patrimoine, ou "réserve héréditaire", est automatiquement attribuée aux héritiers : dans l'ordre de succession, enfants, ou à défaut petits-enfants et arrière-petits-enfants ; puis père, mère, frères, sœurs, neveux et nièces ; puis grands-parents et arrières grands-parents ; puis le conjoint. A noter que ce dernier n'est pas réservataire. La seconde partie, dite "quotité disponible", peut être transmise soit aux héritiers, soit à certains d'entre eux, soit à n'importe qui dans ou hors le cadre de la famille. Le testateur dispose de cette seconde partie à sa guise... à condition de l'avoir précisé sur son testament. En l'absence de testament, et si aucun héritier n'est connu, c'est l'Etat qui devient alors le bénéficiaire de la succession. L'immense majorité des ouvertures de testament ne révèle en fait aucune surprise. Les anecdotes que l'on raconte à plaisir à propos de ces instants parfois délicats ont souvent trait à la révélation à la famille légitime de l'existence d'un frère ou d'une sœur adultérine, parfois d'une autre famille complète. Dans ces cas, au milieu des cris et des pleurs, les arguments volent bas. Comme en plaisantent les notaires avec un certain humour noir, "dans la bagarre généralisée, il n'y a que le mort qui garde son sang-froid..." Christian de Saint Vincent


Christian de Saint Vincent

 



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