Dossier :Mourir à domicile, un choix de vie


 

L’accompagnement dans le couple


Témoignage de vie


“Vincent Leclercq, son époux, (...) et toute la famille ont la tristesse de vous annoncer que Paulette Leclercq (...) est entrée dans la vie éternelle le jour de ses cinquante ans de mariage.”

Faire-part de décès ou commémoration de l'amour... l'histoire veut que Paulette ait en effet attendu ce jour anniversaire pour rendre son dernier souffle à son époux, Vincent, dépositaire de leur bonheur.
Le jeune couple se marie en 1946 et partage son temps entre leur trois fils, sept petits-fils et différents engagements au service des autres. Il y a un an, le médecin annonce aux époux “un pronostic sombre” sur le cancer de Paulette. En clair, aucune moyen médical n’existe plus pour guérir le mal. A cette annonce, le choix se pose. D’un commun accord, le couple accepte de vivre la maladie de Paulette à leur domicile. Préparés à partager peines et joies, tous deux s’y engagent dans une volonté de communion, sans égrener le temps qui est compté.
L’appartement des époux est suffisamment vaste pour accueillir le lit médicalisé, la chaise roulante et le matériel à oxygène. L’aide-soignante se déplace pour la toilette, l’infirmière assure les soins médicaux et le médecin passe aussi souvent que nécessaire. Des visites qui ne remplissent que deux heures d’une journée. Des bénévoles viennent soutenir Vincent et Paulette une à trois fois par semaine et l’aide-ménagère les décharge.
Vincent surmonte l’épreuve grâce à sa santé physique et psychologique. La nuit, il reste à l’écoute de son épouse lorsqu’elle est prise de douleur et d’inquiétude. Ancien secouriste, il ne craint pas la manipulation du matériel médical et ses éventuels dysfonctionnements. Une nuit par exemple, le triple système de goutte à goutte s’est déréglé et les liquides se sont mélangés entre eux.
Progressivement, à considérer le harnachement qui relie Paulette par quinze mètres de tuyaux à un système d’oxygénothérapie, à en juger par la transformation de sa fine écriture, Vincent comprend que sa femme est perdue. Jusqu’au bout, il lui permettra de vivre le plus normalement possible. Ensemble, ils déjeunent dans la cuisine, jouent au Scrabble. Dans le bureau où est installée son épouse, il a réuni ses aquarelles avec les livres, bibelots et photos qu’elle chérit. Il l'imagine trop mal pour pouvoir se souvenir de leur anniversaire de mariage. Il n’ose le lui dire. Elle s’en souvient, le lui rappelle et s’éteint le lendemain, sa petite croix dans la main.
Durant les trois mois et demi qui suivent l’enterrement, Vincent adresse quatre cent cinquante lettres à leurs proches. L’écriture était la tache préférée de son épouse. Là encore, il continue de l’accompagner.
Aujourd’hui, âgé de soixante treize ans, Vincent a constitué au sein de sa paroisse une équipe de bénévoles qui accompagnent les grands malades atteints de sclérose en plaque, de la maladie de Parkinson, d’un cancer...



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