Dossier : Mourir à domicile, un choix de vie
Etude de murs
L'humain contre la technique
: un combat dépassé
Une meilleure prise en compte de l'humain dans la médecine, des malades qui apprennent à s'organiser hors de l'hôpital pour assumer des maladies chroniques, un entourage présent et qualifié ; autant de raisons qui permettent, lorsque le malade en a exprimé le souhait, de mourir à domicile.
70 % des français meurent en institution ; à l'hôpital
ou dans une maison de retraite. L'augmentation de la durée de vie, 84
ans pour les femmes, 75 ans pour les hommes, explique en partie cette réalité
: les maisons de retraite accueillent, par exemple, près de 40 % des
personnes de plus de 95 ans.
Les progrès des techniques médicales et de la protection sociale
ont également favorisé cette tendance à mourir hors de
son domicile, en engendrant un retrait de l'assistance traditionnelle des familles
aux malades au profit des professionnels de la santé. La famille ne se
sent pas assez compétente pour garder le malade chez lui, ne veut pas
lui faire perdre une chance en l'écartant de la technique hôspitalière
: le sentiment qu'il y a toujours quelque chose à tenter, alors que le
malade peut avoir besoin de soins d'accompagnement plus que de techniques, comme
le montre le récent développement des services de soins palliatifs
en milieu hôspitalier.
Cette prise en compte du facteur humain constitue un retournement de tendance
qui répond à la volonté du malade et de sa famille de prendre
sa maladie en main, et le cas échéant de choisir où il
souhaite mourir.
Pour Martine Bungener, Directeur de recherche au CNRS, la solidarité
familiale reste très forte. "A l'opposé des idées
reçues sur la solitude des personnes âgées et la nécessité
d'un Etat providence qui pallierait la supposée disparition de la solidarité
familiale, les faits sont tout autre. Les recensements montrent que jamais autant
de familles n'ont eu à leur charge une personne âgée. Jamais
également, autant de personnes n'ont vécu avec des maladies chroniques".
En effet, des malades peuvent aujourd'hui vivre avec un cancer, une insuffisance
respiratoire pendant de nombreuses années. Ils apprennent, avec leur
entourage, à assumer leur maladie, la connaître, organiser un système
de soins. Quitte à effectuer de courts séjours à l'hôpital,
le système de l'HAD - hospitalisation à domicile - permettant
ensuite de poursuivre chez eux un traitement commencé dans un service
hospitalier.
Il se crée ainsi un quotidien entre le malade, l'entourage et le personnel
soignant qui le visite régulièrement. Au moment de l'évolution
finale vers la mort, personne ne souhaite rompre ces liens efficaces par une
hospitalisation. L'expérience traumatisante de la maladie, la peur de
l'inconnu, rendent le malade hostile à tout changement de son environnement.
Il désire bien vivre sa mort, et pour cela, mourir à l'endroit
où il vit.
Un étude de Martine Bungener auprès des malades atteints du sida
met en valeur ces nouveaux comportements : de brefs séjours à
l'hôpital, des réseaux d'entraide qui ne sont pas exclusivement
familiaux, un dialogue d'égal à égal avec le médecin,
et "des malades qui, au moyen d'un processus volontariste d'apprentissage,
sont "co-producteurs", à côté des soignants, de
leurs propres soins".
Même si de nombreux malades souhaitent mourir à domicile, après
une longue maladie qu'ils ont pu gérer chez eux, ce désir n'est
pas toujours réalisable. L'entourage, sollicité pendant de longs
mois, peut être au bout de ses possibilités ou de ses disponibilités.
Certaines complications, au moment de la mort, commes les difficultés
respiratoires, exigent un recours au Samu et une hospitalisation.
Vivre sa maladie, puis mourir à domicile relève d'une certaine
volonté de se battre. Or de nombreux malades, en particulier des personnes
âgées, peuvent être gagnées par le renoncement "de
toute façon, j'ai assez vécu, j'embête toute le monde
".
Ils souhaitent alors s'orienter vers une hospitalisation ou un séjour
en maison de retraite. Cette volonté est également à respecter
car la vraie liberté, c'est de choisir la mort que l'on souhaite.