Opinion



Myriam Mercy, Directrice de l’Association Sol en Si


Chez les africains migrants atteints du sida, la question du retour au pays se pose de manière cruciale. Motivés par le besoin de retrouver la terre des ancêtres, les hommes quittent la France, sans informer femmes et enfants sur place. Nombreux sont les prétextes qui occultent la vérité : affaires à régler, un père mourant... Les africaines, elles, quittent plus difficilement leurs enfants. Dans la souffrance, elles ne se plaignent pas. Refusant de nommer la maladie, elles restent sans demander de traitement. Pour les hommes, les ancêtres ont la primauté sur les descendants. Se sachant condamnés, ils préfèrent repartir au pays, sans se soigner. Le délai de vie est réduit à deux ou trois mois quand il aurait été, au minimum, d’un an ou deux en France, grâce au traitement.
Le retour au pays ne simplifie rien. Investi par les espoirs de toute une communauté, conscient du rôle à jouer, l’africain sait que l’aveu de sa maladie serait un aveu d’échec. Dans les esprits, le parent s’est drogué en France, il a fréquenté les prostituées alors que, souvent, la maladie a déjà été contractée dans le pays d’origine. Pour ne pas décevoir sa communauté, l’africain emportera le lourd secret dans sa tombe. : la vie d’un homme et d’une famille sacrifiés au suicide de la tradition. Ceux qui restent en France sont mis devant le fait accompli. Non seulement ils ne participent pas au rituel du deuil mais ils imaginent toutes sortes de causes au décès : poison, mauvais sort...
Le rapatriement du corps d’un africain mort sur le territoire français est un événement tout aussi déchirant. Plusieurs mois peuvent s’écouler avant que la famille, en général une femme et quatre enfants, réunisse la somme nécessaire, jusqu’à 50 000 francs, pour les billets d’avion. Le corps reste en chambre froide pendant ce temps.
A Sol en Si, nous soutenons les familles restées en chemin sans juger leurs traditions. Qui peut décider de sa dernière demeure à la place d’un homme issu d’une culture différente ? Ce sera à la jeune génération de se prononcer. C’est la rencontre des cultures qui, nous l’espérons, offrira ce choix sans douleur.



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