Etranger
A Bali, la mort est une fête
La mort constitue l'événement le plus heureux de la vie
d'un balinais puisqu'elle permet à son âme d'accomplir le grand
voyage avant de renaître sous une forme nouvelle. Simple formalité
de passage, elle est prétexte à des réjouissances qui trouveront
leur apothéose dans la crémation. Le défunt reçoit
les derniers hommages de sa famille pendant que le prêtre dépose
un fragment de miroir brisé sur ses paupières closes, des fleurs
de jasmin dans ses narines et des paillettes sur ses membres afin d'assurer
au voyageur lumière et force dans l'autre monde. On réalise des
effigies en bois ou en feuilles de palme destinées à capter son
âme au cours des cérémonies qui vont suivre.
Le mort est conduit au cimetière où il reposera, au moins 42 jours
pour achever son cycle terrestre. Durant cette période, son âme
est condamnée à errer. Aussi la cérémonie est-elle
un devoir sacré qui exige plusieurs mois, voire plusieurs années
avant de réunir les fonds nécessaires. A cette occasion, les plus
démunis peuvent déterrer leurs morts et se joindre à la
fête collective.
La dépouille est exhumée pour être placée dans une
tour de bambou recouverte d'étoffes, de papiers colorés et de
feuilles dorées. Cet édifice dans lequel le défunt va effectuer
son dernier voyage terrestre représente l'univers harmonieux dans lequel
il a vécu. Le nombre de toits, en forme de pagode, renseigne sur la caste
du cher disparu. Plusieurs dizaines de porteurs sont indispensables pour soulever
cette tour et la faire tournoyer, au risque de la voir chavirer, afin de brouiller
des pistes et d'empêcher l'âme du défunt de retrouver le
chemin de sa maison.
Le cortège se déroule dans l'allégresse générale,
surtout lorsque l'alcool de riz, généreusement distribué
par la famille, prodigue des forces supplémentaires aux porteurs. Les
gamelans - orchestres de percussions -, jouent inlassablement leur musique lancinante
qui agit comme une drogue. Arrivé sur le lieu de la crémation,
les restes du défunt sont transférés dans un sarcophage
ayant la forme d'un animal. Si le défunt est de basse extraction, il
n'a droit qu'à une simple caisse. Avant d'y mettre le feu, la famille
jette quelques vieilles pièces de monnaie chinoise pour payer la rançon
de Yama, le dieu de la mort. Le grand voyage commence alors dans les flammes
purificatrices.
Le lendemain, les cendres seront dispersées dans la mer ou dans le cours
d'eau le plus proche. L'âme du mort, définitivement libérée
de son enveloppe charnelle, pourra se réincarner à nouveau dans
celle d'un enfant. Et c'est ainsi qu'à Bali, " l'île du matin
du monde ", la vie continue.Légende des photos (astuce graphique
avec montage dans le texte)
1 ou 2 ou 5 -
Le masque de Bhoma, le fils de la Terre, placé derrière la tour
funéraire, rappelle aux assistants que la cérémonie doit
se dérouler dans l'allégresse.
3 - Plusieurs dizaines d'hommes sont nécessaires pour porter le sarcophage
dans lequel le corps sera incinéré.
4 - Durant le trajet, les porteurs devront faire tourner cette tour afin d'égarer
les mauvais esprits et d'empêcher à l'âme du défunt
de retrouver le chemin de sa demeure terrestre.
6 - La tour et le sarcophage qui ont demandé des semaines de travail
et ont coûté des sommes considérables disparaîtront
en fumée avec le corps du défunt.
7 - Le corps du défunt quitte sa maison pour être placé
dans la tour qui servira à le transporter jusqu'au bûcher. Chacun
se dispute l'honneur de porter le long linceul blanc.