Dossier :

La mort violente, le combat de ceux qui restent


L'avis des professionnels du funéraire

Savoir laisser du temps au temps...

Lorsque survient un décès imprévu (accident de la route, accident du travail, crise cardiaque, suicide...), comment répondre au mieux à l'intense désarroi des proches ? Ces derniers expriment-ils des besoins particuliers ? Eléments de réponse par des professionnels du funéraire.

" Pourquoi lui ? " " Comment cela a-t-il pu arriver, justement à lui, ce jour-là ? " " Ce n'est pas possible... ". Autant de mots, souvent les mêmes, qui reviennent sans cesse dans la bouche des familles lors de la disparition brutale d'un de leurs proches. Totalement désemparées, désorientées, en véritable état de choc, elles traversent fréquemment une première phase de refus : elles ne peuvent pas, elles ne veulent pas croire à ce qui est arrivé. Puis vient le temps de se rendre à la réalité, le temps de la douleur...

" La détresse de ces personnes se manifeste souvent par une très grande nervosité, note Marie-Josée Lecour, chargée de l'accueil des familles dans un funérarium de la région parisienne. Elles n'étaient pas préparées, elles ont du mal à admettre que la vie puisse continuer. "

Elles manifestent en général un grand désir de voir le corps du défunt, et de le voir longuement, comme pour signifier leur besoin qu'il soit toujours présent. Cette réaction est encore plus marquée lorsqu'il s'agit d'un enfant : les parents ont du mal à s'en éloigner, ils refusent même parfois qu'un étranger le touche. Et quand le corps est trop abîmé pour être visible, le travail de deuil sera sans doute encore plus difficile à mener.

Les familles attachent une importance particulière à la rédaction de l'avis d'obsèques : elles tiennent souvent à préciser les circonstances de la mort comme pour faire comprendre à tous qu'elle n'était ni prévue, ni prévisible.

Le besoin de personnaliser les lieux, les gestes, les rites, est particulièrement manifeste en cas d'accident brutal. Le cercueil est souvent entouré de quantités de fleurs, de photos, d'objets chers au disparu.

" Nous sommes confrontés à des personnes qui ont besoin de temps, souligne Patrice Saint-Dizier, responsable de l'agence PFG d'Epinal. Elles n'ont jamais envisagé le deuil qui les frappe. A chaque étape, fermeture du cercueil, inhumation..., elles réagissent comme si elles voulaient retarder les échéances. Il leur faut plus de temps pour réaliser ce qui est arrivé, pour accepter, pour se recueillir, pour organiser les obsèques..., et nous le comprenons parfaitement. "

Aller au-devant de leurs attentes

Les conditions de l'annonce du décès sont essentielles : elles vont influencer en grande partie toute la phase de deuil. C'est généralement la police qui prévient la famille, en précisant les circonstances du décès, et en les informant éventuellement que le corps n'est pas visible.

Les professionnels du funéraire ont ensuite un rôle essentiel à jouer, qui se situe bien au-delà du simple acte commercial. " Les proches sont parfois si choqués qu'ils sont incapables de prendre la moindre décision, confirme Alain Bachelier, directeur des PFG à Antony. Nous devons les aider à réagir et à s'exprimer, leur expliquer ce qui va se passer, les conseiller, les aider dans leurs choix et dans les formalités à accomplir. Après l'inhumation, nous proposons un service de suivi et d'accompagnement particulièrement précieux dans ce type de circonstances. "

" Devant ces familles totalement perdues, nous devons redoubler d'attentions, poursuit Marie-Josée Lecour, être encore plus présents. Il faut trouver les mots pour instaurer une relation de confiance, dans le respect de leur douleur ". Le rôle des maisons funéraires est essentiel à cet égard : un accueil attentif, des lieux adaptés, où les familles pourront aménager de manière personnelle le salon où reposera, quelque temps encore, leur proche, et où leur intimité sera respectée.

" Notre personnel est formé pour répondre aux besoins de ces familles, conclut Patrice Saint-Dizier. A nous de prendre le temps de les accueillir, de les écouter et de les conseiller. "


 

Que faire en cas de mort soudaine ?

Que le décès se produise sur la voie publique ou dans un domicile privé, il faut immédiatement faire venir les pompiers ou le Samu, qui se chargeront d'appeler la police. C'est généralement à cette dernière que revient la lourde tâche d'annoncer la nouvelle à la famille. C'est elle également qui fera appel au médecin chargé de constater les faits et de délivrer le certificat de décès. A Paris et dans certaines villes, il s'agit d'un médecin-légiste désigné par l'autorité judiciaire, et non choisi par la famille.

La police dresse un procès-verbal remis ensuite au Parquet, qui délivre alors l'autorisation d'inhumation ou de crémation.

Christian de Saint Vincent

 



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