Dossier :
La mort violente, le combat de ceux qui restent
Premiers témoins
Pompiers, gendarmes, professionnels de l'urgence médicale... Ce sont eux qui, en général, se trouvent les premiers confrontés à la mort violente. Au choc de l'événement lui-même, chaque fois reçu avec la même stupeur, s'ajoute le devoir de l'annonce à la famille. Témoignages.
Yves Gasnier, capitaine des pompiers à Breteuil-sur-Iton
"On ne shabitue jamais à la mort, on nest jamais blindé. Aujourdhui, jen suis toujours malade." Yves Gasnier a 53 ans, il est pompier volontaire depuis 30 ans, et capitaine dune unité à Breteuil-sur-Iton, petite commune rurale de Normandie. Le pire peut-être pour lui, cest de connaître la personne qui est décédée ou qui meurt sous ses yeux dans un accident de la route, un incendie, dune crise cardiaque ou détouffement à domicile. Etre pompier en campagne, cest forcément s'exposer à des drames qui touchent personnellement et face auxquels on n'est pas armé : dabord on connaît tout le monde, et puis on est appelé en urgence sur tous les fronts, même pour une affaire criminelle. Bien sûr, gendarmes et SAMU arrivent aussi sur les lieux, mais souvent avec un temps de retard, compte tenu des distances. Alors, il faut tout prendre en charge, sans médecin, et seulement un diplôme de secouriste en poche, savoir gérer les crises, se partager entre les premiers soins à donner et calmer lentourage, comme ce père qui décroche son fusil de chasse menaçant de tuer le responsable de la mort de sa fille
Même si sur 530 sorties par an, seulement 5 ou 6 voient la mort au bout, Yves Gasnier se souvient de ces situations dramatiques. Dautant mieux quau fil des années, cest à lui quest revenue peu à peu la lourde tâche dannoncer la mort aux proches. "Ça cest fait comme ça. Parce que je men sentais le courage. Normalement, cest le maire qui doit sen occuper. Mais, souvent, on me demande de le faire ; celui à qui incomberait cette responsabilité est souvent trop choqué." Yves Gasnier se déplace toujours, et il annonce le décès progressivement, pour laisser aux gens le temps de se faire à cette nouvelle. Puis il reste un moment avec eux.
Hubert Tonnelier, directeur du Samu d'Epinal
Le souci de lannonce de la mort violente aux familles est partagé par la plupart des professionnels, quils soient policiers ou soignants. A Epinal, dans léquipe dHubert Tonnelier, directeur du Samu, des règles ont été instituées. Si un décès est constaté dans un accident de la route, la famille ou les proches ne seront jamais joints par téléphone. La gendarmerie du secteur sera prévenue, et ce sera à elle de se déplacer pour prévenir les personnes. Si la mort intervient au domicile, dès les premières minutes des membres de léquipe prendront en charge la famille. "Il faut leur faire comprendre demblée que cest très grave. Cest difficile de donner les premiers soins, avec toute la famille présente, derrière, en spectateurs. Il faut leur parler, explique Hubert Tonnelier. Souvent nous faisons transporter la victime à lhôpital, la famille réalise alors plus facilement que la situation est critique. Là, nous restons avec elle aussi longtemps que nous le pouvons, pour l'assister." Autre règle dor au Samu dEpinal : quoiquil arrive, si les proches nont pu être rencontrés au moment de laccident (ils habitent loin), ou si le corps na été identifié par la gendarmerie que plus tard, les coordonnées de léquipe qui sest occupée du défunt sur place seront transmises aux autorités compétentes, afin que les familles puissent venir leur parler. "Il essentiel quelles sachent comment ça sest passé, les soins qui ont été donnés, par qui, les décisions qui ont été prises et les raisons qui les ont motivées. Ça les soulage, ils seront plus apaisés par la suite. Nous leur devons ça." Et pourtant ce nest pas facile à léquipe soignante de répondre toujours présent. Elle est souvent, elle-même, extrêmement choquée par la situation. "On ne nous a pas appris à faire face à la mort", conclut Hubert Tonnelier. Alors, au retour dune intervention, tout le monde se réunit et parle, pleure parfois, se serre les coudes.
Les victimes de mort violente (Chiffres de 1998)
- 8 500 morts/an sur la route
- 22 000 morts/an au domicile (3 000 électrocutés, 3 000 noyades)
- 2 000 morts/an sur le lieu de travail
- Les pathologies, dont :
- 30 000 morts/an d'accidents cardiaques
- 3 000 morts/an d'asthme
- 800 morts/an mort subite du nourrisson
- 20 000 suicides/an de jeunes de moins de 25 ans.
Médecine et secours durgence, un métier que lon choisit
Quand une équipe est appelée, en aucun cas elle pense trouver la mort. "On est là pour sauver." Si, après un certain nombre de soins, la personne décède, cest léchec pour les professionnels. "Chaque fois, cest une remise en cause de nos acquis, dit Yves Gasnier. Cest psychologiquement très dur." "Souvent des questions nous hantent encore les nuits suivantes, ajoute Hubert Tonnelier. Pourquoi je ne suis pas arrivé une minute plus tôt ? Pourquoi le geste de secouriste na pas été fait avant ? Quelquefois on rate une vie sans vraiment arriver à déterminer pourquoi."
Laure Siaud
Mort violente et justice
Dans une affaire criminelle, léquipe du Samu ou les pompiers arrivés les premiers sur place deviennent des témoins, des auxiliaires de justice. Souvent ce sont eux qui appellent la police, estimant la situation confuse. Dépositions et convocations viennent alors sajouter à leur quotidien.
Quand un corps est non-identifié, le médecin rédige le certificat de décès, et cest la gendarmerie qui mène lenquête pour rechercher son identité.
Pour les suicides, en cas de doute, le médecin ne donne pas le permis dinhumer et informe le procureur.
Associations, groupes d'entraide aux personnes en deuil*
Nombreuses sont les associations qui organisent des groupes de paroles, d'échanges pour tous ceux qui restent désemparés par la mort brutale d'un proche. En parler, se retrouver dans une communauté de solidarité, se sentir reconnu dans sa douleur, c'est essentiel. Car souvent au désastre de la mort vécue s'ajoute pour ceux qui restent un cataclysme psychologique qui peut balayer une vie.
- Apprivoiser l'absence (pour les parents qui ont perdu un enfant). 49, rue Roger Salengro 92160 Antony. Tél. : 01 46 66 53 61 (soir et répondeur)
- Association François-Xavier Bagnoud (pour adultes et adolescents en deuil).
7, rue Violet 75015 Paris Tél. : 01 44 37 92 00
- Jalmalv (pour personnes en deuil)
132, rue du Faubourg Saint Denis 75010 Paris Tél. : 01 40 35 89 40
- Naître et vivre, Fédération Nationale pour l'étude et la prévention de la mort subite du nourrisson (pour les parents)
5, rue la Pérouse 75116 Paris Tél. : 01 47 23 05 08
- Jonathan Pierres vivantes (association confessionnelle)
55, rue Saint-Antoine 75004 Paris Tél. : 01 42 77 48 34
- Phare enfants-parents (pour les parents dont l'enfant s'est suicidé)
7, rue Parrot 75012 Paris Tél. : 01 43 07 80 68
- Vivre son deuil (pour adultes, adolescents et enfants en deuil)
7, rue Taylor 75010 Paris Tél. : 01 42 38 07 88
- Ecoute deuil, groupe inter-associatif pour le Sud de la France
4 bis, rue Hector Berlioz 38000 Grenoble Tél. : 04 76 03 13 11
* Principales associations, qui peuvent indiquer des antennes en province.
En savoir plus
Aide aux personnes endeuillées. Un répertoires très complet des organismes à consulter dans toute la France, réalisé sous l'égide de la Fondation de France. Editions Desclée de Brouwer-La-Méridienne.
Consultable au centre inter-associatif de documentation et d'information.
Association François-Xavier Bagnoud 7, rue Violet 75015 Paris Tél. : 01 44 37 92 00.
e-mail : afxb.cdi@wanadoo.fr.
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