Portrait :

Le dernier clin d'œil à la vie de Marie-Hélène



Après une vie bien remplie d'institutrice, Sœur Marie-Hélène a choisi la pénombre des funérariums pour dernière activité. Sans faillir, elle se consacre aux défunts et à leur famille qui se prépare au deuil.

"Marie-Hélène, je voudrais un bisou ! Papa ne me l'a pas fait ce matin." Les bouts de chou de 6 ans qui fréquentaient la classe de CP du collège privé de Laval n'ont pas oublié la présence chaleureuse de leur institutrice d'alors. Et ils sont nombreux à s'en souvenir puisqu'elle a accompli 41 ans dans l'enseignement primaire. Pourtant, depuis sa retraite en juin 1997, la silhouette vive de Marie-Hélène se profile sur les bords de la Mayenne, dans les deux funérariums de la ville. Avant d'être dégagée de ses obligations professionnelles, elle avait réfléchi à ses possibles occupations bénévoles. Notre Dame d'Evron, la congrégation fondée en 1682 à laquelle elle appartient, œuvre dans les hôpitaux, les écoles, les maisons de retraite et la pastorale de l'église. Marie-Hélène songeait alors à entrer dans l'association "La Croix d'or" pour soutenir les anciens alcooliques. Mais Dieu a dû en décider autrement.
Au cours d'un seul mois de 1996, Marie-Hélène perd huit proches. L'épreuve est vécue en famille, comme autrefois dans la ferme de ses parents, puisqu'elle est la sixième d'une tribu de douze enfants. Un nombre que le couple ne jugeait pas excessif, puisqu'il trouvait encore l'énergie d'adopter des orphelins.
En juillet 1999, un mois après sa retraite, elle accepte la proposition de l'équipe pastorale de Saint Pierre. Une lettre de mission, reçue de l'Evêque et communiquée à la communauté paroissiale, précise son nouveau rôle : accompagner les familles en deuil.

Main dans la main, laïcs et religieuse

La relation fraternelle, remarquable de gaieté, qui s'est instaurée entre les collaborateurs des PFG de Laval et Marie-Hélène témoigne d'une belle entente au profit des familles. Quand l'agence mayennaise est prévenue du décès d'un membre de la paroisse, d'une personne seule ou démunie, elle propose à Sœur Marie-Hélène de se rendre au funérarium, avec le consentement des familles rassurées par la présence d'une religieuse. Sur son vêtement de ville, elle porte la petite croix, signe distinctif des prêtres et des religieux parce qu'elle ne se reconnaît pas le droit de taire son identité. "Ma première démarche est d'aller au funérarium à une heure où la famille n'est pas présente, explique Marie-Hélène, pour y rencontrer le défunt. Je regarde ses mains. A la façon dont elles sont posées, jointes ou l'une sur l'autre, je décèle une part de sa vie. Les mains calleuses me renseignent sur la dureté du travail… Les racines paysannes et ouvrières sans doute. Les mains me disent si la personne a souffert en fin de vie. Il m'arrive aussi de changer la lumière du salon funéraire quand elle ne me semble pas lui correspondre."
Des familles peuvent réclamer sa présence sans pour autant souhaiter le rite de l'eau bénite. "Quand les parents arrivent, que je suis dans la prière, je ne me détourne pas. La personne est là. C'est un enfant de Dieu. Il est important que je lui dise ce qui est au fond de moi." Après un temps de prière et d'écoute discrète, le besoin se ressent pour les proches de parler, de parler encore… "Les personnes touchées par un deuil rechignent parfois à confier à un laïc des difficultés qu'elles peuvent craindre de voir colportées. La vraie soupape, c'est l'Eglise." Au funérarium, Marie-Hélène signe le registre. Les familles savent qu'elle est passée, même si elle ne signe pas à chaque visite.
Elle est comme ça Marie-Hélène. Elle passe gratuitement, même lorsqu'il ne s'agit pas d'un fidèle de Saint Pierre, mais seulement un patronyme qu'elle croit reconnaître. En toute sagesse, elle prétend qu'elle ne peut se préparer à rien, car elle ne sait jamais ce qu'elle va vivre et comment cela va aboutir.
Avant la mise en bière, elle vient saluer le mort quand la famille le désire. "Un enfant de 10-12 ans qui assiste à cet événement peut réaliser que le cercueil est habillé et que son parent ne repose pas uniquement entre quatre planches", ajoute-t-elle.
Marie-Hélène participe tout aussi bien à l'organisation de la messe à l'église qu'elle réalise une célébration plus intime au funérarium. Au fil de la conversation avec les familles, que ce soit au presbytère ou au funérarium, elle recueille les confidences. La découverte d'un handicapé dans la famille la fera déplacer les bancs et ouvrir des portes. Et quand on lui demande ce qui se passe après les funérailles - outre que les familles la remercient pour avoir veillé à tous les petits détails devenus énormes en pareilles circonstances -, la religieuse répond que ce n'est pas après, mais avant que cela se vit.
A vingt ans déjà, Marie-Hélène possédait la préscience de sa mission, quand elle répondait à ses parents soucieux de son avenir : "Ne vous inquiétez pas, je veux être religieuse. Il y aura toujours du travail pour moi."



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