Dossier :

Quelle place pour les défunts ?


Faute d'espace, le cimetière virtuel

Une photo en médaillon, deux dates inscrites dans la pierre, une épitaphe rongée par le temps, un nom qui nous arrête : devant une tombe, fut-elle celle d'un inconnu, on peut s'interroger sur ce qu'a été sa vie. La même question est désormais possible en s'installant derrière son ordinateur. Internet offre en effet aux proches une visite de mémoriaux virtuels consacrés à leurs défunts. Un tombeau virtuel, un corps qui l'est tout autant... Ne subsistent que les témoignages d'affection.

"Le plus intéressant dans le cimetière virtuel, c'est son origine : le Japon, déclare le sociologue Jean-Didier Urbain. L'une des caractéristiques de ce pays est justement le manque de place. Alors, faute de lieu réel, on en crée un virtuel. Un lieu virtuel qui relève non pas de la sphère publique, comme c'est traditionnellement le cas du cimetière, mais de la sphère privée : pour accéder à ces sites, il existe des codes, des systèmes de sécurité qui empêchent la consultation publique. Se promener librement dans un cimetière virtuel n'est pas possible. Le cimetière virtuel n'a donc pas cette fonction d'agrégation du défunt au groupe, propre au cimetière classique. En revanche, il peut pallier la perte de proximité et servir de truchement supplétif."
Le taux de crémation au Japon est de 99 % et cette pratique est obligatoire en ville. Pourtant, historiquement, le Japon est inhumiste. La localisation est donc loin d'être étrangère à cette culture où l'on pratique une double inhumation : la moitié des cendres est inhumée sur le lieu de crémation, l'autre moitié dans le village natal du défunt. Le cimetière virtuel s'inscrit avec une certaine logique dans les rites locaux et tend à confirmer la nécessité d'un lieu.




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