Crémation:
Le point de vue des crématistes
Trois questions à Claude Gonzalez
Claude Gonzalez est médecin et président de la fédération française de crémation qui regroupe 174 associations crématistes et quelque 110 000 adhérents.
Pourquoi ce choix de la crémation ?
A l'origine du mouvement crématiste, la principale motivation était d'ordre "écologique" : laissons la terre aux vivants. Pourquoi construire des cimetières pour la dégradation des corps alors qu'il existe un moyen naturel de les détruire ? Un argument d'ordre hygiénique intervenait aussi : des médecins proposaient la crémation en cas d'épidémie, pour éviter d'une part la contagion, d'autre part un amoncellement de cadavres et une inhumation précipitée dans la fosse commune A l'époque, il existait également une attitude anti-religieuse. Elle n'a pas complètement disparu aujourd'hui, mais elle reste minoritaire.
Aujourd'hui, s'ajoute l'argument économique : la crémation est relativement moins chère que l'inhumation. Mais il n'est pas déterminant. La raison majeure en faveur de l'incinération est d'ordre sociologique. Autrefois, la vie s'articulait dans une seule ville, autour de trois ou quatre générations de familles qui avaient "leur" docteur, "leur" église, "leur" cimetière. Tout cela a disparu. Les familles sont désormais éclatées, elles changent plusieurs fois de localités au cours de leur existence et il n'y a plus ce culte des morts La crémation présente donc un avantage certain pour les familles qui voyagent : il est plus facile de transporter une urne pour la déposer dans le caveau familial que d'exhumer un corps !
Aujourd'hui, la crémation est prévue par la loi et autorisée par l'Eglise catholique. Le mouvement crématiste a-t-il encore une raison d'exister ?
Mais certains ignorent encore que la crémation n'est plus interdite par l'Eglise ! Beaucoup de familles ne sont pas sensibilisées à cette pratique et viennent au crématorium parce que le défunt a exprimé le désir d'être incinéré. Nous avons publié à leur intention une brochure destinée à les informer et nous avons participé à l'élaboration du nouveau rituel qui concerne la crémation. Il y a sur cette pratique une quantité d'idées reçues, de fantasmes. Nous avons une mission d'information pour chasser ces images !
Et nous essayons de faire respecter les voeux du défunt. Le non-respect de ces voeux est passible de peine d'amende ou de prison, selon le code pénal. Certaines familles, qui ignoraient cette disposition et qui avaient préféré inhumer le défunt, ont dû procéder à une exhumation et faire incinérer le corps. Nous avons aussi des cas fréquents de personnes âgées, membres d'associations crématistes, qui cèdent finalement face à la réticence de leur famille. C'est pourquoi nous conseillons à tous ceux qui désirent être incinérés d'écrire cette volonté sous forme d'un testament.
La fédération crématiste a-t-elle des revendications particulières ?
La loi interdit désormais aux familles d'assister à la mise du corps dans le four. Nous avons insisté pour que les crématoriums soient pourvus d'un sas qui permettent, à ceux qui le souhaitent, de voir cette mise au four, en toute sécurité. Le rituel de séparation d'avec le corps est très important et chez les familles qui ne le vivent pas subsiste un manque. Pour les crématistes, ce moment correspond à la mise en terre.
Nous essayons également d'obtenir la construction de crématoriums dans les régions où il n'y en a pas. On estime à une centaine environ le nombre de crématoriums nécessaires en France et il en existe actuellement 69. On remarque que là où on implante un crématorium, le nombre d'incinérations augmente considérablement.