Crémation:
Le point de vue de l'Eglise catholique de France:

 

Trois questions à Pierre Faure

Le père Pierre Faure est directeur-adjoint du Centre national de la pastorale liturgique. A ce titre, il a participé à l'élaboration du nouveau rituel proposé pour les cérémonies de crémation.

 

Comment l'Eglise gère-t-elle la question de la crémation ?

Le rituel catholique des funérailles a été élaboré à Rome et publié en latin. Pour les pays francophones, il a été traduit et adapté pour tenir compte des mentalités et des cultures. L'Eglise du Canada, où les crémations sont beaucoup plus fréquentes qu'en France, a obtenu en 1986 (13 ans après la parution du rituel) l'autorisation de célébrer les funérailles en présence de l'urne cinéraire*. En Afrique, où la crémation n'existe pas, la liturgie tient compte des coutumes funéraires très anciennes. En France, le rituel prévoit des prières qui conviennent pour le lieu de la crémation, puisque l'Eglise catholique autorise la crémation depuis 1963 dans la mesure où elle n'est pas choisie comme une pratique antichrétienne. Mais il est vrai que l'Eglise reste attachée à la tradition de l'inhumation, en référence au Christ enseveli.

 

Pourquoi les prêtres refusent-ils d'officier au crématorium ?

Le crématorium n'est pas une église. Or, le passage à l'Eglise pour tous les chrétiens-défunts est indispensable. Bien plus qu'un bâtiment, le mot Eglise représente la communauté des baptisés. La personne décédée a été baptisée à l'église, elle y a reçu tous les sacrements : eucharistie, mariage. Il est donc normal que ses funérailles y soient également célébrées. Après la cérémonie, le prêtre peut aller au crématorium ou au cimetière. C'est de plus en plus rare, en raison de la diminution du nombre des prêtres. Mais cette présence au cimetière ou au crématorium peut être assurée par des laïcs, de même que l'accompagnement des familles en deuil.

 

Que pensez-vous de la crémation, en tant que pratique ?

Il ne faut pas la limiter à une opération technique, "hygiénique", comme le font certains crématistes. Passer de l'inhumation à la crémation, c'est changer complètement de repères symboliques (de la terre au feu), sans appuis dans notre culture. Cette disparition rapide et violente du corps risque de ne pas faciliter le travail de deuil des proches. Et il arrive que des familles vivent très mal le choix du défunt pour la crémation. D'où vient cet affaiblissement de la confiance dans la terre-mère à qui l'on confie son corps ? Aujourd'hui, l'homme veut tout gérer, tout contrôler : alors il décide lui-même de la destruction de son corps. C'est une manière d'effacer la maladie, la vieillesse, la diminution, de se cacher la mort.

 

* Selon le rituel catholique, les funérailles doivent se dérouler en présence du corps.



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