La maison funéraire :"La pièce d'à côté"

 

En 1989, les PFG présentaient à la mairie de Pau un avant-projet ; deux ans plus tard, la maison funéraire ouvrait ses portes. Une initiative spontanément soutenue par André Labarrère, maire de cette ville du sud-ouest de 150 000 habitants. "La maison funéraire permet d'humaniser la mort, de perpétuer les rites d'antan", explique-t-il. Double éclairage sur cette structure : celui de l'élu, et celui de l'homme, qui refuse d'occulter la mort.

 

"Lorsque le représentant des PFG est venu me voir, se souvient André Labarrère, j'ai immédiatement approuvé la création d'une maison funéraire à Pau." Pour quelle raison ? "Si je réponds en qualité d'élu, je crois qu'une municipalité ne peut nier sa responsabilité face à la mort. Au même titre qu'elle gère les concessions dans les cimétières, elle se doit aussi d'apporter un soutien maximum aux familles frappées par un décès. Je considère que la maison funéraire est un plus pour une ville et pour ses habitants. C'est pourquoi la mairie a joué pleinement son rôle de partenaire dans cette affaire, proposant un terrain adapté dans un quartier calme, avec l'accord unanime du Conseil municipal."

 

Perpétuer, renouveler les rites de la mort

"La seconde partie de ma réponse est plus personnelle, poursuit André Labarrère. Autrefois, dans nos campagnes béarnaises, il existait tout un cérémonial extraordinaire autour de la mort : la veillée funéraire, le repas avec un couvert pour le défunt... Je crois que ces rites sont nécessaires, ils permettent aux proches de mieux surmonter le décès. Et, psychologiquement, ces pratiques ne sont en fait que les préliminaires indispensables au travail de deuil." Aujourd'hui pourtant, notre mode de vie, notamment en milieu urbain, éclipse ces traditions funéraires. La mort survient plus souvent à l'hôpital, à la maison de retraite (70 % des décès) qu'à la maison. Les familles sont éclatées. La ville et ses logements exigus ne se prêtent plus guère à ce type de pratique. Sur ce point d'ailleurs, les professionnels des pompes funèbres sont unanimes : les familles ne souhaitent plus ramener le défunt à leur domicile. En revanche, près de 50 % des familles s'adressant aux PFG pour l'organisation des obsèques optent pour les services d'une maison funéraire lorsqu'il y en a une à proximité.

 

Un lieu dédié

"J'aime beaucoup cette phrase de Charles Péguy : la mort, c'est passer dans la pièce d'à côté, cite le maire de Pau. Cette pièce, ce pourrait être l'un des salons de la maison funéraire. Un lieu neutre offrant la possibilité aux familles, aux amis de se rassembler, de veiller, de se recueillir, de réfléchir, au-delà même de toute appartenance religieuse. Dans notre société rationnelle, individualiste, en quête de spirituel, les maisons funéraires vont certainement jouer un rôle de plus en plus important. Comme aux Etats-Unis. Je crois qu'il faut voir dans ces "maisons" une transposition et une évolution des pratiques rituelles d'autrefois. Aujourd'hui, les familles sont désemparées face à la mort ; la solidarité des voisins, du village, des amis n'est plus aussi forte. Aussi sont-elles soulagées de confier le défunt à une institution. Dans les maisons funéraires, les rites sont organisés, la famille est accueillie, soutenue ; la mort est humanisée, plus facile à vivre dans ce lieu qui lui est dédié. La maison funéraire devient essentielle : elle permet de se libérer matériellement du défunt pour mieux le retrouver."

 

Une vraie mission de service public

Eclairage indirect, couleurs chaudes, plantes vertes, boiserie en pin, la maison funéraire de Pau a été conçue comme un espace non traumatisant, où l'on côtoie le défunt dans les meilleures conditions possibles. L'architecte a travaillé en étroite collaboration avec un psychologue pour parvenir à ce compromis.

Sur place, deux personnes reçoivent les proches et assurent une permanence 24 heures sur 24. La maison funéraire se compose de quatre salons, d'une salle de cérémonie d'une capacité de 100 personnes, d'un salon d'accueil avec cafétéria, d'un crématorium et d'un jardin du souvenir. Elle accomplit également, depuis son ouverture en 1991, une importante mission de service public puisqu'elle abrite l'Institut médico-légal et la morgue municipale, fonction dont s'est déchargé le centre hospitalier.

Comme pour les 250 autres maisons funéraires gérées en France par les PFG, tout a été étudié pour que les visiteurs ne soient jamais en contact avec le défunt d'une autre famille, ni même avec les équipements du crématorium. Les proches peuvent personnaliser le salon mis à leur disposition avec des objet ayant appartenu au défunt ou lui tenant particulièrement à cur, pour en faire un lieu chaleureux en une période douloureuse.



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