Lu pour vous : Apprivoiser la mort
Notre société ne veut rien savoir de la mort. Alors qu'elle se penche volontiers sur les questions que posent la naissance, la famille, le sexe, l'hérédité, et malgré les images de massacres, de guerres, de meurtres que nous renvoient sans cesse les médias, mince est le temps de réflexion consacré à ce moment fondamental de notre existence, son terme, "le mourir". "Avoir une belle mort" aujourd'hui, n'est-ce pas mourir brutalement, d'une mort qui ne s'annonce pas ?
Le docteur Maurice Abiven, pionnier de la pratique des soins palliatifs en France, est à ce titre confronté en permanence à ces malades incurables dont l'unique perspective est la mort prochaine. Il nous donne le point de vue, courageux et singulier à notre époque, d'un médecin pour lequel la mort a cessé d'être un adversaire, une preuve d'échec.
Il est vrai que, depuis 50 ans, les progrès de la science ont transformé la médecine. D'essentiellement palliative - visant à soigner les symptômes d'une maladie dont on ne peut infléchir le cours -, elle est devenue curative : son seul objectif est la guérison.
Et trop de médecins sont aujourd'hui, de par leur formation, désarmés devant un malade qui va mourir, hésitant entre l'abandon et l'acharnement.
Les centres de soins palliatifs - ces lieux où, si l'espoir n'est pas permis, le désespoir n'a pas sa place - se veulent une nouvelle réponse de la médecine à l'approche de la mort annoncée. Et un nouveau regard sur cette mort, qui n'est pas "une maladie qui aurait mal tourné", mais une réalité d'un tout autre ordre. Le rôle du médecin et de son équipe consiste ici à accompagner la mort, voire à l'accueillir, en offrant au malade une fin digne et paisible, moins pénible, moins solitaire, mais aussi moins douloureuse, tout en prêtant une attention soutenue à la souffrance morale de ses proches.
Il reste encore beaucoup à faire lorsqu'on croit "qu'il n'y a plus rien à faire". Et lorsqu'on a tout mis en oeuvre pour soulager la douleur physique et morale du mourant, lorsqu'on a eu le souci de respecter sa dignité dans le choix du traitement ou dans l'arrêt de toute thérapie, lorsqu'on l'a accompagné avec attention et chaleur, alors on mesure mieux l'absolu respect dû à la vie humaine.
"Une éthique pour la mort", de Maurice Abiven
Ed. Desclée de Brouwer
"La mort intime" : une leçon de vie
Psychologue et psychanalyste, Marie de Hennezel pratique depuis dix ans l'haptonomie, science du contact affectif, dans une unité de soins palliatifs à l'hôpital de la Cité universitaire, à Paris. Là, avec une équipe d'une vingtaine d'infirmières, elle accompagne jusqu'au bout de leurs souffrances ceux qui vont mourir.
Dans son livre, La mort intime. Ceux qui vont mourir nous apprennent à vivre, préfacé par François Mitterrand, Marie de Hennezel veut faire partager son expérience. "Bien des mourants, au moment de quitter la vie, nous ont lancé ce message poignant : ne passez pas à côté de la vie, ne passez pas à côté de l'amour, témoigne-t-elle. Alors que la mort est si proche, que la tristesse et la souffrance dominent, il peut y avoir encore de la vie, de la joie, des mouvements d'âme d'une profondeur jamais vécue."
Comment mourir ? "Nous vivons dans un monde que la question effraie et qui s'en détourne, déclare François Mitterrand dans la préface. (...) Ce livre est une leçon de vie. La lumière qu'il dispense est plus intense que bien des traités de sagesse." Et de conclure "Comment mourir ? S'il est une réponse, peu de témoignages peuvent l'inspirer avec autant de force que celui-là."
"La mort intime. Ceux qui vont mourir nous apprennent à vivre" de Marie de Hennezel
Ed. Robert Laffont - Collection "Aider la vie".