Victimes d'attentats

La thérapie de la parole

Le 23 décembre 1983, une femme sort meurtrie, dans son corps et dans son esprit, du restaurant parisien Le Grand Véfour, victime, comme son mari et des dizaines de personnes, d'un attentat terroriste. Quelques mois plus tard, elle reçoit de la justice un document intitulé "non-lieu". "Le destin du non-lieu, c'est la pierre tombale du silence"(1) cite Françoise Rudetzki. Avaient-ils vraiment été victimes d'un attentat ? Avaient-ils, toutes les victimes et leurs familles, uniquement rêvé leurs souffrances ? La bombe avait-elle vraiment fait "plus de bruit que de mal" comme avait osé le titrer un journal de l'époque ? Face au mépris qui lui est opposé, aux souffrances toujours présentes, sans haine ni esprit de vengeance, Françoise Rudetzki fonde en 1986, SOS Attentats, une association créée "par les victimes, pour les victimes". Depuis, cette association s'est battue sans relâche pour la reconnaissance du statut de victime civile de guerre, pour le droit de se porter partie civile, pour donner aux victimes la place qui leur revient dans les procédures judiciaires, pour lutter contre le terrorisme. Contre la raison d'État et l'oubli, et pour la justice.

Composée de professionnels bénévoles - assistantes sociales, médecins, psychologues - SOS Attentats a encore renforcé son rayon d'action dans la semaine du 3 décembre 1996, lors de l'attentat de la station du RER Port Royal, avec la création d'une cellule psychologique pour venir en aide aux victimes et à leurs familles. Six psychologues interviennent au sein de cette cellule d'urgence, volontairement provisoire (trois à quatre mois) et qui peut être réactivée du jour au lendemain en cas de nouvel attentat. "Tout notre travail consiste à faire communiquer par les victimes, au travers du langage, ce qu'elles ont vécu, explique le docteur Maya Evrard, médecin psychanalyste et animatrice de la cellule psychologique de SOS Attentats. Principal écueil à éviter, les laisser se "victimiser à vie". Nous devons également les aider à accepter le fait que cet attentat ait eu lieu pour éviter qu'un déni ne perdure. La principale difficulté pour tout être humain, aggravée encore pour ces personnes blessées et choquées, est de se retrouver brutalement confronté à la réalité de sa propre mort. A travers la mort des autres, c'est une menace pour leur propre vie que les victimes ont vécue. C'est un moment de déréalisation complet, dans lequel chaque sujet sort totalement de son cadre psychologique habituel et de ses repères usuels. Il est souhaitable que la mort soit reconnue, que l'on en parle, que les rites autour de la mort existent, de l'enterrement aux plaques commémoratives. Un traumatisme, y compris celui que vivent les victimes d'attentats, peut être fécond. L'épreuve de la mort peut enrichir un être s'il parvient à dépasser le chagrin, l'absence, ou son propre désir d'immortalité. Il faut prendre le temps d'opérer un vrai travail de deuil lors de la disparition d'un proche ou même, dans le cas d'un attentat, de celui qui fut un instant son voisin dans le métro. L'être humain ne peut se structurer qu'à travers le langage et les mots ; les victimes d'attentats sont souvent affectées d'une perte provisoire du "dire". Retrouver le langage, c'est se retrouver. Le temps et les mots sont de réels alliés pour combattre la souffrance et le deuil."



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