Durant toute la durée du tournage du film Ponette, le cinéaste Jacques Doillon a souhaité la présence d'un psychologue auprès des jeunes comédiens. Marie-Hélène Encrevé a écouté les enfants du film parler de la mort.
"Confier à une petite fille de quatre ans le rôle principal d'un film, sur les réactions d'un enfant à la mort de sa mère, pouvait comporter des dangers. Mais tout de suite, les enfants ont su qu'ils étaient dans le jeu. Ça les amusait beaucoup. A aucun moment ce qu'ils jouaient ne leur a posé problème. Ils ont pris immédiatement de la distance. C'était impressionnant mais assez naturel chez ces enfants : ils avaient été sélectionnés aussi sur cette capacité-là. Je suivais les enfants en dehors du tournage mais j'ai tenu à être présente à la fin de la scène du cimetière, lorsqu'on enterre la mère, pour voir comment se comportait Victoire (Ponette dans le film). Elle m'a vue, elle est venue vers moi, elle avait des traces de larmes sur le visage et elle m'a dit : "Tu ne t'inquiètes pas, c'est des larmes de film."
Les enfants savaient que j'étais là pour eux et non pour le film, qu'on pouvait arrêter le tournage à tout moment s'il y avait des problèmes et que ce n'était pas grave, car Doillon en ferait d'autres après, comme il en avait fait avant. On les avait déchargé de cette responsabilité, de cette culpabilité.
La difficulté d'un tel film pour les enfants était d'abord la séparation d'avec leurs parents, qui venaient les voir seulement le week-end. Mais le fait de mimer le deuil pouvait déclencher ou faire ressurgir des événements de leur histoire personnelle. Dans tous les entretiens que j'ai eu avec eux, ils ne m'ont jamais parlé du film, mais d'eux-mêmes, de leurs soucis, de leur vie."
"Ponette" de Jacques Doillon (1996)
Prix d'interprétation féminine pour Victoire Thivisol au festival de Venise (1996).