"Pendant les obsèques, on ne peut parler de l'après-mort qu'à travers la mort. Parce que s'il y a résurrection, c'est qu'il y a eu la mort du Christ, et cela il ne faut pas l'oublier". Pour Jacques Piquet, prêtre, il est clair que l'Eglise catholique ne peut se contenter de parler d'espérance pendant un enterrement, elle doit parler de la mort, de cette vie sur terre qui s'arrête. "Trop longtemps, souligne-t-il, on a eu tendance à ne parler que de l'au-delà, comme seule réponse au mystère de la mort, sans trop faire attention à l'auditoire, écrasé par la douleur. Auditoire qui, de plus aujourd'hui, croit de moins en moins." Peut-être justement parce que cette réponse à l'affliction de la perte d'un être cher ne suffit pas.
Ce souci d'être aujourd'hui plus entendu et mieux compris, Françoise Guillin, aumônière catholique à l'hôpital de Nîmes, le vit tous les jours au cours des funérailles qu'elle célèbre. Un moment toujours difficile auquel elle ne s'habitue pas. Pour elle, il s'agit avant tout d'être en communion avec les familles et les proches du défunt. Chaque cas est traité de façon particulière. Si elle sent les gens enfermés dans la douleur, en pleine révolte, pas question de plaquer des paroles doctrinales sur la résurrection. "De toute façon, ils n'entendent pas, dit-elle. Ce qui prime, c'est d'aider ceux qui restent". Sa célébration se déroule généralement en deux temps. Elle va d'abord parler au défunt, lui rendre et lui conserver sa dignité de personne, "puisqu'il continue d'exister en chacun de nous". Elle l'interpelle et lui dit adieu, ce qui va ensuite aider les familles à dire aussi adieu, à commencer à faire leur deuil, pour pouvoir continuer à vivre.
"C'est assez étonnant d'ailleurs, renchérit
Frédérick Verspeeten, pasteur de l'Eglise réformée
de Lille. Quand on parle de la mort dans les cérémonies, c'est
avec des paroles de vie. Nous sommes là pour accompagner les familles."
En tant qu'homme d'église, il est également convaincu que
"on ne peut pas construire du sens à la place des gens".
Par un discours clair, ce pasteur s'attache à aider les personnes,
à leur donner certains repères en leur parlant de la Bible,
de l'espérance après la mort. Il les amène à
réfléchir, en essayant de ne rien imposer. Ainsi, estime-t-il,
les familles se sentent respectées. "Ce sont des pistes qu'ils
garderont ou pas, qui les aideront pour plus tard, au seuil de leur propre
mort, lorsque tout un chacun refait son propre itinéraire. Ils les
réinterprèteront à leur façon. Car face à
la mort, on est toujours seul."