N°10
 
 
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L'Etat civil à l'hôpital
Bien plus qu'une mission administrative


Allier une compétence administrative à un soutien humain, tel est le rôle que se fixe Yveline Bermont, quand elle reçoit une famille endeuillée, au bureau de l'Etat civil de l'hôpital Bichat

L'hôpital est un de ces lieux où se croisent la vie et la mort. Ainsi, chaque année, à Paris, le groupe hospitalier Bichat-Claude Bernard compte ses décès et ses naissances ; près de 1000 morts et 2000 naissances par an. Depuis 10 ans, Yveline Bermont y est chargée de l'accueil des familles qui viennent de perdre un proche. Ils sont deux à s'occuper ainsi du bureau d'Etat civil de l'hôpital, une création souhaitée par l'Assistance Publique pour faciliter les démarches administratives après un décès. "La famille nous est envoyée par le service dans lequel le patient est décédé. Souvent, c'est en arrivant chez nous que les gens prennent réellement conscience de ce qui s'est passé. Alors, souvent, leur première réaction est de se laisser aller, en parlant de ce qu'ils viennent de vivre. Notre rôle, c'est de les écouter. En général, quand la famille quitte notre bureau, elle se sent moins isolée."

Yveline Bermont va ainsi les guider dans les différentes démarches administratives qu'ils doivent effectuer. Un appui particulièrement précieux car "lorsque l'on perd un proche, il est difficile de se mobiliser sur des papiers. Et beaucoup sont confrontés à cette situation pour la première fois. Ils ont donc besoin d'être conseillés." Pour aider les familles, l'Assistance Publique a édité une brochure d'informations reprenant les principales formalités consécutives à un décès et nécessaires à l'organisation des obsèques.

Le bureau d'Etat civil se charge d'obtenir, auprès de la mairie du XVIIIème arrondissement, dont dépend l'hôpital Bichat, l'acte de décès qui permettra à la famille d'entamer les procédures auprès des différents organismes, comme la Sécurité Sociale, les Caisses de retraite ou l'employeur. Pour cela, Yveline Bermont fait d'abord remplir un certificat de décès au médecin responsable du service où se trouvait le patient, puis se déplace à la mairie pour déclarer le décès. Là, l'officier d'Etat civil dresse l'acte de décès, seul document officiel valable. Toute cette démarche doit être effectuée dans les 24 heures suivant le décès. Le bureau d'Etat civil de l'hôpital est donc ouvert 7 jours sur 7, de 7 heures 30 à 15 heures 30. Yveline Bermont insiste sur le savoir-faire nécessaire à son métier, car elle doit faire face à de nombreux cas particuliers : les décès d'étrangers dont le corps est rapatrié dans leur pays d'origine, les affaires judiciaires pour lesquelles il ne sera pas délivré de permis d'inhumer, ou encore les accidents sur la voie publique et les accidents du travail qui constituent un obstacle médico-légal au déroulement des opérations funéraires.

Toute la qualité de son travail, Yveline Bermont la voit dans l'exigence d'allier des compétences administratives à une approche humaine. "Nous accompagnons aussi la famille jusqu'à la chambre mortuaire où a été déposé le corps, puis au bureau des successions, où elle pourra récupérer tous les effets personnels du patient. Et les gens ont toujours la possibilité de nous rappeler ou de venir nous voir, s'ils ont des questions auxquelles ils n'avaient pas pensé sur le moment."
Alors, même si elle avoue ne pas avoir choisi réellement ce métier, ni avoir suivi de formation à l'écoute, Yveline Bermont apprécie son travail, garde la distance nécessaire, tout en reconnaissant que "dans certains cas, la tension peut être extrême"... Et elle sourit quand une des personnes qu'elle reçoit lui confie : "Je ne pourrais vraiment pas faire ce que vous faites."