Les aides à domicile
Au service des personnes âgées
" Ce sont des personnes surprenantes, elles cachent souvent leurs
problèmes, elles ne parlent pas. Ce n'est qu'au bout d'un certain
temps qu'elles acceptent d'être aidées ; l'important c'est
de les respecter. " Voilà les premières remarques
qui viennent à l'esprit de Françoise Manti et de Claire
Herlant, aides à domicile intervenant auprès de personnes
âgées, lorsqu'on les interroge sur leur métier.
Ménage, courses, repas, toilette
Au-delà de ces
menus travaux du quotidien, les aides à domicile représentent
bien davantage, une présence, une sorte de permanence indispensable
auprès de la personne. Elles font souvent le lien avec la famille.
Attentives à tout changement d'humeur, à toute modification
de l'état général de leurs protégés, elles peuvent alerter le médecin traitant en cas de besoin. En
un mot, elles sont là.

Claire Herlant s'occupe depuis deux ans d'une dame de 74 ans, veuve
et mère de deux garçons (dont l'un vit avec elle), devenue
subitement dépendante avec perte de la parole à la suite
d'une attaque. Claire Herlant se souvient de la première rencontre.
" Les fils étaient désemparés. Leur mère
avant sa maladie était une femme indépendante, très
forte. Là, ils ne savaient plus quoi faire, c'était très
difficile pour eux de la voir aussi diminuée
Cette femme, j'avais l'impression qu'elle se laissait aller, qu'elle se laissait
partir. Alors, comme je le fais toujours, pour prendre pied dans cette
famille, nouer le contact avec la personne, et finalement pouvoir faire
mon travail, je leur ai demandé de me parler d'elle, pour comprendre
un peu qui elle était. J'ai aussi posé des questions pour
savoir ce qu'elle aimait. " La couture et la musique, lui répond-on.
Quand elle arrive chez un nouveau " patient ", Claire Herlant
aime bien faire le tour de la maison, pour se rendre compte à
qui elle a affaire, pour pouvoir prendre ses marques. Puis, elle explique
aux proches comment ils vont s'organiser ensemble pour que cela marche.
" Là, ce sont des hommes, c'est vrai qu'ils se reposent
beaucoup sur moi. Mais, le soir et le week-end, ce sont eux en principe
qui s'occupent de leur mère. Il leur arrive parfois de m'appeler
le dimanche pour un problème. J'y vais bien sûr, mais je
fais en sorte de les impliquer, de les mettre au diapason. Ce n'est
pas ma mère, c'est la leur. " Dès la deuxième
visite, Claire Herlant est venue avec un transistor et des travaux de
couture. Le contact s'est ainsi noué petit à petit. "
Au bout de quatre mois, ça y était. " Quand la dame
est en forme, elles sortent, vont voir des amis : " Elle a un sourire
superbe, vous savez ". Et surtout, pas de pitié mal placée, " je suis dure parfois, je lui dis quand ça ne va pas, on
s'explique et après elle me confie son problème ".
Après une première expérience qu'elle qualifie
de " désastreuse ", Claire Herlant sait que, pour réussir, il lui faut trouver sa juste place : faire son travail, ne pas se substituer
à la famille et écouter. Son expérience, elle la
puise dans sa propre histoire : c'est elle qui a suivi et soigné
ses parents jusqu'au bout. Pour Françoise Manti, c'est aussi
la vie familiale qui a déterminé le choix de ce métier.
" Je me suis toujours occupée de ma grand-mère, nous
sommes d'origine italienne et tous très unis, raconte-t-elle.
J'aime les personnes âgées, j'aime rendre service. "
Un diplôme de coiffure en poche, c'est vers les services d'aide
à domicile pour les personnes âgées qu'elle s'est
tout de suite tournée.
Avec douze personnes à visiter toutes les semaines, Françoise
Manti côtoie des situations extrêmement différentes.
" Je m'occupe d'une dame de 84 ans qui a deux enfants, mais qui
ne veut surtout pas dépendre d'eux. Alors elle compte sur moi.
Mais moi, je ne suis qu'une intervenante extérieure. Alors, quand
il faut aller chez le médecin par exemple, je la préviens, c'est normal par respect pour elle, je lui dis que je vais en parler
à ses enfants qui vont l'accompagner. " Douceur, simplicité
et extrême discrétion, c'est ainsi que Françoise
Manti aide ses différents malades. " Je me sens toujours
bien accueillie et j'essaie de comprendre qui est en face de moi, ce
que la personne attend de moi. " Une dame délaissée
par ses enfants, un monsieur tout seul, sans famille, une autre dame
" qui perd un peu la tête et qui voit mal ", tous avec
des vies particulières, tous à apprivoiser. " Au
bout de plusieurs mois, ils osent dire leurs malheurs, ils parlent de
la mort. Ils se sentent inutiles. Moi, j'écoute. " Parfois
certains enfants refusent de voir la maladie chez leurs parents. Françoise
Manti sent qu'ils ont peur, qu'ils n'admettent pas que leur mère
ou leur père soit devenu quelqu'un d'autre. Quand ils sont là, elle se fait très discrète, et c'est plutôt avec
le médecin ou l'infirmière qu'elle parle de l'état
de santé de la personne. Le plus difficile pour elle, c'est de
sentir une famille désunie, des enfants intéressés
par l'héritage et la personne âgée pas respectée.
" C'est injuste. On a besoin d'elles. Elles ont leur place ici.
Elles ont une expérience que l'on n'a pas. Elles me conseillent
parfois, elles me guident. "
Laure Siaud
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