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La souffrance n'est pas une fatalité "
Nom
: Wouters. Prénom : Bernadette. Nationalité : Belge. Profession
: enseignante/infirmière en soins palliatifs. Signes particuliers
: combat tous les clichés sur la douleur et veut révolutionner
les mentalités des soignants.
"
J'ai vu un homme de 50 ans roulé en boule au fond de son lit, comme un enfant. Je me souviens de lui à moitié étranglé
par le fil de sa perfusion à force de chercher la position qui
le soulagerait. C'était au printemps, dans un hôpital belge.
Je suis infirmière, je constate que les médecins ignorent
la douleur. Les médecins ne sont jamais dans les chambres quand
les patients meurent. " L'évocation des cris de certains
cancereux n'assombrit pourtant pas la clarté du regard de Bernadette
Wouters. Ses paupières ne cillent pas lorsqu'elle vous convainc
que la souffrance n'est pas une fatalité. De cette détermination, elle a fait sa raison d'être et son métier.
Licenciée en Sciences Hospitalières et Médico-Sociales, elle enseigne les soins palliatifs à Bruxelles et à Louvain-la-Neuve.
Les cours théoriques qui s'étalent sur six mois, pour
un total de 140 heures, s'adressent aux infirmières diplômées.
Des médecins s'y inscrivent également, ainsi que des kinésithérapeutes, des assistantes sociales, des psychologues... attirés par un
programme couvrant différents aspects du vaste champ des soins
palliatifs : médecine, droit, déontologie, psychologie, spécialités enfants et sida, éthique, etc. "
Au début, en 1988, les professionnels de santé ignoraient
tout du contenu, raconte Bernadette Wouters. Certains en ressortaient
cassés au point de remettre leur pratique en question. Ils découvraient
qu'ils étaient passés à côté de la
possibilité de soulager le malade. Je les rassurais : on est
tous passés par là, moi comme les autres. "

1981 : première prise de conscience. Bernadette Wouters a 28
ans. De la bouche de Thérèse Vannier - l'un des précurseurs
en soins palliatifs - venue donner une conférence dans l'école
où elle enseigne, elle apprend qu'il existe des solutions pour
soulager la douleur
en Angleterre. Elle qui en a assez d'entendre
les cris des patients, qui ne connaît qu'un mot, efficacité, traverse aussitôt la Manche pour recevoir une formation. L'utilisation
de la morphine ne l'effraie pas ; 15 mois au Cameroun, sans électricité, sans médecin, ont démystifié les gestes médicaux.
De retour en Belgique, elle s'intéresse, dans l'institution où
elle accompagne les étudiants en stage, au service de cancérologie
et décide de préparer son mémoire de Licence sur
le contrôle de la douleur des cancéreux en phase terminale.
Pendant un an, étrangement, aucun mourant. On les lui cache.
En 1983, premier traitement à la morphine : les infirmières
constatent progressivement les bienfaits des antalgiques. Sept médecins, dont un orthopédiste, un pneumologue, un chirurgien, se rallient
à ses méthodes. Le mémoire terminé, elle
considère, d'un point de vue éthique, qu'elle ne peut
s'en tenir là. En 1986, elle travaille toujours en gériatrie
- oncologie. Nouvelle interrogation sur la mort, nouvelle rencontre
avec les Anglais. La fondation caritative britannique dédiée
aux soins palliatifs, Macmillan Cancer Relief Fund, lui paie 15 jours
de cours, un mois de stage et le séjour. Forte de ses connaissances, elle participe à l'élaboration d'un programme de formation
destiné aux soignants professionnels.
Depuis 1988, ils sont plus de 1 000 soignants à avoir été
formés par Bernadette Wouters.
Aujourd'hui, l'infirmière est-elle satisfaite d'exercer dans
le seul pays d'Europe pourvu d'une structure de soins palliatifs - 400
lits au total - répartie sur tout le territoire ? Dans une Belgique
qui octroie à la famille et aux proches des allocations et des
congés afin de leur permettre d'accompagner, à leur domicile, de personnes en fin de vie ? La situation nationale apparaît privilégiée, mais la vision que les professionnels ont de la douleur ne correspond
à rien. Désormais, elle veut s'attaquer à la douleur, toutes les douleurs, les aiguës comme les chroniques, sur toutes
les classes d'âge, en prévention et dans ses différents
modes de traitements. Son prochain mémoire - DU d'éthique
de la Santé - préparé à l'université
de Lille, devrait répondre à la question suivante : Faut-il
donner du temps au soignant pour changer les mentalités sachant
que les malades souffrent aujourd'hui ? La réponse et le diplôme
en poche, elle lancera d'ici trois ans une formation en éthique.
" Les soignants ont été éduqués à
être les décideurs et ne sont pas habitués à
entendre l'avis du malade. On parle d'effets secondaires d'un médicament
mais on ne parle jamais des effets d'une douleur mal soignée.
La douleur non soulagée peut renforcer la peur de la mort chez
les personnes âgées et les patients cancéreux, rendant
l'accompagnement psychologique plus difficile. La dépression
peut résulter également des échecs successifs à
soulager la douleur, de la perte de confiance et d'estime de soi, du
sentiment qu'il n'y a plus de futur. "
Sans les chercher, Bernadette Wouters trouve de nombreuses occasions
de se fâcher : " Si aucune réflexion n'est menée
sur la douleur, c'est que l'on manque de raisonnement éthique
". Il existe pourtant, selon elle, tous les médicaments
et une panoplie de traitements, l'hypnose notamment, qui permettent
de la soulager. Derrière l'enseignante, c'est encore l'infirmière
qui pense et réagit: " Les médecins soulèvent
la chemise de nuit, mais c'est nous qui tournons les malades. C'est
nous qui prodiguons les soins. Quand les patients ont mal, c'est nous
qui leur faisons mal. "