N°13
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«Célèbres dans la vie, célébrés dans la mort»

Emouvant, farfelu, excessif… La célébrité de certaines personnalités donne lieu dans la mort à une idolâtrie parfois surprenante. Les admirateurs se livrent alors à un culte assidu et démonstratif, sans commune mesure avec le culte du souvenir d’un proche tel qu’il est traditionnellement pratiqué dans les cimetières. Visite guidée.

Père Lachaise, cimetière du Montparnasse et cimetière de Montmartre, à eux trois ces lieux rassemblent bon nombre de sépultures de personnages célèbres. Celles-ci reçoivent de fréquentes visites d’admirateurs dont le nombre témoigne d’une popularité restée intacte quand elle n’a pas grandi par delà la mort. Ainsi les célébrités sontelles toujours admirées par leur public qui, parfois, perpétue et entretient leur culte et, par là même, leur mémoire, de génération en génération. Fan clubs, sociétés de production, fondations anonymes, l’entretien des sépultures est souvent assuré au-delà des familles et des proches. Parfois très discrètement, notamment pour les grands noms de l’industrie, les sépultures sont fleuries et nettoyées cinq à six fois par an par contrat. Rien de tout cela en revanche pour la tombe de Dalida. Au cimetière de Montmartre, ce sont les fans qui entretiennent le monument dressé à la mémoire de la chanteuse en veillant à ce qu’il n’y ait pas de débordements dans le culte post mortem voué à leur idole. Au cimetière du Montparnasse, Gainsbourg reçoit lui aussi la visite quotidienne de ceux qui l’ont aimé mais c’est au Père Lachaise que les rituels les plus émouvants, voire les plus insolites, sont observés. Star durant sa vie, c’est aussi être star après la mort. Ainsi, la tombe du chanteur américain Jim Morrisson attire tellement de monde qu’il a fallu modérer l’enthousiasme de ses admirateurs par la présence permanente d’un gardien depuis que le buste du leader des Doors a été volé. En plus des hommages rendus par ses fans, sa tombe est fleurie de façon anonyme et discrète depuis les Etats-Unis, chaque année, le jour anniversaire de sa mort. La sépulture d’Allen Kardec donne lieu, quant à elle, à bien d’autres cultes. Figure dominante du spiritisme au XIXe siècle, il draine toujours depuis son tombeau un flot ininterrompu d’anonymes qui viennent en ces lieux célébrer leurs croyances.

Les amoureux, parfois illégitimes, préfèrent se retrouver près du tombeau d’Héloïse et Abelard ; les romantiques près de celui du poète Gérard de Nerval ou du pianiste Frédéric Chopin… Plus surprenant, certaines tombes donnent lieu à des rituels de fertilité. Le gisant du journaliste Victor Noir, saisissant de réalisme, se voit ainsi honoré de façon très singulière par des admiratrices en mal de fécondité ! Les idéaux sont eux aussi célébrés au Père Lachaise qui accueille des symboles forts auprès desquels bon nombre de visiteurs viennent se recueillir. Parmi eux, les monuments dressés en mémoire des victimes de la déportation et le mur des Fédérés forment un ensemble impressionnant. Les leaders politiques comme le héros arménien Antranik ou le hongrois Imre Nagy voisinent ici avec l’anarchiste Blanqui… Peintres, romanciers, poètes et artistes leur donnent la réplique et le fleurissement de leurs tombes témoigne en quelque sorte de leur postérité. Par ailleurs, certaines personnalités abordent la question de leur propre sépulture de leur vivant. Ainsi, l’écrivain et collectionneur d’art Daniel Cordier (La république des catacombes), qui fut le secrétaire de Jean Moulin, a-til décidé des plans du caveau qui l’accueillera à sa mort. Ce passionné a fait construire sa pyramide au Père Lachaise, un monument sous lequel toute sa famille sera regroupée dans une certaine forme d’éternité.