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«Célèbres dans la vie, célébrés
dans la mort»
Emouvant,
farfelu, excessif… La célébrité de certaines
personnalités donne lieu dans la mort à une idolâtrie
parfois surprenante. Les admirateurs se livrent alors à un culte
assidu et démonstratif, sans commune mesure avec le culte du souvenir
d’un proche tel qu’il est traditionnellement pratiqué
dans les cimetières. Visite guidée.
Père Lachaise, cimetière du Montparnasse et cimetière
de Montmartre, à eux trois ces lieux rassemblent bon nombre de
sépultures de personnages célèbres. Celles-ci reçoivent
de fréquentes visites d’admirateurs dont le nombre témoigne
d’une popularité restée intacte quand elle n’a
pas grandi par delà la mort. Ainsi les célébrités
sontelles toujours admirées par leur public qui, parfois, perpétue
et entretient leur culte et, par là même, leur mémoire,
de génération en génération. Fan clubs, sociétés
de production, fondations anonymes, l’entretien des sépultures
est souvent assuré au-delà des familles et des proches.
Parfois très discrètement, notamment pour les grands noms
de l’industrie, les sépultures sont fleuries et nettoyées
cinq à six fois par an par contrat. Rien de tout cela en revanche
pour la tombe de Dalida. Au cimetière de Montmartre, ce sont les
fans qui entretiennent le monument dressé à la mémoire
de la chanteuse en veillant à ce qu’il n’y ait pas
de débordements dans le culte post mortem voué à
leur idole. Au cimetière du Montparnasse, Gainsbourg reçoit
lui aussi la visite quotidienne de ceux qui l’ont aimé mais
c’est au Père Lachaise que les rituels les plus émouvants,
voire les plus insolites, sont observés. Star durant sa vie, c’est
aussi être star après la mort. Ainsi, la tombe du chanteur
américain Jim Morrisson attire tellement de monde qu’il a
fallu modérer l’enthousiasme de ses admirateurs par la présence
permanente d’un gardien depuis que le buste du leader des Doors
a été volé. En plus des hommages rendus par ses fans,
sa tombe est fleurie de façon anonyme et discrète depuis
les Etats-Unis, chaque année, le jour anniversaire de sa mort.
La sépulture d’Allen Kardec donne lieu, quant à elle,
à bien d’autres cultes. Figure dominante du spiritisme au
XIXe siècle, il draine toujours depuis son tombeau un flot ininterrompu
d’anonymes qui viennent en ces lieux célébrer leurs
croyances.
Les
amoureux, parfois illégitimes, préfèrent se retrouver
près du tombeau d’Héloïse et Abelard ; les romantiques
près de celui du poète Gérard de Nerval ou du pianiste
Frédéric Chopin… Plus surprenant, certaines tombes
donnent lieu à des rituels de fertilité. Le gisant du journaliste
Victor Noir, saisissant de réalisme, se voit ainsi honoré
de façon très singulière par des admiratrices en
mal de fécondité ! Les idéaux sont eux aussi célébrés
au Père Lachaise qui accueille des symboles forts auprès
desquels bon nombre de visiteurs viennent se recueillir. Parmi eux, les
monuments dressés en mémoire des victimes de la déportation
et le mur des Fédérés forment un ensemble impressionnant.
Les leaders politiques comme le héros arménien Antranik
ou le hongrois Imre Nagy voisinent ici avec l’anarchiste Blanqui…
Peintres, romanciers, poètes et artistes leur donnent la réplique
et le fleurissement de leurs tombes témoigne en quelque sorte de
leur postérité. Par ailleurs, certaines personnalités
abordent la question de leur propre sépulture de leur vivant. Ainsi,
l’écrivain et collectionneur d’art Daniel Cordier (La
république des catacombes), qui fut le secrétaire de Jean
Moulin, a-til décidé des plans du caveau qui l’accueillera
à sa mort. Ce passionné a fait construire sa pyramide au
Père Lachaise, un monument sous lequel toute sa famille sera regroupée
dans une certaine forme d’éternité.
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