N°13
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Opinion

 

 
 
 
 
 

 

Portées par les valeurs humanistes, la liberté de choisir ses funérailles et la législation de la crémation s’inscrivent dans le combat des grandes lois sur les libertés publiques qui marquent le début du XXe siècle. Dans un domaine aussi sensible que celui de la mort, longtemps occulté dans notre société, empreint de tradition et de religion, ce choix est demeuré dans la confidentialité. La légalité de la pratique, associée au souci d’égalité face à la mort, a déterminé l’engagement des crématistes, soucieux de faire évoluer les mentalités. Parallèlement, et paradoxalement, l’évolution de la position de l’Eglise catholique romaine en 1963 ouvrait naturellement le champ sociologique de la pratique crématiste. Si, jusque dans les années 1970-80, opter pour la crémation avait vocation à provoquer ou à se démarquer, les motivations ont beaucoup évolué. Il existe à l’origine de ce choix une dimension presque universaliste qui draine dans son sillage des aspirations profondes à la liberté, à la dignité et au respect. Ce respect est indissociable de l’intérêt altruiste constant des crématistes pour l’environnement. L’alternative proposée, inhumation ou crémation, a permis aussi à la parole de circuler. De ce fait, ce sujet tabou sort progressivement de l’anonymat. On ose parler de la mort ; on ose parler de sa mort. Si le choix crématiste demeure, de façon générale, une démarche individuelle, il n’en est pas moins affirmé, explicité, validé, ou au contraire refoulé, dans le cadre familial. Dans tous les cas, le dialogue, l’explication ou, pour le moins, l’information sont nécessaires au sein de la famille ; la parole se révèle indispensable et fédératrice. En quarante ans, nos attitudes face à la mort se sont considérablement modifiées. La progression de la crémation l’illustre parfaitement. Soyons bien conscients cependant que les perspectives d’évolution restent dépendantes des préoccupations essentielles exprimées par nos concitoyens et des réponses apportées par la sphère collective : respect des volontés, liberté de disposer des cendres, accompagnement, soutien, ritualisation de la crémation, proximité des crématoriums. Maurice Thoré, Président de la Fédération Française de Crémation (FFC), membre du Conseil National des Opérations Funéraires (CNOF)