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Portrait |
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Elle conte comme elle respire Gigi Bigot"Parodiant Frisoni à propos de la culture, Gigi Bigot pense que les hommes ont inventé les contes pour ne pas laisser aux dieux l’exclusivité de la création."
Il y a aussi Eugénie, belle comme on disait chez nous d’une fille qu’elle était belle. Pas le genre Jane Birkin ou catalogue de La Redoute… Elle tisse des orties, elle dit que l’amour, ça n’use pas la vie… Et puis il y a ce vieux qui fleurit la tombe de sa femme aves des fleurs de pissenlit. Ça remonte à quand il était petit… Loin d’être un chant funèbre, le spectacle C’est drôle la vie parle au contraire de la mort, du deuil et de l’absence d’une manière drolatique parfois, poétique souvent, pittoresque toujours. Son auteur, Gigi Bigot, est une conteuse passionnée. Originale et mordant la vie à pleines dents, elle invente pour un public qui en redemande chaque année depuis 1992 des histoires qui font rire aux larmes ou pleurer aux éclats mais, qui toujours, touchent et émeuvent. «C’est normal, c’est ça la vie..., constate-t-elle. Et si l’on parle de la mort dans mes contes, c’est parce qu’elle fait aussi partie de la vie. Si les hommes ont inventé les contes, c’est pour jouer à être plus fort que la mort et à intégrer le mystère de la vie. C’est vrai en particulier en Bretagne où tant de dangers guettent les marins et où, en attendant les hommes partis en mer, l’imagination allait bon train… Au-delà de cette culture bretonne, beaucoup de contes, quelle que soit leur origine, abordent ce thème de la mort et surtout de l’après-mort.» Légendes de son pays et des contrées lointaines, histoires de sa famille, récits de ses amis et connaissances… Gigi Bigot tricote habilement cette matière première riche et diverse pour conter aux grands et aux plus jeunes des histoires uniques, drôles et émouvantes. Ainsi quand dans C’est drôle la vie, elle met en scène la mort de la petite Dodik, elle reprend l’oraison funèbre prononcée par ses amis agriculteurs lors de l’enterrement de leur petit garçon : «Mathieu, le petit paysan est parti labourer le ciel…». Tout inspire cette conteuse de talent. Le vrai et le faux, le vécu et l’imaginaire, tout est prétexte à parler de la vie donc de la mort, mais aussi de la mort donc de la vie. C’est simple et profond, des petites joies qui s’additionnent aux grandes peines. Ainsi naît le conte dans lequel chacun va se retrouver. «Les contes existent pour nous permettre de repousser les limites de la réalité, dit-elle. Notre imaginaire nous permet de sauter toutes les barrières.» Et son gars Pierre Lesaint de rajouter : «C’est carrément thérapeutique…» Des histoires simples et profondes comme la vie«Parfois, les gens viennent me voir à la sortie de mes spectacles. Des parents qui ont perdu un enfant me disent que mes histoires font écho à ce qu’ils ont vécu. Cela me bouleverse de pouvoir ainsi accompagner les gens, assure la conteuse. Tant il est vrai qu’il n’y a rien de plus injuste, qu’il n’y a pas de plus grand drame que la mort d’un enfant. Mais que l’on se souvienne d’un conte de Grimm où un petit enfant mort revient un bref instant dans la vie de sa mère, juste pour lui souffler à l’oreille : «Arrête de pleurer, maman, et continue ta vie ; laisse moi en paix maintenant, tes pleurs et ta peine m’empêchent de dormir. On a tous besoin de douceur et de poésie dans notre vie, l’imaginaire a un rôle majeur à jouer face à la mort et à la douleur de la séparation. C’est sans doute la finalité et l’art du conte de faire passer ces messages, de dire plus que les simples mots de la réalité. Et chaque spectateur entend et goûte au spectacle à sa façon, il prend ce qui lui convient, à ce moment précis de sa vie, fort de sa propre histoire.»
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