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CITE/ CONFRERIE DES CHARITABLES


Pour que personne ne meure seul


Dans plusieurs communes du nord de la France, issues des temps noirs de la peste, les Confréries des Charitables accompagnent les défunts et leur famille.


Etrange confrérie. Si ancienne, et pourtant si actuelle dans ses missions. Nous sommes en 1188, Philippe-Auguste règne sur la France. Une épidémie de peste ravage le pays, des dizaines de personnes meurent chaque jour. Particulièrement touchés, l’Artois et la Flandre sont décimés. Par peur de la contagion, personne ne souhaite soigner les malades, ni même enterrer les morts. Les habitants se réunissent dans les églises et prient Saint-Eloi, le protecteur local, pour arrêter la progression de la maladie. Une nuit, Gautier et Germon, deux maréchaux-ferrants, l’un de Béthune et l’autre de Beuvry, font le même songe. Saint-Éloi leur demande de se rencontrer à la La procession à naviaux organisée chaque année source de Quinty, à la limite des deux communes afin de fonder une “karité” (charité ou confrérie) dont la mission sera d’enterrer les morts contagieux. Nulle crainte pour eux, leur affirme Saint-Eloi, “le fléau n’approchera point de vous ni de vos demeures.”


Les années et les siècles lui donneront raison. Ainsi naissent les Charitables, le plus ancien des mouvements associatifs de France, qui assurent bénévolement l’enterrement des morts de leurs propres communes et de quelques communes voisines quels que soient la confession et le rang social du défunt. La Confrérie se charge de donner du pain aux pauvres, des soins aux malades, de consoler les mourants, d'ensevelir les morts et de leur donner une sépulture. Gautier et Germon sont bientôt épaulés par certains de leurs concitoyens et, alors que la peste régresse et finit par disparaître grâce à leur action, les Karitaules poursuivent leur mission. Jusqu’à aujourd’hui…

A l’heure de la mort, nous sommes la famille qu’ils n’ont plus


“Notre rôle est d’être aux côtés du défunt et de sa famille, s’il en a une, jusqu’au dernier moment, au cimetière, au salon funéraire ou à l’église si une cérémonie religieuse est prévue, explique Jean-Marie Werquin, prévôt de la Confrérie de la Bassée, village situé à une vingtaine de kilomètres de Lille. Si, au départ, les Charitables s’occupaient véritablement des corps des défunts, nous sommes maintenant davantage des accompagnateurs. Que nous connaissions ou non les personnes, nous sommes là pour leur dire que, même dans la mort, elles ne sont pas seules. Accompagnateurs aussi de la famille, si elle le souhaite bien sûr, pour les prières, l’organisation des funérailles, porter le cercueil si besoin. Pour les pauvres et les indigents, ceux qui meurent seuls et abandonnés de tous, dans les derniers instants de leur passage sur terre, nous sommes la famille qu’ils n’ont pas, ou qui les a oubliés.”
La Confrérie de La Bassée a été créée en 1683. Elle est aujourd’hui unique dans le département du Nord. 49 confréries sont actives dans le Pas-de-Calais et des mouvements similaires existent en Normandie et en Belgique. Comme toutes les confréries, ses ressources proviennent de dons. Elu par ses pairs pour dix ans à la tête de la Confrérie de la Bassée, composée de 26 hommes âgés de 39 à 97 ans, le prévôt Werquin souligne “qu’il n’y a pas besoin d’être religieux pour être charitable. Nous sommes là, sans juger ni imposer quoi que ce soit, simplement là parce que personne ne doit partir tout seul. A plus forte raison si on a été seul toute sa vie ou dans ses derniers instants…”

 

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