Niés dans la vie et longtemps niés dans la mort, les gens de la rue bénéficient aujourd’hui d’une reconnaissance post mortem : une cérémonie collective qui acte, en même temps que leur décès, leur appartenance à la communauté.
Tout est parti d’un grand coup de colère en 2002 : les personnes vivant dans la rue meurent en moyenne à 45 ans tandis que l’espérance de vie nationale atteint en moyenne 81 ans. Les gens de la rue, et les associations qui s’en occupent, décident alors de créer un collectif, Les Morts de la Rue, et de crier leur révolte. Ils commencent par éditer des faire-part deux fois par an qu’ils envoient aux politiques, aux médias, aux associations et aux amis. Un court document avec la liste des noms des personnes décédées et leur âge, parfois seulement “un homme, 42 ans”, car c’est tout ce qu’ils connaissent du défunt. Puis très vite, ils organisent des commémorations collectives en plein air, ouvertes à tous. Leur combat, c’est autant d’accompagner dignement dans leur dernière demeure les morts de la rue, que de faire en sorte que les conditions de vie des vivants s’améliorent. Ils dénoncent les soins “vétérinaires” dispensés aux personnes de la rue, l’intolérable accueil dans les foyers d’urgence : interdiction de recevoir un ami, de s’isoler, d’accrocher une carte postale au-dessus du lit, obligation de vider les lieux le matin à 8h… “Tout ce qui fait un être humain, finalement, est nié, résume Cécile Rocca, coordinatrice du collectif Les Morts de la Rue.
Au cimetière, c’était la même chose dans le carré des indigents : interdiction de poser une plaque avec un nom, de déposer une fleur.”
■Une prise en charge officialisée ■
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