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DOSSIER : LES MORTS OUBLIES


Sépultures à l’abandon / Une mémoire parfois encore vive


La gestion des cimetières est encadrée par tout un dispositif législatif. C’est la Ville qui en a l’autorité administrative et légale. Dans le cas de concessions à durée limitée, deux ans après l’échéance, le maire a toute autorité pour reprendre l’emplacement sans autre formalité, c’est-à-dire démontage du monument et transport des restes dans la sépulture commune. Dans les faits, dans la ville de Rennes par exemple, parce que ne se pose pas de problème de place, on attend au moins trois ans après l’échéance pour reprendre l’emplacement. Entre-temps, tout est fait pour retrouver les familles. Une plaque est apposée sur la tombe le mois qui suit l’échéance pour prévenir de l’imminence de la reprise, des affiches à l’entrée du cimetière avec les noms des familles concernées rappellent également la fin de la concession. Chaque année, la ville de Rennes reprend ainsi quelque 200 emplacements. Mais une fois la tombe reprise, il n’est pas rare que, quelques mois plus tard, des familles viennent réclamer et se plaindre, outrées de ce qui a été fait. “Chaque fois, c’est la même réaction très vive, raconte Patrice Quénaud, de la mairie de Rennes, en charge des questions funéraires. Alors que les familles ne venaient plus sur la tombe et que cette dernière était à l’abandon, elles sont offusquées. Nous nous occupons de nos morts, vous n’aviez pas à toucher à la tombe de nos ancêtres, nous disent-elles.” Une tombe à l’abandon ne signifie pas en effet que le défunt soit oublié. Dans le cas de concessions perpétuelles, il arrive qu’après 200 ans, il y ait extinction de la famille. En règle générale, pour Patrice Quénaud, les gens restent très attachés au cimetière, à ce lieu de mémoire immuable, que la tombe soit entretenue ou pas. “Sans pour autant se rendre sur place, ils savent que leurs morts sont enterrés là, explique-t-il. Ils savent que s’ils le souhaitent, ils pourront toujours venir les retrouver là, se recueillir sur la tombe, lire les épitaphes. Il y aura toujours une trace.”


Ce n’est pas toujours le cas en revanche avec la crémation lorsque les cendres ont été dispersées en pleine nature. Avec le temps, l’emplacement est parfois difficilement reconnaissable, les traces se perdent, le recueillement doit se faire alors autrement, sans le support d’un lieu. Sur l’ensemble des concessions reprises par la Ville, certains monuments funéraires ne sont pas démontés, soit parce qu’ils présentent un intérêt culturel, historique, voire architectural, ou bien parce que la personne enterrée là était une personnalité importante. Ces monuments deviennent alors patrimoine de la ville. “Il est important de conserver ces traces de vie car un cimetière contient toute la mémoire d’une ville. C’est son histoire qui est inscrite là, explique Eliane Ammi, responsable du cimetière de l’Est à Rennes. Après les familles, c’est à la société d’entretenir leur mémoire.”


Les cimetières sont ainsi comme des livres d’histoire, ouverts à tous, promeneurs et familles. De petits signes viennent parfois le rappeler. Eliane Ammi a ainsi remarqué que, depuis quelques temps, sur toutes les tombes d’enfants du cimetière, dont certaines très anciennes, un anonyme vient régulièrement déposer des bonbons… ■

 

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