Rendez-vous Place de la Concorde, le 16 juin 2008 à 19h30, angle Avenue de la Reine, disait le faire-part. Quelque 200 personnes sont déjà là, dans les jardins à côté de l’Avenue des Champs-Élysées, la plupart un bouquet de fleurs à la main. Un peu plus loin, une estrade blanche, avec des pupitres et des micros. Sur tous les arbres alentour, de grands panneaux de papier blanc où sont inscrits des noms : Jean Nazaire, 52 ans ; Yves Guérin, 54 ans ; Yoann Letard, 30 ans ; un homme, 37 ans ; Xia Qing, 32 ans ; Elizabeth Zrebka, 45 ans, Philippe Paquet, dit Popeye, 38 ans…
Ce sont les 1 200 morts dans la rue recensés depuis 2002, depuis que le collectif Les Morts de la Rue existe. Aujourd’hui, la commémoration honore les morts de la rue des six derniers mois : 170 personnes. Leurs noms sont inscrits sur un cercueil de bois clair posé à l’écart. C’est Rost, un rappeur, qui monte le premier sur l’estrade. Il raconte que pendant son enfance assez misérable à Belleville, quelqu’un du quartier les a toujours aidés, lui et sa famille. C’était Mouloud, ouvrier du bâtiment, devenu son ami et qui, bien plus tard, après un licenciement, s’est retrouvé à la rue. “Mouloud est mort de froid l’hiver dernier sur une bouche d’égout de la rue Saint-Maur à Paris, dans le XIème arrondissement. Je veux lui rendre hommage.” La chanson de Rost est triste et combative à la fois, comme l’ensemble de la commémoration.
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