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DOSSIER : LES MORTS OUBLIES


Personnes sous tutelle : Apprendre à leur parler de la mort pour anticiper le moment venu


“On devrait toujours y penser, systématiquement, dès la première rencontre avec les personnes, pour ne pas être pris de court le jour de leur décès.” Fabienne Gilbert-Hue, gérante de tutelles privée, en est convaincue. Les personnes dont elle a la charge ne doivent pas partir seules, oubliées de tous, sans avoir dit ce qu’elles désiraient pour leurs obsèques. Elle a fait l’expérience des obsèques en solitaire : “c’était affreux”. L’une des premières personnes dont elle s’est occupée, est morte comme ça, brutalement, une semaine après leur première rencontre. “Je n’avais pas eu le temps de lui parler, elle n’avait pas souscrit de contrat obsèques, il n’y avait pas assez d’argent sur le compte pour des funérailles, elle était complètement seule, je ne savais pas quoi faire”, se souvient-elle. Elle appelle la mairie, l’entreprise des pompes funèbres, des obsèques sont organisées, la mairie prenant en charge la part manquante.

 


La personne est enterrée dans le carré des indigents. “Il n’y avait que moi, une aide-ménagère et une personne du service social de la mairie. Ça fait drôle. Surtout quand on se dit que cette personne a eu une vie, qu’elle a dû connaître des gens, avoir des amis. Et là, elle part seule, oubliée. On ne sait même pas si c’est ce qu’elle aurait souhaité comme enterrement.”
Depuis, Fabienne Gilbert-Hue est très vigilante. Une personne ne veut pas en entendre parler ? Elle insiste. Elle a appris à parler de la mort, elle le fait sur un ton léger, en reparle au besoin quelques jours plus tard, précise que ce sera exactement comme son interlo­cuteur le souhaite. “Finalement, l’idée fait son chemin et débouche en général sur la souscription d’un contrat de prévoyance.”


L’importance d’un tel contrat est d’autant plus nécessaire quand il y a mésentente dans la famille. Le tuteur prend alors les devants et permet à la personne d’exprimer ce qu’elle souhaite pour elle, même si, comme cela a été une fois le cas, les proches ne sont pas d’accord avec ses choix. La per­sonne en question ne voulait pas d’enterrement religieux mais souhaitait reposer dans le caveau familial dans la Somme. A charge pour le tuteur d’effectuer une recherche dans ce cimetière, de vérifier qu’il y a de la place, etc. C’est lui qui s’occupe de tout. Si la famille ne s’entend pas autour d’une personne qui n’a plus ses facultés mentales, c’est au tuteur aussi de tenter de mettre tout le monde d’accord pour les obsèques. Une responsabilité que Fabienne Gilbert-Hue n’appréhendait pas du tout quand elle a pris ses fonctions. “Je n’avais pas tellement pensé à ça, chaque cas est différent. Il faudrait être plus préparé pour parler de la mort”, conclut-elle. ■


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