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DOSSIER : LES MORTS OUBLIES


Des urnes “oubliées”, dont on ne sait que faire


“– Allo, bonjour, c’est le crématorium du Val-de-Bièvre… (silence) … Nous avons toujours l’urne… – Ah oui, c’est vrai… – Vous avez envisagé une solution ?… – Ben, j’attendais l’avis de la famille… C’est pas moi qui m’en occupe, c’est mon frère… J’étais souffrante… Je pensais que c’était résolu…”


Tous les jours, ou presque, Annie Dutouquet, responsable du crématorium du Val-de-Bièvre en région parisienne, mène ce type de conversations téléphoniques avec les familles ou les proches d’un défunt dont l’urne est entreposée provisoirement dans une salle du crématorium depuis l’incinération, en attendant qu’on vienne la chercher. “A mon arrivée il y a deux ans, il y en avait une soixantaine ! raconte Annie Dutouquet. Or, le crématorium n’est pas un cimetière, c’est important que les familles en prennent conscience.” Elle entreprend donc de joindre les proches et se heurte alors, plutôt qu’à un refus, à une gêne, une fuite, comme si les personnes ne souhaitaient pas “remettre ça”, revivre la souffrance des obsèques, avoir encore à faire face à une épreuve. Des morts qu’on préfèrerait oublier ? La réponse n’est pas aussi simple. Même si la crémation commence à entrer dans les moeurs, le devenir de l’urne ne va pas de soi, à l’instar de celui du cercueil que l’on enterre. Les proches sont, pour la plupart, désorientés, ne sachant quelle décision prendre. Parfois la situation est d’autant plus compliquée que la famille n’était pas à l’aise avec le choix de la crémation. Alors, le devenir de l’urne…


Annie Dutouquet a bien compris cela, elle explique alors les solutions possibles : les cendres peuvent être dispersées sur le site même du crématorium, les proches peuvent s’ils le souhaitent apposer les nom, prénom et dates du défunt sur une plaque pour une concession de 10 ans renouvelable… “Je les sens soulagés quand je leur propose des solutions : Oh oui Madame, faites-le, me disent-ils, poursuit Annie Dutouquet. C’est plus de la méconnaissance qu’une volonté d’abandon. Il reste un travail d’information très important à faire au moment des obsèques et de la crémation. Pour ma part, je mets toujours un point d’honneur à expliquer aux familles qu’il est nécessaire de terminer les choses, de prendre une décision quant au devenir des cendres, de clore le cheminement commencé lors des obsèques, que cela leur permettra de tourner la page et de reprendre le cours de leur vie de façon plus apaisée. Je suis très convaincue par cela et les gens m’écoutent, ils comprennent ce que je veux dire”.

 

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