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DOSSIER : LES MORTS OUBLIES/COLLECTIF DIGNITE CIMETIERE


Par delà la mort, ranimer le “vivre ensemble”


Révolté par le sort réservé à la dépouille des défunts sans ressources, le collectif rennais Dignité Cimetière a obtenu de la Ville et de la société tout entière que soient garantis à chacun une sépulture et des obsèques dignes, à l’image des autres citoyens.

 


Avant, quand un copain de la rue mourait, il était enterré dans le carré gratuit, le carré des indigents, avec un numéro, celui de la concession. Un numéro, c’est tout, comme en prison. Ça n’allait pas.”
C’était il y a plus de dix ans. Patrick Gallen vivait dans la rue à Rennes depuis 16 ans. Avec deux autres copains, il en parle à Jean-Claude Guillet, prêtre ouvrier, un ami qui les côtoie régulièrement. Et ensemble, ils décident de créer une association, le collectif Dignité Cimetière, et de prendre contact avec le maire de Rennes de l’époque, Edmond Hervé. Car ce sont les communes qui sont responsables de la gestion administrative des obsèques et de l’organisation des funérailles des personnes sans ressource décédées sur leur territoire.
Les membres de Dignité Cimetière exposent leurs idées. Ils souhaiteraient qu’une croix blanche soit apposée sur la tombe avec les nom, prénom, date de naissance et date du décès de la personne. Ils demandent ensuite qu’une dalle soit posée sur la tombe, afin que cette croix ne soit pas plantée en pleine terre. “Pour nous, c’était l’identité du défunt qui comptait le plus, se souvient Patrick Gallen. Tout être humain a droit à une sépulture et à des obsèques dignes, celui qui a de l’argent comme celui qui n’en a pas.”

Comme si la société voulait réparer les oublis du passé


La Ville signe une convention en ce sens, en 2002, avec les Pompes Funèbres Générales. Un service Solidarité voit le jour. Il garantit un cercueil capitonné, une présentation dans la maison funéraire pour le recueillement, un convoi avec deux agents en tenue, la pose d’une dalle et d’une croix blanche mentionnant l’identité de la personne.
“La Ville s’est beaucoup engagée. On est passé d’un seul coup de l’oubli à l’hommage, comme si la société voulait réparer le passé, explique Bruno Robin, responsable des PFG de Rennes. De notre côté, nous avons aussi été solidaires. Outre le service Solidarité rendu à un coût symbolique, nous avons institué le service Essentiel pour les personnes sans famille, mais qui ont quelques ressources. Pour un prix modique, nous leur garantissons des obsèques dignes. Il nous est déjà arrivé, poursuit Bruno Robin, de n’être que quatre présents à un enterrement, notre équipe et deux autres personnes. Nous nous sommes recueillis ensemble. Nous avons contribué, à notre mesure, au fait qu’elle puisse partir dignement.” Un accord est également passé avec l’édition de Rennes du journal Ouest France qui publiera gratuitement un faire-part annonçant le décès et la date d’inhumation des personnes sans ressource.

Une implication de toute la société

   


Puis, les années passant, Dignité Cimetière pointe d’autres carences. La durée de la concession dans le carré gratuit des indigents n’est que de cinq ans. Les ossements sont ensuite transférés dans la sépulture commune où, de nouveau, se pose la question de l’anonymat. Sollicitée, la Ville prolonge jusqu’à neuf ans la durée de la concession dans le carré gratuit. Le collectif réfléchit alors à un projet d’aménagement de la sépulture commune. Il lance une souscription publique et, en 2006, récolte 15 900 €. A ces fonds viennent s’ajouter une participation de la Fondation de France (4 500 €) et du Centre communal d’action sociale (11 930 €). La Ville contribue à hauteur de 32 000 €et fait réaliser un immense caveau en béton. Le sculpteur Philippe Leray réalise, en collaboration avec le collectif Dignité Cimetière, une sculpture en fer de plus de 6 m de haut appelée Fleur de vie. Un aménagement paysager du site est également réalisé. La sépulture commune est recouverte d’un damier de schiste rouge et rose et des galets sont déposés tout autour de la dalle sur lesquels des noms peuvent être inscrits. Une réalisation magnifique dont sont fiers tous les partenaires. “Il y a eu une implication de l’ensemble de la société, souligne Patrice Quénaud, de la mairie de Rennes, en charge des questions funéraires. Pour ces défunts qui n’ont pas ou plus de famille, la société assure une prise en charge, leur donne ou plutôt leur garantit une place digne. Par delà la mort, il y a la vie, le vivre ensemble, c’est notre devoir de veiller à le préserver.” Et de préciser : “D’ailleurs, dans les cimetières de Rennes, le carré des indigents n’est pas relégué dans un endroit isolé. De tout temps, les terrains gratuits ont été répartis au milieu des autres tombes pour assurer une mixité des défunts et faire perdurer la notion de reposer ensemble.”

En juin 2008, le collectif est de nouveau sur la brèche. Pour les copains de la rue, il demande qu’une toilette mortuaire soit effectuée, comprise dans le forfait du service Solidarité. Puis il contacte les vestiaires du Secours Catholique et du Secours Populaire afin de pouvoir habiller dignement les défunts. Une nouvelle convention est signée avec la Ville et tous les partenaires le 19 juin 2008. Enfin, Dignité Cimetière dispose d’un terrain de 100 m 2 mis à disposition par une association. Les membres du collectif l’ont baptisé le jardin du bonheur et y cultivent des fleurs, exclusivement destinées à fleurir les tombes, et pas seulement celles des défunts qu’ils ont accompagnés mais toutes celles qui ne sont pas entretenues. “On nettoie les tombes aussi. Parce que des tombes à l’abandon, ce n’est pas envisageable. Celui qui a vécu sur le bord de la route ne peut pas être abandonné une deuxième fois.”


   

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